Je viens

Un roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

3 carottes

Parfois, quand il emprunte un livre, Federico le choisit sans en lire le résumé. Ce n’est pas désagréable de commencer une lecture sans trop savoir où l’on va et c’est toujours drôle de découvrir le résumé à la fin puis de confronter son ressenti au regard de l’éditeur (ou du stagiaire).

je viensPour Je Viens, la situation est un peu différente mais le résultat est le même. Premièrement, cet ouvrage a été offert à notre ami lapin, donc il n’a pas eu à le choisir. Deuxièmement, ce pauvre lagomorphe n’a résolument rien compris au résumé. Celui-ci semble cultiver l’art du mystère et accumule les concepts qui sonnent creux aux oreilles de Federico.

Par conséquent, il n’a pas eu d’autres choix de se laisser porter par ce roman étonnant.

Je viens a trois narratrices : Nelly, une vieille femme, Gladys, sa fille et Charonne, la fille adoptive de cette dernière. Il est donc organisé en trois parties dans lesquelles Charonne, Nelly et Gladys racontent successivement leur histoire et celle de leur famille de leur propre point de vue. Même si ces trois femmes habitent sous le même toit, leurs personnalités diamétralement opposées ont donné à Federico la sensation de lire une nouvelle histoire à chaque partie. Afin de mieux comprendre comment leur regard sur le monde change tout au récit, une mise au point est importante : il a dans cette famille un gros litige autour de l’amour. Nelly n’a pas assez aimé son premier mari et trop aimé le deuxième. Gladys considère que ses parents ne l’ont pas aimée et aime passionnément son demi-frère, Serge, qu’elle a épousé au grand dam de sa mère. Charonne a été abandonnée à sa naissance et adoptée vers 5 ans par Gladys et Serge. Au bout de quelques temps, constatant que leur fille devenait de plus en plus noire (si si) et persuadés qu’elle était un méchant petit être incapable d’affection, ils ont essayé de la rendre au foyer dont ils l’avaient sortie.

Ambiance.

C’est dans ce décor que nos héroïnes évoluent, commençant, continuant ou terminant leur vie. Même si le précédent paragraphe fleurait bon le drame familial, voire une ambiance à la Dickens, il n’en est rien. Point de mélo : c’est au contraire la révolte qui exsude de chaque page du livre. Je viens dégage d’un bout à l’autre cette même rage d’exister, cette même colère. Certes, elle est exprimée différemment en fonction des personnages. Le contraste est d’ailleurs saisissant entre Charonne et sa mère adoptive. La première, enfant abandonnée et mal aimée, qui fait preuve d’un optimisme à toute épreuve et laisse couler sur elle les multiples critiques qui sont faites à propos de son physique. La deuxième, gâtée matériellement mais frustrée affectivement, ne s’exprime qu’en une longue plainte. Persuadée d’avoir percée l’hypocrisie du monde à jour, elle voit le mal partout (surtout chez Charonne) et se persuade que son bonheur lui a été ravi par… à peu près tout le monde. Accrochée comme une tique à ses meubles chinés, elle se revendique pourtant d’une philosophie de vie crypto-bouddhiste et prône le dénuement. Elle se targue de ne pas accorder d’importance aux apparences mais le physique de sa fille (elle est noire ET obèse) la consterne. Toutes ces contradictions ont bien fait rire notre ami lapin, faisant de la partie consacrée à Gladys la plus amusante des trois (aux dépens d’un personnage qui se prend bien trop au sérieux).

Je viens est un roman à trois voix, celui de trois femmes qui ont des choses à dire et certainement pas l’intention de se taire ! Federico est curieux de découvrir les autres personnes à qui Emmanuelle Bayamack-Tam a donné la parole dans ses autres romans.

Emmanuelle Bayamack-Tam, Je viens, POL, décembre 2014, 461 p.

Ma belle-mère russe et autres catastrophes

Un roman de Alexandra Fröhlich, traduit de l’allemand par Lorraine Cocquelin.

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La dernière fois que Federico a autant ri en lisant un livre, c’était probablement devant une bande dessinée ou un roman jeunesse. Mais certainement pas grâce à une comédie romantico-ethnologique.

belle mere russeDans Ma belle-mère russe… Alexandra Fröhlich nous gâte en matière de comique de situation et de personnages au potentiel humoristique pleinement exploité.

C’est l’histoire de Paula, une avocate allemande qui repart de zéro après son divorce. Elle ouvre un cabinet qui peine à trouver sa clientèle jusqu’au jour où un couple de russes débarque et tente de lui expliquer dans un allemand quasi inexistant le grave différent qui l’oppose à son ancien bailleur. Cette première entrevue totalement hallucinante est suivie d’une autre un peu plus compréhensible puisque cette fois, Artiom, le fils des deux énergumènes est là pour jouer les interprètes… et ravir de le cœur de Paula.

Comme vous vous en doutez, entre les deux univers (d’un côté des allemands psychorigides et de l’autre des russes extravagants et imprévisibles) le choc est brutal. Ne connaissant pas ces deux cultures, Federico ne saurait dire si ce roman est un ramassis de préjugés ou une brillante comédie sur le choc des cultures. Reste que tout cela est quand même très bien amené et fort bien écrit. Narrateur plongé jusqu’au cou dans cette danse, Paula raconte l’histoire du point de vue de celle qui est coincées entre deux univers d’apparence irréconciliables. S’ils ne sont pas au centre de l’histoire comme le sous entend le titre, les rapports entre la belle-mère et sa bru sont évidemment très présent et représentent les moments les plus épiques du livre. Mais le reste des personnages n’est pas en reste : l’auteur nous régale d’une belle galerie de caractères bien trempés qui, loin de faire de la figuration, donnent naissance à plusieurs intrigues secondaires assez drôles et traitées avec tout le soin qu’elles méritent.

En épousant Artiom, c’est donc un véritable raz-de-marée qui submerge la vie calme de Paula. Mais rassurez vous, même si ce n’est pas gagné au départ, tout ceci s’avère positif pour tout le monde, et le taux de tolérance augmente au fil du roman.
Federico a dévoré ce livre en deux jours car il est facile à lire et foisonne de bonnes idées et de bons mots. Le tout s’enchaîne sans temps morts et a entraîné notre ami lapin qui ne pouvait tout bonnement plus s’arrêter. Mention spéciale au premier chapitre, qui a le mérite de nous faire entrer dans l’histoire avec un enchaînement de gags absolument irrésistibles !

Alexandra Fröhlich, trad. Lorraine Cocquelin, Ma belle-mère russe et autres catastrophes, Piranha, juin 2015, 246 p.

Les messagers de la nuit

Un roman de Alicia Gimenez Bartlett, traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

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©Rivages/PayotC’est sur le conseil d’une dévoreuse de polar que notre ami lapin s’est intéressé à ce livre pour le moins étonnant. En effet, après un passage à la télé espagnole pour vanter les mérites de la police, l’inspecteur Petra Delicado commence à recevoir des centaines de lettres de la part du public. Si cette femme assez discrète trouve la situation plutôt incongrue, sa nouvelle célébrité va bientôt virer au cauchemar lorsqu’un petit paquet arrive mêlé au courrier. En l’ouvrant, elle découvre avec effroi qu’il contient… un pénis ! Sectionné chirurgicalement et conservé dans le formol, ce membre mystérieux et ceux qui vont arriver ensuite vont plonger Petra et son équipe dans une enquête épuisante qui piétine et use les nerfs de tous. En effet, l’expéditeur de ce macabre colis semble chercher à orienter l’enquête grâce à ces indices phalliques mais il apporte plus de questions que de réponses.

Si l’intrigue a intéressé notre ami lapin (difficile de vous en dire plus sans dévoiler des aspects cruciaux de l’histoire) c’est surtout le traitement des personnages qui lui a plu. La narration est confiée à Petra Delicado une femme flic qui n’estime ne rien avoir à prouver. Elle ne se comporte pas comme un homme le ferait pour avoir le respect de ses pairs et quand elle veut se faire obéir de ses subalternes elle leur rappelle simplement que c’est elle qui commande.

Ouverture d’une parenthèse.

En se réjouissant devant le personnage de Petra, Federico ne peut pas s’empêcher de penser au décalage avec l’enquêtrice de Am Stram Gram qui suscite l’admiration de ses collègues du fait qu’elle est une dure à cuire qui fait de la moto vroum-vroum et sait se battre. Si vous ne voyez pas où notre ami lapin veut en venir, précipitez-vous sur le blog de Mirion Malle qui (entre autres) fustige le sexisme dans les séries et les films. Alors que Federico était en train de galérer sur cet article, l’auteure a eu le bon goût de publier une note sur les personnages féminins et la virilité qui colle assez avec ce que notre ami lapin n’arrive pas à écrire. Par conséquent, plutôt que de s’embourber dans les mots, Federico laisse parler les images.

Fermeture de la parenthèse.

Il est très amusant d’observer sa relation avec son adjoint, Fermín Garzón. Ce dernier est assez protecteur à son égard et on rigole de leur joutes verbales où s’affrontent le côté paternaliste de Fermín et l’indépendance de Petra. Malgré cela, leur équipe fonctionne à merveille car au final ils se complètent assez et chacun est assez grand pour défendre sa position. Federico a beaucoup apprécié la façon dont Petra – certes choquée de recevoir des pénis en boîtes – décrit la réaction de Fermín Garzón. Pour lui, priver un homme de son membre viril est le plus vil des crimes et il va mettre du temps à se remettre de cette atrocité. Elle se moque gentiment de son collègue, mais pas trop. Il y a quand même plusieurs mecs qui se baladent avec un truc en moins dans le slip et ils sont peut-être même très morts ! L’enquête emmène ces deux personnages assez loin dans la bizarrerie humaine et Federico a été un peu décontenancé par le dénouement, mais cette lecture lui a plutôt bien plu !

Alicia Gimenez Bartlett, Les messagers de la nuit, Payot Rivages, février 2003, 384 p.

Le grand méchant renard

Une bande dessinée de Benjamin Renner.

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Dans l’imagerie populaire le renard est un animal roublard, élégant et gourmand qui trompe habilement son monde et parvient toujours à ses fins aux dépends de celui qui l’écoute.

Cette bande dessinée vient contredire la légende et nous présente un spécimen de vulpes vulpes qui cultive l’art de la loose avec soin. Le renard de cette histoire (il n’a pas de nom, pas plus que les autres personnages) est tellement naze que ce sont les poules qui l’agressent quand il tente une incursion dans un poulailler très mal gardé, sous le regard compatissant du lapin et du cochon. Ce dernier, bonne âme, ne manque jamais d’offrir un panier de navet à notre malheureux renard.

©ShampooingAlors qu’il dresse le bilan de sa mauvaise journée avec le loup, vraie terreur des environs, celui-ci met au point un plan diabolique : puisque personne à la ferme ne craint le renard, il n’aura aucun mal à subtiliser quelques œufs. Ces œufs deviendront des poussins puis des poulets bien gras que nos deux compères se feront une joie de dévorer.

Comme vous l’imaginez, le plan ne va pas se dérouler exactement comme prévu et c’est tant mieux parce que cela offre une bonne grosse crise de rires au lecteur ! Ce qui est génial dans ce livre c’est que, même si l’idée de départ est excellente, l’auteur ne se repose pas sur ses lauriers et nous régale de bonnes surprises jusqu’à la fin. C’est un peu creux dit comme ça, sans exemples, mais Federico préfère que vous en fassiez le constat vous même.

L’histoire tient la route, donc, et le casting est franchement bon. On adore se moquer du renard mais on a un peu de peine pour lui et Federico (c’est un comble pour un lapin !) s’est surpris à espérer le voir mettre le grappin sur une poule… Les personnages secondaires sont tout aussi excellent : le loup, vilain ténébreux et cynique ; le chien de garde, génial glandeur ; les poules vindicatives qui montent un boot camp anti-prédateurs et enfin l’improbable duo cochon/lapin, deux bons gros boulets avec un cœur en or. Benjamin Renner leur a dessiné des têtes impayables à chacun et donne vie à ce petit monde grâce à un dessin plein d’énergie, de tendresse et d’humour. Ajoutez à cela des répliques qui fusent et frappent où ça fait mal, et ce sont vos zygomatiques qui vont souffrir !

Federico oublie presque le plus important dans ce livre : les poussins.

Les POUSSINS !

Imaginez des poussins élevés par un renard en quête de reconnaissance… Imbroglio parental et identitaire en vue. D’autant plus que les poussins en question sont aussi dingues que les autres personnages. Pour qualifier ces trois infernales boules de plume, Federico a choisi le néologisme suivants : ils sont attachiants !

Si vous êtes un peu ric-rac au niveau budget ce mois-ci parce que vous avez acheté une maison ou une voiture ou un râtelier, Federico accepte de vous donner le lien du blog de l’auteur (cliquez sur le renard). Benjamin Renner a en effet eu la bonne idée de publier les premières planches de son livre, précédées de la genèse de l’histoire, pour vous donner envie de le lire vite vite. Mais après, vous irez l’acheter, hein ?

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Maintenant, si vous n’avez plus de questions, Federico va aller lire tout le blog de Benjamin Renner où l’attend l’histoire d’un canard, d’un cochon, d’un lapin et du Père Noël

Benjamin Renner, Le grand méchant renard, Delcourt, janvier 2015, 192 pages. (Collection « Shampooing »)

L’embellie

Un roman de Audur Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

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Enfin Federico a trouvé un chouette livre à bouquiner lors d’un voyage en Islande ! Mais vous pouvez le lire n’importe où, hein, c’est juste que ça se passe en Islande.

Tout simplement, c’est l’histoire d’une fille qui part en road trip sur la route circulaire de l’île, de Reykjavík (à l’ouest) aux fjords de l’est. C’est à cause de son divorce avec son mari, un pauvre gars qui lui préfère une pépette plus blonde qu’il a mise enceinte. Faut dire que la narratrice n’est pas « facile » à vivre pour ce bougre : trop bohème, trop négligée, trop imprévisible… et puis elle ne veut pas d’enfant.

9782757833155Notre ami lapin, contrairement à ce rabat-joie de première, a adoré la personnalité de l’héroïne, une jeune femme qui vit la vie sans se poser trop de question, qui a l’air extrêmement détachée et profite de l’instant présent comme jamais. Bon, elle cogite quand même un peu, mais se laisse très facilement emporter par le vent sans tergiverser trois plombes !

Dans son aventure, elle embarque Tumi, le fils de quatre ans de sa meilleure amie, une femme aussi allumée qu’elle et enceinte jusqu’aux yeux. Dans sa bulle, ce petit gars presque sourd qui porte d’énormes binocles est fort attachant, somme toute un bon compagnon de route pour la narratrice.

Des personnages bien altiers dans L’Embellie, c’est ce qui fait le charme de ce bouquin qui fleure bon l’Islande : l’air frais, les plaines volcaniques désertes, les stations services le long de la route 1 qui servent à toute heure des hot-dogs, du fish’n chips, de la pizza et du chocolat…

Par contre, un regret pour notre ami lapin : aucun indice n’est donné pour savoir si l’héroïne effectue son trajet ouest-est par le nord ou par le sud… un petit plus qui aurait ravi la lecture de Federico, lui permettant alors de s’imaginer les paysages pour de vrai et en détail, un luxe !

Audur Ava Ólafsdóttir, trad. Catherine Eyjólfsson, L’Embellie, éditions Zulma, 2012, en poche chez Points, 400 pages

L’amant

Un roman de Marguerite Duras.

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Federico ne sait pas comment parler de sa lecture de L’Amant de Marguerite Duras.

amantdurasCe sont des images et des sensations qui lui reviennent : les paysages humides de l’Indochine ; un bac sur un fleuve, le Mékong ; l’air moite dans une pièce étroite, la garçonnière ; les bruits et les cris de la rue, Saïgon… Et puis cette jeune fille, petite blanche qui se prend des airs de dame avec son chapeau d’homme, sa robe claire et ses souliers dorés. Federico se l’imagine avec un air espiègle, avide, les paupières lourdes et ennuyées, et le regard ailleurs… d’après les portraits de l’auteure à cet âge. (À l’occasion de cette recherche photographique, notre ami lapin s’est perdu dans les archives de l’INA…)

Le récit de Duras est extrêmement sensuel, rempli de sentiments durs, peuplé de personnages à fleur de peau. Elle tire de sa mère un portrait poignant et dérangeant, à la fois plein d’amour pour cette femme veuve et ruinée, et dépité par sa dépression et sa folie latente. Et la présence du grand frère violent et mauvais n’arrange pas l’équilibre instable du foyer. Une ambiance familiale malsaine qui fait trembler les pages du roman, autant que l’amour fou du riche chinois envers la petite blanche les fait vibrer de désir…

Une lecture suave pour notre ami lapin, qui sait enfin ce qui se trouve entre les pages de L’Amant et dans la prose de Duras. Une expérience à renouveler.

Marguerite Duras, L’Amant, Les éditions de Minuit, 1986, 148 pages

Ma vie avec les chimpanzés

Un récit de Jane Goodall, traduit de l’anglais par Florence Seyvos.

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Depuis longtemps sur son étagère, Federico a enfin pris le temps de lire ce texte de la célèbre éthologue (étude du comportement des différentes espèces animales, ndl), et il l’a dévoré en quelques heures comme un glouton !

Dans Ma vie avec les chimpanzés, Jane Goodall raconte son histoire au jeune public. Elle s’adresse ainsi directement au lecteur, mais toujours d’égal à égal dans un soucis pédagogique et de partage d’expériences. Federico a aimé ce ton sincère et plein d’humanité qui en rend la lecture plus qu’agréable et son auteure extrêmement attachante !

ma-vie-avec-les-chimpanzesJane Goodall commence par nous raconter son enfance en Angleterre pendant les années 1930 et 1940 : sa vie à la ferme et à la campagne, et l’intérêt qu’elle a très tôt pour les animaux. Petite, elle observait les poules pondre cachée dans le poulailler, elle dressait les chiens en valorisant leur intelligence, et faisait des courses d’escargots en veillant à leur quota de salade et à ne pas leur toucher les yeux pour ne pas leur faire mal… Comment ne pas être touché par tant d’empathie et de douceur ? Federico a véritablement craqué pour Jane !

Jeune femme, Jane étudie et travaille à Londres et Oxford. Puis, enfin, elle réalise son rêve en partant pour l’Afrique afin de rendre visite à une amie. Elle rencontre alors l’archéologue Louis Leakey qui, voyant son intérêt et son savoir, en fait son assistante, avant de lui proposer de mener par elle-même un programme d’observation d’une tribu de chimpanzés dans la vallée de Gombe, en Tanzanie. Elle a 23 ans.

Pendant des années, Jane observe les chimpanzés dans la jungle. Elle apprend à connaître la tribu et donne des noms à chacun ; elle assiste aux naissances, aux maladies et décès, aux prises de pouvoir, à l’éducation des plus jeunes et au développement de leur caractère, à leur façon de se nourrir, de dormir… C’est elle qui les étudia en train d’utiliser des outils, une découverte majeure à l’époque.

Notre ami lapin est tout admiratif devant cette femme qui, avec la simple observation, beaucoup de patience et un respect infini, a permis de développer l’étude du comportement animal et de sensibiliser les esprits à leur cause. On peut dire que Jane Goodall a le cœur sur la main, et son empathie envers le monde animal est sans limite. Son récit est riche de multiples anecdotes et de réflexions qui nous donnent une belle leçon d’humanisme. Une personne comme Federico aimerait en rencontrer tous les jours…

Jane Goodall, trad. Florence Seyvos, Ma vie avec les chimpanzés, L’École des Loisirs, 1988, 108 pages

Mort à la Fenice

Un roman de Donna Leon, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond.

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Federico repart bientôt à l’aventure : dans quelques jours notre ami lapin s’envole pour Venise. Avant de partir, il s’était promis qu’il apprendrait l’italien et dévorerait tous les guides de la ville (en papier les guides, Federico est végétarien, on vous le rappelle). Malheureusement, votre chroniqueur préféré est un adepte de la procrastination et pour l’instant il est un peu à la traine sur son programme.

©PointsMais il reste la littérature ! Lors de ses dernières vacances (oui, Federico aussi prend des vacances), notre ami lapin s’est plongé dans la lecture de la première enquête du commissaire Brunetti au cœur de Venise.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un des lieux les plus emblématiques de la cité : la Fenice, magnifique opéra que Federico a hâte de voir de ses propres yeux. L’enquête tourne autour d’un chef d’orchestre retrouvé empoisonné au cyanure dans sa loge entre deux actes. Avec une liste de suspects longue comme le bras et beaucoup de secrets bien enfouis, le commissaire Brunetti a du pain sur la planche. En bonne chochotte, Federico a apprécié l’absence de scènes qui font peur, de cadavres biens crades et de psychopathes bien sadiques. L’enquête ne vous cloue pas à votre fauteuil et n’impose pas son épuisant suspens. Dans ce roman, il est plus question de mœurs, de vieilles rancunes et d’amours empoisonnés, le tout dans un milieu du spectacle propice aux mesquineries et autres coups bas.

Les personnages des différents suspects sont très biens construits et l’investigation, agréable à suivre. Mais c’est le commissaire Brunetti que Federico a le plus aimé, c’est normal c’est lui le héros. Cet homme très attachant apporte une agréable touche d’humour au roman. On suit avec délice ce vénitien pur canal (il n’y a pas trop de souches à Venise) dans les méandres de la ville encore épargnée par les touristes.

Si vous avez envie d’une petite visite guidée de la Sérénissime et d’un polar pépère à lire dans le train, pensez à Dona Leon !

Donna Leon, trad. William Olivier Desmond, Mort à La Fenice, Points, juin 2014 (première parution aux États-Unis en 1992), 283 p.

Danser les ombres

Un roman de Laurent Gaudé.

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Quand Laurent Gaudé s’attaque à un sujet, c’est souvent pour en faire ressortir toute la lumière. Federico avait déjà vécu un moment littéraire riche en émotions en lisant La mort du Roi Tsongor et Pour seul cortège ; avec Danser les ombres, les sensations restent intactes.

©De prime abord, notre ami lapin était un peu effrayé par le thème du livre : le séisme qui a frappé Haïti en 2010. On risque donc fortement de lire du malheur, de la misère et du gros chagrin. Mais dès les premières pages, le ton est donné, le lecteur comprend que Laurent Gaudé, encore une fois, va exorciser le drame grâce à l’énergie qui se dégage de ses personnages, élevés au rang de figures mythologiques. Le livre commence avec l’arrivée brutale d’un esprit malin dans une rue de Jacmel, ville voisine de Port-au-Prince : l’auteur nous annonce ainsi qu’il va brouiller la limite entre le monde des morts et celui des vivants, qui vont se cottoyer tout au long du roman.

Federico se souvient que, lors du séisme en 2010, les médias invitaient le public à s’apitoyer sur ces pauvres haïtiens qui navaient pas grand chose et qui ont tout perdu. Point de ce misérabilisme bien pensant dans Danser les ombres. Les héros du roman, quel que soit leur âge, ont tous pour point commun d’avoir été des militants politiques, très investis dans la libération culturelle de leur pays. À la veille de la catastrophe, tous sont liés par le même appétit de vivre et d’aimer. Aussi, l’attachement ressenti par Federico pour ces personnages n’était pas lié à une quelconque empathie mais plutôt né de l’énergie qu’ils dégagent.

Laurent Gaudé, ce sadique, nous laisse toute la moitié de son roman pour faire connaissance avec Lucine, Saul et les autres. Du coup, vous imaginez bien que Federico était angoissé à mort à l’idée de voir ces personnages qu’il aimait déjà menacés par cette terre qui s’ouvre en emportant les vivants et laissant s’échapper les morts. D’autant plus que ce roman vous enveloppe de son atmosphère peuplée d’esprits qui vous détache totalement de la réalité. Jusqu’à ce que celle-ci vous pète au museau et qu’une maison s’effondre sur un de vos héros aimés. Alors que la catastrophe a touché des milliers de gens, l’auteur recentre notre regard sur le drame intime vécu par chacun et émeut les lapins sensibles.

Concluons en précisant que votre chroniqueur a du moucher son museau en refermant ce livre parce qu’il est extrêmement émotionnant et que son final magistral l’a laissé à la fois triste et émerveillé.

Laurent Gaudé, Danser les ombres, Actes Sud, janvier 2015, 249 p.

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling

Un roman de Lynda Rutledge, traduit de l’anglais par Laure Manceau.

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C’est l’histoire d’une vieille dame très riche qui a la maladie d’Alzheimer et à qui Dieu vient d’ordonner de vendre tout ce qu’elle possède, là-maintenant-tout-de-suite. Tandis qu’elle vide sa maison sur sa pelouse, la moitié de la ville défile pour acheter des antiquités hors de prix pour quelques dollars et Faith essaie de mettre de l’ordre dans sa tête. S’y bousculent les souvenirs liés à ses précieux objets, la ramenant inévitablement aux drames qui ont jalonné sa vie. Sur ces entrefaites, Claudia, sa fille, revient après 20 ans d’absence et de silence. Nous sommes le 31 décembre 1999, c’est le dernier jour du siècle et Faith Bass Darling est persuadée que le nouveau millénaire se fera sans elle.

©BabelRésumer ce roman c’est s’exposer à le faire passer pour un livre mélodramaticotristolarmoyant. Alors qu’en fait, pas du tout. Cette journée hors du temps, même si elle vient taper là où ça fait mal, est surtout l’occasion d’un nouveau départ pour ceux qui gravitent autour de Faith Bass Darling. Ce vide-grenier subtilement symbolique a été un moment fascinant pour Federico. Il a aimé se plonger au cœur de ce roman doux-amer construit autour de quelques personnages extrêmement bien pensés. À tel point qu’on en oublie qu’ils ont été inventés. Chaque fois que notre ami lapin ouvrait les pages de ce livre, il se retrouvait totalement absorbé par son ambiance très particulière. Les personnages se posent tous beaucoup de questions existentielles et Federico se sentait très concerné par leurs problèmes.

En achetant ce livre, notre ami lapin s’attendait à une sympathique histoire avec une mamie gâteau au milieu. Il n’en est rien. Faith Bass Darling est une femme complexe, qui sent sa mémoire partir en vrille et se débat avec des souvenirs qui la font souffrir. Cette lutte est très bien écrite.

Vous le cacher serait idiot : Federico galère à faire la critique de ce livre. Peut-être est-ce parce que pour lui Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling n’est pas vraiment un roman avec une histoire et des personnages : c’est juste la vraie vie.

Lynda Rutledge, trad. Laure Manceau, Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, Babel, avril 2014, 352 p.

L’énergie du cru

Un essai de Leslie Kenton, traduit par Karen Vago, lu dans le cadre de Masse critique de Babelio.

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« Découvrez une façon de vivre où vous vous réveillerez le matin avec une impression de fraîcheur, de joie, de bonnes dispositions envers vous-même et la vie. » C’est beau, c’est Leslie qui l’a dit.

Vous voulez être en bonne santé, jeune et heureux (et beau et riche) ? Ne cherchez plus, mangez cru ! Et ouais, c’est la thèse de ce bouquin, il y a peut-être de quoi se moquer, mais après cette lecture, Federico a le sentiment d’en savoir un peu plus sur sa bouffe, et il n’en est pas fâché.

Car la bouffe, c’est important. Ce qu’on met dans sa bouche est loin d’être anodin : d’où ça vient, comment ça goûte, qu’est-ce ça va faire dans son petit corps, etc. C’est d’ailleurs notamment pour cela que Federico s’était intéressé au livre de Marie-Monique Robin, Les moissons du futur, et c’est encore aujourd’hui pour cela qu’il a mis son museau dans L’énergie du cru.

L'énergie du cru, éditions JouvenceEt oui, le crudivorisme, quel mot ravissant. Mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière ce choix alimentaire fort décrié, dont les adeptes sont taxés d’extrémisme et de frustration maladive, fustigés au rang de hippies asociaux et fantaisistes ? Notre ami lapin était curieux de savoir de quoi il en retournait exactement.

Comme pour Marie-Monique, il ne va pas paraphraser le bouquin, c’est inutile et peu honorable. En tout cas, Federico peut vous dire que Leslie Kenton commence par nous expliquer que les aliments cuits, ce n’est pas très bon pour la santé, et qu’il en est de même pour les aliments raffinés et/ou transformés. En effet, la cuisson tue la quasi-majorité des nutriments et complique la digestion (entre autres choses majeures de la vie du corps) ; la nourriture transformée (avec forte cuisson + ajout de joyeusetés chimiques) n’arrange pas non plus les choses. On serait donc constamment en santé « moyenne », avec les maladies chroniques que cela implique et les risques élevés d’avoir un jour un cancer de quelque chose. Encourageant n’est-ce pas ?

La solution de Leslie et ses copains-copines (et tout un tas de scientifiques qui se sont penchés sur le sujet au cours des derniers siècles), c’est le cru, qui stimule et désintoxique l’organisme. En fait, il faut préciser que si certaines personnes ont un régime à 100 % cru, Leslie nous parle plutôt d’un régime à 75 % cru. On privilégie donc les fruits et les légumes (à croquer ou en jus), ainsi que les graines germées et pas germées, les céréales, oléagineux et fruits secs, les produits laitiers, les huiles, etc. La cuisson n’est pas complètement bannie, mais il faut privilégier le mode « griller un peu » plutôt que « bouillir longtemps ». Et les soupes en hiver c’est toujours sympa. On trouve donc dans le bouquin des recettes et des tableaux pratiques. Voilà.

Tout ça c’est bien beau, mais il y a quelque chose qui ne va pas, mais alors pas du tout : les COQUILLES !!! Non, pas celles des œufs, celles de l’éditeur·trice… Par ses moustaches, c’est toujours aussi insupportable pour Federico de lire un bouquin rempli de coquilles : fautes de conjugaison, mots ou lettres manquantes, parenthèses ouvertes mais pas refermées (quasi systématiquement, c’est pas compliqué pourtant >>), et un grave problème de réglage de la chasse de la typo du point de vue des apostrophes (comment ça déformation professionnelle ? nonnonpasdutout). Bon, ne croyez pas que le livre soit rempli de coquilles, mais il suffit toujours qu’il y en ait un peu pour qu’il y en ait trop…

Pour finir sur un point positif et non négligeable, Leslie semble avoir une passion pour la carotte, Federico ne va pas la contredire… en voici trois qu’elle se fera un plaisir de croquer, râper, tailler, mixer, centrifuger, aux choix.

L’énergie du cru : les bienfaits de l’alimentation cru, Leslie Kenton, traduction de Karen Vago, Éditions Jouvence, 2014 (première fois publié en 2003), 224 pages

La compagnie des menteurs

Un roman anglais de Karen Maitland, traduit par Fabrice Pointeau.

3 carottes

Quand on commence ce livre, on n’a pas envie de lire autre chose. Ce texte hybride situé quelque part entre le thriller historique et le conte fantastique est d’une densité telle qu’elle a enveloppé Federico et l’a embarqué dans une aventure mystérieuse et très inquiétante.

©SonatineL’Angleterre au XIVe siècle, c’est pas sympa. Il y a des loups, la peste et des gens qui vous torturent pour un oui ou pour un non. Entre autres. Au début du roman on rencontre un camelot qui promène sa gueule cassée de foire en sanctuaire. Avec la peste qui se déclare tout le monde se jette sur les routes (ah, les débiles, comme s’ils allaient y échapper en courant très vite !) et le camelot se retrouve, au hasard des rencontres, à voyager avec d’autres personnages qui sont ont deux points communs : ils ont un très gros secret dans leur sacoche et ils fuient (mais qui ? mais quoi ?).

Chacun est bien décidé à garder son secret et, mis au pied du mur, parvient à le déguiser sous une histoire à la lisière du fantastique, où démons et loups garous s’en donnent à cœur joie. Ces contes racontés à la faveur d’un maigre feu ne parviennent pas à faire fuir la nuit et ses dangers. La compagnie évolue dans une atmosphère de méfiance très communicative : Federico attendait toujours le prochain coup fourré.

Avec la peste qui tue tout le monde, plein de concepts sympas sont mis en avant. On marie des handicapés pour échapper au fléau, on pourchasse les juifs, parce que de toutes façons c’est toujours de leur faute, et on fait dire ce qu’on veut aux gens en leur chatouillant les pieds… avec des objets contondants. La plongée dans cette époque étonnante et très angoissante est passionnante. C’est d’ailleurs pour cette raison que Federico n’a pas vu venir une grande partie des révélations du livre et qu’il pardonne à la personne sous payée qui a rédigé le résumé de quatrième de couverture en regardant Inspecteur Derrick.

Malgré certains passages un peu plus faibles l’ensemble est vraiment très prenant. Notre ami lapin a vécu ce voyage à fond, a supporté le sale caractère des nombreux héros et partagé leurs craintes.

Karen Maitland, trad. Fabrice Pointeau, La compagnie des menteurs, Sonatine, mars 2010, 650 p.

Nos jours heureux

Un roman sud-coréen de GONG Ji-young, traduit par Choi Kyungran et Isabelle Boudon.

3 carottes

En commençant ce livre, Federico a senti que c’était mal parti. La faute revient à l’héroïne de ce roman Coréen : Yujeong. Cette jeune fille issue d’un milieu aisé vient de faire une tentative de suicide, se sent incomprise et très malheureuse. Aux yeux de notre ami lapin, c’est surtout une jeune égoïste qui se nourrit d’une colère vaine.

Quand sa tante Monica, une religieuse, l’oblige à l’accompagner dans ses visites de prisonniers condamnés à mort, elle y va à reculons. Dans la prison, elle va rencontrer un homme condamné pour le meurtre d’une femme et le viol d’une jeune fille. Deux crimes qui révulsent Yujeong.

©Philippe PicquierMais les apparences sont bien trompeuses et notre ami lapin a rapidement découvert que ces deux personnages très différents sont bien plus que ce qu’ils ne laissent transparaître. Comme il est plaisant de se prendre d’affection pour des personnages qu’on trouvait antipathiques dans les premières pages ! C’est ainsi que se créée une relation unique avec un roman. Cette belle construction des personnages et la découverte progressive et pudique de leurs blessures respectives accompagne à merveille le propos principal du livre : la peine de mort.

Cette dernière, toujours appliquée en Corée du Sud, est évidemment au cœur du roman d’une auteure particulièrement engagée sur la question. Par sa dimension universelle, Nos jours heureux a souvent évoqué Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, car il est dépouillé de propos juridique ou politique (même si c’est un sujet inévitablement politique) et se concentre sur les sentiments profonds des personnages.

Au delà de la réflexion sur la peine de mort, Gong Ji-Young propose un beau questionnement sur la mort en général, le bien, le mal et la religion, le tout appuyé par des citations qui en font un roman plein d’érudition.

À travers le personnage de Monica, la religion chrétienne est très présente mais ne se fait pas pesante. Ce sont ses messages d’amour et de pardon qui sont mis au centre, et ce sont des aspects que le monde semble un peu oublier.

Malgré un sujet difficile et la présence constante de la mort sous toutes ses formes (le suicide, l’exécution, la maladie, la vieillesse, le meurtre, etc), notre chroniqueur aux longues oreilles garde une sensation de douceur et de paix émanant de ce très beau livre.

Pour en savoir plus sur son auteure très engagée, c’est par ici.

GONG Ji-Young, trad. Choi Kyungran et Isabelle Boudon, Nos jours heureux, Éditions Philippe Picquier, août 2014, 332 p.

Constellation

Un roman français d’Adrien Bosc.

3 carottes

constellationLe 28 octobre 1949, l’avion Constellation d’Air France s’écrase dans l’archipel des Açores. Aucun des passagers ne survit. Parmi eux, on trouve le boxeur Marcel Cerdan mais aussi des anonymes. L’auteur retrace l’histoire de ces passagers victimes du destin et alterne avec le récit du crash et de ses suites. Il s’attarde sur ces ruses du destin qui font que, pressé par Édith Piaf de le rejoindre au plus vite, Marcel Cerdan a piqué leur place à des passagers qui finalement n’auront pas regretté de ne pas avoir pris ce funeste vol…

Pour son premier roman, Adrien Bosc réussit parfaitement l’exercice de redonner vie aux victimes tout en nous captivant avec l’enquête qui a suivi l’accident. Les équipes envoyées sur place après le crash ont tenté de comprendre comment l’avion avait pu à ce point dévier de sa trajectoire pour aller se cogner à une montagne, sur une île où il n’avait rien à faire. Ce roman très émouvant et très joliment écrit a beaucoup touché Federico. On découvre un épisode méconnu de l’histoire de l’aviation ainsi que le destin fascinant de la violoniste Ginette Neveu. Les plus jolis passages sont ceux consacrés à l’étonnant parcours du violon de la musicienne. Disparu lors de l’accident, des débris en seront récupérés bien plus tard et après être passés entre plusieurs mains ils seront finalement identifiés par le luthier de Ginette Neveu. Au détour d’une réflexion sur l’art et le destin, l’auteur s’égare parfois dans des digressions lyriques un peu obscures mais cela n’entache pas le plaisir de lecture.

Adrien Bosc, Constellation, Stock, août 2014, 198 pages

À l’orée de la nuit

Un roman américain, de Charles Frazier traduit par Brice Matthieussent.

3 carottes

Si Federico avait lu ce livre sans en connaître l’éditeur, il l’aurait aveuglément classé chez Gallmeister, l’éditeur spécialisé dans les romans américains âpres et sauvages. En effet, À l’orée de la nuit flotte, difficilement classable, entre le nature writing, le thriller et le western.

©GrassetFinalement, c’est Grasset qui nous offre cette histoire au rythme lent, aux personnages crépusculaires et aux montagnes imposantes (les Appalaches, ça prend de la place dans un paysage, oui madame). Si le récit tourne autour de plusieurs personnages en leur confiant la narration à tour de rôle, c’est Luce qui, aux yeux de notre ami lapin est l’héroïne de ce roman. Cette jeune femme a choisi de quitter la compagnie des hommes pour vivre au rythme des saisons dans une maison dont elle est la gardienne. Le jour où sa sœur est assassinée par son compagnon, Bud, elle se retrouve chargée de ses neveux, des jumeaux mutiques et pyromanes. Ce petit changement de programme va évidemment bouleverser son quotidien bien réglé. Elle va devoir essayer d’entrer en contact avec ces enfants traumatisés tout en les empêchant de faire de très grosses bêtises (comme mettre le feu à la maison ou se noyer dans le lac). Les choses vont se compliquer encore plus quand Bud, innocenté du meurtre de sa femme, va se mettre en tête de récupérer son argent, persuadé que ce sont les jumeaux qui le planquent.

Ce roman n’est pas hyper captivant, les personnages ne sont pas hyper attachants et la confrontation entre tout ce monde ne crée pas un hyper-suspense (si, ça se dit). Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser en lisant la phrase précédente, À l’orée de la nuit à plutôt plu à Federico. Il a beaucoup aimé cette sensation étrange que l’histoire n’est pas là pour séduire un lecteur mais plutôt pour s’imposer à lui. On se laisse mener par le rythme lent et on subit le caractère difficile des héros. Même s’il ne se sentait pas passionné par l’histoire, notre ami lapin avait toujours du plaisir à reprendre sa lecture et à entrer à nouveau dans son ambiance sombre. En plus de cette étrange sensation, il restera marqué par l’empreinte de la philosophie de vie de Luce et sa réflexion autour du sens de l’existence.

Charles Frazier, À l’orée de la nuit, Grasset, septembre 2014, 384 p.