Des snobs sur Belgravia

Julian Fellowes est un auteur et scénariste anglais qui a eu la riche idée de créer la série Downton Abbey, donnant ainsi à Federico de grandes joies télévisuelles. En matière de littérature il n’est pas non plus en reste même s’il y a du bon et du moins bon. Nous l’allons montrer tout à l’heure. C’est-à-dire maintenant.

fellowes

Snobs

3 carottes

Un personnage secondaire assez objectif nous raconte l’histoire de son amie, jeune et ambitieuse bourgeoise qui met le grappin sur l’un des célibataires les plus en vue de l’aristocratie anglaise. Julian Fellowes nous plonge avec délice dans le monde très fermé de la noblesse britannique qui, même à la fin du XXe siècle, reste un milieu à part, peu enclin à accepter les intrus. Son écriture est pleine d’ironie et de mordant, on sent qu’il tient à nous montrer ce milieu qu’il admire sans l’idéaliser. D’une intrigue assez basique sans action palpitante, il fait un roman qu’on lit avec délectation. Les illusions des personnages sont balayées d’un revers de la main mais le socle des aristocrates anglais est plus difficile à déboulonner. Ce monde aux mœurs délicieusement surannées nous est servi sur un plateau d’argent par l’auteur.

Belgravia

2 carottes

L’intrigue de Belgravia est née du même terreau que Snobs : comment l’aristocratie anglaise peine à gérer l’intrusion d’éléments bourgeois dans ses salons. Sauf qu’au XIXe siècle, ces derniers n’avaient pas encore envahi le paysage et la noblesse ne se contentait pas de faire de la figuration : elle dirigeait le pays (que dis-je, l’Empire !). Après s’être régalé de Snobs, Federico s’est donc jeté sur le dernier roman de Julian Fellowes avec de grandes attentes. Elles ont, hélas, été déçues. Contrairement à son prédécesseur, ce livre manque du mordant et de l’irrévérence qui aurait donné du relief à une histoire certes bien construite et pleine de personnages intéressants mais désespérément prévisible. Pour une intrigue faite de secrets de famille, de tromperies et de mensonges, c’est quand même très ennuyeux ! Federico classe donc Belgravia dans les lectures sans prises de tête, agréable mais sans plus, assortie d’un parfum de déception.

Julian Fellowes, traduit de l’anglais par Dominique Edouard, Snobs, LGF, août 2008, 407 p. (attention, cette édition est épuisée, il faudra casser votre tirelire et vous acheter la réédition de 2016 chez Lattès).

Toujours Julian Fellowes, mais cette fois traduit par Carole Delporte et Valérie Rosier, Belgravia, Lattès, juin 2016, 476 p.

Le roi disait que j’étais diable

Un roman de Clara Dupont-Monod.

3 carottes

Il est certains personnages, historiques ou non, qui font tellement partie de notre paysage que l’on croit – à tort – tout connaître d’eux. Ainsi, en lisant Le roi disait que j’étais diable, Federico a réalisé qu’il ignorait beaucoup de choses d’Aliénor d’Aquitaine, cette mythique reine médiévale dont Clara Dupont-Monod a fait son héroïne. Il avait notamment oublié qu’après son divorce avec le roi de France, Aliénor est devenue reine d’Angleterre et a donné naissance à Richard Coeur de Lion.

prince jean

Et au Prince Jean, également. On a les références qu’on peut.

Ce manque de culture aura néanmoins apporté un goût particulier à la lecture, car il a permis à Federico de regarder Aliénor non pas comme une statue de marbre drapée dans sa légende mais comme n’importe quelle héroïne de roman. Notre ami lapin a donc pu sauter à pattes jointes dans ce livre qui semble avoir comme objectif de donner un corps et des sens à la jeune Aliénor.

le roi disait que j'étais diableLe roi disait que j’étais diable balaye son premier mariage avec le roi Louis VII. Ils divorceront après quinze années d’une union tumultueuse marquée par la Deuxième Croisade. Ces deux-là n’étaient pas faits pour s’entendre : à Louis la passion de Dieu et des mots, à Aliénor l’amour des troubadours et le fracas des armes. Mettez-les face à un opposant, le premier réglera le problème en usant de diplomatie, la seconde le passera au fil de l’épée et brûlera ses domaines. Malheureusement, à l’époque, les mariages royaux ne se faisaient pas sur la base de tests d’affinités. Ces deux voix vont s’affronter tout au long du livre, donnant à ce dernier une dynamique assez fascinante.

Clara Dupont-Monod le précise à la fin de son livre : il n’était pas question pour elle d’écrire un livre historique. Elle s’est emparée des vides que comprend la biographie d’Aliénor et les a comblé avec une belle palette d’émotions et de sensations. Sous sa plume le Moyen Âge et les lieux parcourus par la reine prennent vie. Dans les pas d’Aliénor, le lecteur peut sentir le soleil qui baigne le Poitou et les odeurs qui émanent des marchés parisiens. Federico aurait aimé que ce roman soit plus long, afin de prolonger cette expérience !

Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais diable, Grasset, août 2014, 192 p.

Le lièvre de Vatanen

Un roman d’Arto Paasilinna, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

3 carottes

Enfin ! Federico met ses moustaches dans Le lièvre de Vatanen, ce roman incontournable de la littérature scandinave dont il a tant entendu parler.

Comme le titre l’indique, l’un des héros de ce livre est un lièvre. Que faudrait-il de plus pour convaincre notre ami lagomorphe ? Si l’histoire se concentre sur le personnage de Vatanen, le lièvre n’est pas en reste, et vit selon Federico une aventure tout aussi mouvementée que son compagnon humain. De toute façon, sans lui, rien ne serait arrivé.

Vatanen est un journaliste d’Helsinki qui envoie tout promener du jour au lendemain : son travail pour un magazine médiocre et racoleur, son mariage raté et sans amour, sa vie routinière et sans intérêt dans la grosse ville… L’événement déclencheur sera sa rencontre avec le lièvre, percuté en pleine nuit par son collègue photographe sur une route de campagne. Vatanen part à sa recherche, ignorant les appels de plus en plus énervés de son ami qui finira par le laisser seul dans les bois. Mais il n’est pas seul. Recueillant le pauvre animal blessé et effrayé, il va progressivement apprendre à le soigner et le nourrir. Le lièvre devient alors son compagnon de route, son guide et sa muse dans sa quête de simplicité et de liberté à travers les forêts du grand nord.

le lièvre de Vatanen

Lecture rapide et cocasse, ce roman nous emmène aux quatre coins de la Finlande sur les pas de Vatanen et de son lièvre. Les différentes étapes et rencontres de son voyage prennent la forme d’historiettes se succédant en cours chapitres qui se lisent avec aisance. Univers truculent, parfois dur, parfois léger, Le lièvre de Vatanen est un texte aux allures picaresques se mêlant au nature writing et célébrant joliment une fable du retour à la nature, bien plus efficacement selon notre ami lapin que l’a fait Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie.

Une réserve cependant pour finir : si sa lecture fut plaisante, Federico a tout de même souvent tiqué de la place qui était faite aux femmes dans Le lièvre. Pendant le voyage de Vatanen et du lièvre, les personnages féminins n’ont pas de nom (sauf si elles ont des relations sexuelles avec le héros), et endossent les rôles peu glorieux et stéréotypés de mégère castratrice (l’épouse de Vatanen), de mondaines futiles (les épouses des ambassadeurs), de « bonnes femmes » et autres plantes vertes. Des passages un peu sexistes qui teintent le texte d’Arto Paasilina d’un point de vue malencontreusement rétrograde de ce côté-là (on sent qu’il date de plusieurs décennies déjà), alors que le roman demeure joliment moderne dans ses autres aspects.

Arto Paasilinna, Le Lièvre de Vatanen, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Denoël/Folio, 1989, 224 pages

Mr Vertigo

Un roman de Paul Auster, traduit de l’anglais (État-Unis) par Christine Le Bœuf.

3 carottes

Federico a retrouvé Paul Auster avec plaisir à l’occasion du club de lecture de ses copains. Cette lecture était cool, foisonnante et voyageuse, comme toujours avec cet auteur.

Si Mr Vertigo ne détrône pas Moon Palace dans le cœur de notre ami lapin, il rejoint Brooklyn Folies dans le club des romans « plus légers » de Paul Auster. Federico aime Paul parce que c’est un formidable conteur, qui nous livre de vraies histoires romanesques, avec des personnages approfondis qui prennent immanquablement toute leur consistance au fil des pages, à travers leur passé, leurs émois, leurs pensées et leurs actions.

Mr VertigoDans Mr Vertigo, ce sont les pas du jeune Walt que nous suivons. Garnement d’à peine 10 ans promis à la délinquance dans les États-Unis des années 1920, Walt est pris sous l’aile de Maître Yehudi qui lui promet de lui apprendre à voler. C’est dans une petite ferme du Kansas qu’il grandit, en compagnie du maître, de Maman Sioux, vieille femme amérindienne, et d’Esope, jeune adolescent noir handicapé. Walt est soumis aux épreuves que lui fait passer le maître, les exécutant les unes après les autres, forgeant sa volonté et préparant certainement son esprit aux prodiges qu’il réalisera bientôt.

Ses exploits fabuleux seront pourtant mis à rude épreuve, et les malheurs successifs qui jalonneront ses jeunes années feront de lui un homme tantôt vengeur et effronté, tantôt ambitieux et crapuleux, tantôt brisé et terne…

Federico n’a pas spécialement apprécié le personnage du héros, mais ses aventures et surtout l’écriture de Paul Auster ont une nouvelle fois réussi à l’envoûter, lui faisant passer un bon moment dans une prose maîtrisée qui relate avec passion l’ambiance des routes, des plaines et des villes chahutées de l’Amérique de cette époque.

Paul Auster, Mr Vertigo, Le livre de poche, 1994, 320 pages

La femme qui fuit

Un roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

3 carottes

Dans la petite tête de Federico, La femme qui fuit a ouvert la porte à une flopée de profondes réflexions ; on peut même dire que cette lecture l’a un peu secoué.

Car quel mystère que cette femme, Suzanne Meloche, ontarienne francophone, qui a abandonné tour à tour ses parents et ses frères et sœurs, son époux et ses jeunes enfants… une femme qui a constamment passé sa vie à fuir ?

la femme qui fuitLa femme qui fuit est tissé des bribes éparses que l’auteure a pu retrouver sur la vie tumultueuse de sa grand-mère insaisissable. Anaïs Barbeau-Lavalette a dû engager une détective privée pour enquêter ; et, peu à peu, son histoire, son enfance, ses errances se sont dévoilées à elle.

D’abord dérouté par le ton et tiraillé par ses suspicions envers la véracité de chaque faits et gestes rapportés, imaginés sûrement, Federico a vite été pris au jeu du passionnant, singulier et dramatique destin que cette femme s’est construit.

Suzanne Meloche passe une enfance rude et frustrée pendant la Grande dépression, entre son père honteux d’avoir perdu son poste d’instituteur et d’être réduit à cueillir des pissenlits pour quelques sous, et sa mère sévère et épuisée qui ne compte plus les enfants qu’elle met au monde. Lorsqu’à 18 ans Suzanne part étudier à Montréal, elle fait des adieux succincts à ses parents, ses frères et ses sœurs qu’elle ne reverra pour ainsi dire jamais. Dans la métropole québécoise, elle joint un groupe de jeunes intellectuels et artistes de l’automatisme qui signeront le manifeste du Refus global en 1948. Elle s’essaie à la peinture et à la poésie, épouse le jeune peintre et ébéniste Marcel Barbeau, avec qui elle aura deux enfants ; elle reste au foyer, ils vivent pauvrement. Puis elle part, les abandonne tous les trois. Elle part en Gaspésie, puis Bruxelles, l’Angleterre, New York et les États-Unis où elle se joint à la cause des Noirs dans les états du Sud. Amants et amantes s’enchaînent au fil des ans. Elle revient un temps à Montréal, puis à Ottawa où, femme âgée, elle recevra pendant quelques minutes la visite impromptue et douloureuse de sa fille et sa petite-fille qui l’auront retrouvée.

Pendant sa lecture, notre ami lapin était en proie à d’intenses questionnements sur la construction du rôle social de la femme, la maternité comme accomplissement féminin, le choc des personnalités et la confrontation des êtres, les conséquences de l’abandon parental, le combat entre nos envies et nos choix dans le fil de notre quotidien et comment ils construisent notre existence…

Rien de moins.

Il est difficile de dire ce que Federico a véritablement ressenti en lisant La femme qui fuit : un mélange d’émerveillement, d’incompréhension et de jugement devant l’effronterie de cette femme envers les devoirs que la société lui assigne, sa faiblesse et son irresponsabilité, sa personnalité indépendante et froide, difficile à cerner, déroutante. Federico a été dérouté.

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Marchand de feuilles, 2015, 464 pages

Rosa candida

Un roman de Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

3 carottes

Avant d’être un bon bouquin, Rosa candida a un très grand mérite : celui d’avoir détendu, changé les idées et fait rire notre ami lapin dans une période absolument folle de sa vie où tout un tas de choses lui sont tombées dessus.

rosa-candidaPeut-être est-ce alors ce besoin de lâcher prise qui lui a permis d’apprécier grandement ce roman tout en retenue et légèreté. Federico y pense comme à un soleil réconfortant et printanier, une brise d’air frais sur son museau, un moment de détente délicat dans le calme du samedi matin au lit…

Rosa candida suit la route d’Arnljótur, jeune islandais d’une vingtaine d’année qui cherche candidement le chemin de son avenir, heureux de préférence. Une chose est certaine, ce sont les plantes, feuillues et fleuries, qui l’intéressent. Mais ce qui habite ses pensées lorsqu’il taille ses roses les genoux fichés dans la terre humide, ce sont les femmes, toutes si altières et énigmatiques, dont il se demande pour chacune s’il coucherait avec ou pas. Aussi étrange soit-il, cette obsession n’a pas paru agaçante ni dégradante aux yeux de notre ami lapin ; l’ingénuité d’Arnljótur le faisant davantage passer pour un novice intrigué plutôt qu’un harceleur déplacé. Car il ne fait rien que se poser la question à lui-même, après tout.

Outre ses fabulations charnelles, sa petite tête blonde d’islandais est également peuplée par le deuil de sa mère décédée accidentellement et avec qui il avait un lien très fort (c’est elle qui l’a initié à l’art botanique), son père-poule adorable qui commence un peu à radoter, la responsabilité croissante de sa fille illégitime âgée de quelques mois et aux airs de divin enfant, et la mère de sa fille, amante d’une nuit égarée qui aimerait bien continuer ses études…

Quand on ouvre le livre, Arnljótur quitte les terres peu fertiles d’Islande pour rejoindre une des plus anciennes roseraies du monde, en empruntant les petites routes de campagne de pays qui ne sont pas nommés mais que notre ami lapin suggère être la France et l’Espagne (ou bien l’Italie ?). C’est là-bas, dans le village, le monastère et la roseraie, qu’il compte trouver les réponses à ses questions.

Federico a aimé les moments cocasses qui jalonnent son road trip improvisé, ainsi que les échanges parfois irréels avec ses divers compagnons de voyage. Il arrivait tellement bien à se plonger dans le roman qu’il avait vite l’impression de marcher avec ce jeune homme attachant dans les rues ensoleillées et pentues de ce petit village paisible et isolé, à l’écart du monde.

Federico a trouvé dans Rosa candida les mêmes thématiques et ambiances qui lui avaient aérées l’esprit dans L’Embellie, de la même auteure : celles de fuites voyageuses, de rencontres et de non-dit, d’endroits éloignés où il fait bon se chercher soi-même, et surtout de héros et héroïnes farouches qui vivent comme ils l’entendent. De belles retrouvailles en somme.

Auður Ava Ólafsdóttir (traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson), Rosa candida, Zulma, 2010, 334 pages

Promenons-nous dans les bois

Un roman de Bill Bryson, traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

3 carottes

Connaissez-vous l’Appalachian Trail ? Ce mignon sentier de randonnée sillonne la côte Est des États-Unis sur 3 500 kilomètres, soit à travers quatorze états, du Maine à la Géorgie. Comme son nom l’indique, il traverse la chaîne de montagne des Appalaches, et permet aux randonneurs de s’attaquer à des monts aux noms prometteurs tels que Great Smoky Mountain, Cumberlands ou Blue Ridge.
promenons nous

Des personnes de tous horizons se lancent sur ce mythique sentier, avec des objectifs très variés, tout comme le sont leurs capacités physiques et leur sens de l’orientation. Mais concentrons-nous plutôt sur Bill Bryson qui nous raconte son aventure dans Promenons nous dans les bois, drôlatique récit de voyage et véritable encyclopédie sur l’Appalachian Trail (AT pour les intimes).

Federico n’a pas lu énormément de récits de voyage, son incursion la plus marquante dans le genre restant En Patagonie de Bruce Chatwin. La découverte des écrits de Bill Bryson lui donne résolument l’envie de se plonger plus souvent dans ce genre de livres.

Tout comme son illustre prédécesseur, Bill Bryson partage son livre entre son expérience de marcheur et de riches explications sur l’AT, son histoire et ceux qui l’ont écrite au passé comme au présent. On apprend donc énormément de choses et c’est ce sens de l’anecdote qui donne un excellent rythme au récit. Non pas que les aventures de l’auteur ne soient pas intéressantes : Federico a beaucoup ri en lisant le récit de ses préparatifs et la naissance d’une passion immodérée pour les burgers après plusieurs jours passés dans la nature. Néanmoins, notre ami lapin a beaucoup apprécié les évocations de marcheurs qui sont entrés dans l’histoire ainsi que les révélations sur la gestion catastrophique de certains tronçons du sentier. Quant aux ours, qui ont été la pire crainte de l’auteur, les passages qui leurs sont consacrés sont narrés avec un humour qui fait mouche à chaque fois. Bill Bryson se montre avant tout comme un randonneur assez proche du commun des mortels, qui peine à porter ses vingt kilos de matériel, s’émerveille devant certains paysage et déprime devant d’autres. Il n’hésite pas non plus à se montrer sous un jour moins favorable en décrivant les moments où il se comporte de façon assez exécrable avec d’autres randonneurs, à commencer par son propre compagnon de voyage, Stephen Katz, pas vraiment taillé pour l’aventure.

Au-delà de tout cela, Promenons-nous dans les bois est aussi une critique acerbe de ses contemporains étasuniens, incapables de faire le moindre trajet sans leur voiture et de prendre soin de leur magnifique patrimoine naturel. Le live a été écrit dans les années 1990 et la situation n’a pas dû s’améliorer depuis…

Bill Bryson, trad. Karine Chaunac, Promenons-nous dans les bois, Éditions Payot & Rivages, 2013, 243 p.

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

3 carottes

clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

clemy

Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Petites coupures à Shioguni

Une bande dessinée de Florent Chavouet.

3 carottes

Les bandes dessinées de Florent Chavouet sont toujours des petits trésors et des grandes aventures. Manabe Shima, son chef d’œuvre (oui), est un épais carnet de voyage qui réussi à nous émerveiller et nous faire vibrer au rythme du quotidien paisible d’une minuscule île japonaise, l’île de Manabe, entre pêche des crustacés, récolte des légumes et balades à vélo. C’est palpitant pour vrai !

Donc, quand Florent Chavouet s’est lancé dans la fiction, Federico devait absolument lire ça.

IMG_0045C’est une enquête policière qui nous est racontée dans Petites coupures à Shioguni, et elle se déroule sur une seule nuit. Une jeune fille vit de petit larcins, un binôme policier fait sa tournée, des yakuzas sans pitié rodent dans les konbinis, le commissaire et sa secrétaire tiennent la hot line, un tigre s’échappe du cirque… comme de bien entendu, tout ce petit monde va se louper de justesse, ou bien se tomber dessus avec dégâts !

Le petit théâtre nocturne des rues shiogunaises se dévoilent à nos yeux émerveillés. Pas de cases mais une narration échevelée et des dessins incroyables de minutie et de beauté (comme toujours avec l’auteur). À la moitié de la bande dessinée, le ton de l’histoire change complètement, lui conférant une dimension plus réaliste et innocente, ce qui donne toute sa saveur au mystère de l’enquête.

C’est la touche Florent Chavouet : subtilité, malice, authenticité, joyeux fouillis… Avec lui, la culture japonaise nous devient plus que familière et attrayante. Et, en plus d’être extrêmement doué, ce petit gars a un humour délicieux, très fin et pince-sans-rire, dont notre ami lapin se délecte sur son blog depuis quelques années !

Comme avec Manabe Shima, Federico réalise, une fois la bande dessinée refermée, qu’il a vécu sans s’en douter une sacrée aventure !

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, 2014, Éditions Picquier, 160 pages

Ru

Un roman de Kim Thúy.

3 carottes

Dans les classiques de la littérature contemporaine québécoise, il y a Putain, qui n’a pas séduit Federico, et il y a Ru, qui l’a au contraire charmé !

Notre ami lapin ne connaissait pas ce mot : un ru, c’est un petit ruisseau. Il ne connaissait aussi que vaguement la tragédie des boat people. Le témoignage de Kim Thúy vient y mettre des images fortes et limpides, avec des mots justes minutieusement choisis, et des chapitres courts qui transitent de l’un à l’autre avec finesse. Comme un ru peut-être.

IMG_0092Kim Thúy est la fille d’une famille aisée de Saïgon, au Sud Viêt Nam ; les troupes communistes du Nord Viêt Nam envahissent la ville en 1975. Après quelques années de cohabitation difficile, ses parents décident de prendre la fuite sur des bateaux de fortune surchargés affrétés par les passeurs. La dangereuse traversée restera indélébile dans l’esprit de la jeune fille alors âgée de 10 ans. Par la suite, c’est dans un camp malaisien que les boat people (comme les appellent les médias occidentaux) survivront tant bien que mal avant d’être accueillis en tant que réfugiés, au Québec notamment.

Il semble à notre ami lapin qu’aucun conflit identitaire ne bouscule l’auteure : vietnamienne d’origine, québécoise d’adoption, exilée assumée. Sûre d’elle, riche de sa double culture, elle semble avoir pleinement maîtrisé le traumatisme vécu pendant son enfance et fait preuve d’une émouvante nostalgie non seulement de sa terre natale, où elle retourna d’ailleurs vivre pendant trois ans une fois adulte, mais aussi des premiers temps de l’arrivée de sa famille dans la campagne québécoise.

En parallèle au ru, Federico comparerait ce texte à un merveilleux tissage, constitué d’un camaïeu de fils de couleurs reconstituant la fresque de la tragédie familiale. Les images, les sons et les odeurs fourmillent dans les souvenirs de l’auteure, et nous donnent le privilège d’entrapercevoir la richesse de son histoire personnelle.

Une courte, émouvante et belle lecture ; malgré son sujet dur et sa tristesse, Ru nous fournit une bonne dose de tendre sagesse, ce qui nous fait tant de bien ces temps-ci…

Kim Thúy, Ru, Libre Expression, 2009, 152 pages

Bad Girl. Classes de littérature

Un roman de Nancy Huston.

3 carottes

Quel plaisir de retrouver Nancy Huston ! Son roman Lignes de faille avait vraiment bousculé notre ami lapin il y a quelques années, et il était pressé d’avoir le temps de mettre son museau dans son dernier né, Bad Girl.

Pour Federico, il est impossible de ne pas être captivé par la prose de Nancy Huston. Bon, même s’il ne s’agit là que de sa deuxième incursion dans sa bibliographie, il est tout autant époustoufflé par la puissance de ses textes. Ce qui est fou avec Nancy, c’est que sa langue maternelle est l’anglais mais qu’elle écrit en français, ou bien traduit elle-même ses œuvres.

IMG_0070Bref, il en sort une véritable voix chantante et incroyablement riche, Federico kiffe ! En plus, il adore qu’on lui raconte des histoires, et l’auteure est bonne conteuse et fine psychologue. Ses sujets de prédilection semblent être les histoires de famille et la transmission entre générations, c’est ce que Federico avait adoré dans Lignes de faille.

Et là, dans Bad Girl, elle applique cette recette à sa propre vie, son propre passé familial. Elle cause donc de son père Kenneth et de sa mère Alison, un couple qui ne fera pas long feu, de sa tripotée d’aïeuls, parfois dérangés et souvent pauvres, venus des quatre coins du Canada. Elle-même bougera beaucoup dans son pays natal et aux États-Unis, jusqu’à s’exiler à Paris où elle vit depuis 30 ans.

L’auteure fait des membres de sa famille des personnages hauts en couleur, entremêle son récit d’anecdotes et pensées diverses, met en perspective les choses passées avec les faits présents, tisse page après page sa propre tragédie familiale… C’est fort, c’est passionnant, c’est délicieux !

Nancy Huston, Bad Girl. Classes de littérature, Actes Sud, 2014, 265 pages

Someone in Brooklyn

3 carottes

En l’espace de quatre mois, Federico a lu deux livres consacrés à des femmes d’origine irlandaise et à leur vie dans le quartier de Brooklyn. Coïncidence ? Je ne pense pas. Une telle manipulation du destin méritait bien un article un peu foutraque avec pour thématiques, en vrac : Brooklyn, les irlandais, les romans qui pincent le cœur, le bleu des couvertures de la collection Quai Voltaire, Nick Hornby, etc.

New York, Cape Cod, Boston -

Le paillasson de Brooklyn, par Baptiste, via nature-etc.net

Commençons avec Someone de Alice McDermott, que Federico a lu en juin et qui lui a permis d’entamer brillamment la saison de la rentrée littéraire (oui, Federico lit les romans avant leur sortie, parce qu’il a des amis hauts placés). someone (2)Someone est un beau roman à bien des niveaux. Notre ami lapin ne se lasse pas d’admirer sa couverture d’un superbe bleu (auquel la photo ci-contre ne rend pas du tout hommage) et agrémentée d’un bandeau qui nous change des habituels placards publicitaires qui n’apportent pas grand chose esthétiquement parlant. Il s’agit ici d’une photo de Ralph Morse intitulée « Spring Comes to Brooklyn« . Instantané dans la vie d’un quartier, elle résume parfaitement le roman.

En effet, si on s’intéresse à ce qui est écrit dans cet écrin bleu, on rencontre Marie, fille d’immigrés irlandais qui raconte, par petites touches et dans le désordre, sa vie de fillette, de jeune femme pendant la seconde guerre mondiale et de mère. Des rues de son enfance à une maison de retraite anonyme, le lecteur la suit à pas feutrés. Alice McDermott possède ce talent rare de transformer le quotidien ordinaire des gens ordinaires en une lecture touchante et captivante. En quelques scène d’une apparente banalité mais riches de détails précieux, elle évoque, l’air de rien, des questions sensibles (mort, famille, oubli, etc.) avec beaucoup de justesse.

Federico vous laisse une quinzaine de minutes pour filer chez votre libraire et acheter ce livre.

C’est bon, vous êtes revenus ?

Bien, passons à Brooklyn, de Colm Tóibín qui lui n’a pas brillé lors de cette rentrée littéraire et pour cause, sa parution en France date de 2011. Federico a découvert ce livre à travers la bande annonce de son adaptation cinématographique, sur vos écrans en mars 2016 et scénarisé par Nick Hornby, oui, celui-là. L’histoire se déroule dans les années 1950 et suit le parcours d’Eilis, une jeune irlandaise sans emploi poussée par sa sœur à aller tenter sa chance aux États-Unis. Elle rejoint alors le quartier de Brooklyn où, après une adaptation difficile, elle va poser les premières pierres de sa nouvelle vie.

brooklynUne fois que vous avez vu la bande annonce du film et lu le résumé du livre, vous connaissez à peu près 80 % de l’intrigue mais franchement ce n’est pas si grave : lisez-le, il est génial. Federico l’a dévoré en quelques jours, à la faveur des vacances, et Eilis a continué à le suivre pendant un moment après sa lecture. Son imagination a certainement été dopée par la bande annonce, qui magnifie l’esthétique de l’époque et dans laquelle la talentueuse Saoirse Ronan prête ses traits à l’héroïne. Cela apportait donc plus de substances aux habituels visages flous que Federico se figure lors de ses lectures.

Néanmoins, l’intérêt de notre ami lapin pour cette histoire est à mettre au crédit de la virtuosité de l’auteur qui a créé une héroïne toute en nuances. Au cours du livre, Eilis se retrouve régulièrement tiraillée entre deux univers : le cocon familial irlandais et la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis. L’impossibilité de concilier ces deux mondes est symbolisée par cet océan Atlantique qu’on ne traverse à l’époque qu’en bateau, au prix de quelques jours de mal de mer.

À plusieurs reprises dans le livre, on voit la jeune fille faire face à des décisions qui ne sont pas les siennes et qui changent radicalement sa vie, mais auxquelles elle se plie par amour ou sens du devoir. Partir à Brooklyn n’est pas le choix d’Eilis : c’est sa sœur qui a tout organisé avec l’aide d’un prêtre qui, sur place, lui trouve un travail et un logement. C’est finalement dans les rares moments où elle reprend sa vie en main, à travers des détails, des petites transgressions ou dans des situations beaucoup plus graves, qu’Eilis se révèle et devient encore plus intéressante aux yeux du lecteur. Au final, c’est son sens des responsabilités qui va primer et quand le roman s’achève, elle n’est plus une jeune fille hésitante mais une adulte prête à assumer ses choix.

Pour résumer : ces deux romans ont permis à Federico de découvrir une facette de l’histoire de l’exil à travers deux très beaux portraits de femmes. Trois carottes pour eux !

Alice McDermott, trad. Cécile Arnaud, Someone, La Table Ronde, août 2015, 264 p.

Colm Tóibín, trad. Anna Gibson, Brooklyn, 10/18, octobre 2012, 331 p.

L’arbre aux haricots

Un roman de Barbara Kingsolver, traduit de l’anglais par Martine Aubert.

3 carottes

Souvent, Federico entend des lecteurs dire qu’ils ont envie de lire un livre qui ne leur prenne pas la tête. Certains d’entre eux se dirigent donc vers des romans écrits au lance-pierre avec une histoire simpliste et des personnages caricaturaux. C’est leur droit, Federico ne juge personne.

Ahem.

©RivagesNotre ami lapin aimerait bien lire des livres qui ne prennent pas la tête et qui répondent aux critères ci-dessus. Mais en fait, ça l’énerve les livres comme ça. Vous avez pu le constater dans la dernière critique, une faiblesse dans l’ensemble et pan, c’est la fuite des carottes. Heureusement, pour détendre Federico, il y a des livres comme L’Arbre aux haricots, un roman qu’il a lu pendant ses vacances, en trois jours, dans le train, dans les transports en commun, dans un café, sous un arbre. Bref, un livre dont on peut lire plein de chapitres comme trois pages, et qu’on reprend à chaque fois avec plaisir et sans difficulté pour raccorder les personnages et les évènements. Le tout grâce à une écriture sans fioritures mais mordante, une histoire pleine de rebondissements et des personnages très très attachants.

L’histoire est celle de Taylor, une jeune femme qui après observation constate que l’avenir que lui propose son Kentucky natal (mariage-enfants-ennui) ne la satisfait pas. Elle abandonne donc sa maman adorée et part au volant d’une voiture qui a connu des jours meilleurs, direction : n’importe où. Enfin presque, puisque notre héroïne se promet de s’installer à l’endroit où sa voiture rendra l’âme. Cette dernière va tenir sa part du marché puisqu’elle lâche à Tucson, où Taylor va rencontrer des gens qui vont apporter de nouvelles couleurs à sa vie. Cependant, avant cela, la jeune fille a fait une halte dans une réserve Cherokee de l’Oklahoma et s’est vue confier une fillette par une vieille femme qui a ensuite disparu dans la nature. Normal.

Le lecteur suit donc Taylor, Turtle (c’est le nom de la fillette) et les autres personnages de ce roman au gré des situations plus ou moins difficiles, des beaux moments et des petites choses du quotidien. Tout cela est amené avec beaucoup de naturel et a beaucoup intéressé notre ami lapin, simplement parce que c’est raconté avec une empathie communicative. La vie des héros est loin d’être rose, pourtant il se dégage de ce roman une grande énergie positive, et il regorge de bonnes surprises, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Voici donc une belle comédie-dramatico-sociale pour vos moments de détente !

Barbara Kingsolver, trad. Martine Aubert, L’arbre aux haricots, Rivages poche, septembre 2014, 315 p.

Marathon critique : Federico se souvient-1

Pour Federico, la meilleure des lectures est intemporelle. Un bon livre, on s’en souvient looongtemps !

Ben oui, ce n’est pas parce qu’on a lu un livre il y a 10 ans qu’il ne sert plus à rien d’en parler, bien au contraire : si on y pense encore, c’est qu’il y a bien une raison ! C’est pourquoi notre ami lapin vous propose une nouvelle série de Marathons critiques : le « Federico se souvient ». Comme il aime faire d’une pierre deux coups, il se servira aussi de ces marathons pour rattraper son retard, et parler de livres lus il y a seulement 1 ou 2 ans et qui ont loupé le coche de la critique conejienne. Notre ami lapin est curieux de voir ce qu’il peut ressortir d’une lecture qui n’est plus toute fraîche, donc n’attendez pas une analyse détaillée !

S’il prend la peine de ressortir ces souvenirs de lecture du placard, c’est bien parce qu’elles en valent le coup, donc ce sont des livres 3 ou 4 carottes, enjoy !

L’Ombre du vent

ombreduvent4 carottes

C’était l’hiver dernier, ou celui d’avant, il ne sait plus… En tout cas, Federico se souvient bien d’avoir dévoré ce roman dans le RER, dans le TGV, et même en covoiturage ! Malgré les bruits et les ressauts des transports, il n’a eu aucun soucis à se plonger dans l’histoire de Daniel Sempere et du mystérieux écrivain Julian Carax. L’Ombre du vent, ça cause d’émois littéraires, de soubresauts de l’histoire, de déchéance familiale, d’amours maudits ou heureux, bref, une grande fresque jouissive rehaussée de personnages hauts en couleur, la joie du lecteur !

La pluie avant qu’elle tombe

la-pluie-avant-qu-elle-tombe3 carottes

Voilà une belle histoire qui a fait passer un très bon moment à Federico lors d’une rentrée automnale, ça collait bien avec le titre tiens ! Avant de mourrir, la tante Rosamund a enregistré ses souvenirs sur des cassettes audios qu’elle destine à Imogen. Mais la jeune fille est introuvable, c’est donc sa nièce Gill et ses filles qui écoutent les confessions de Rosamund. Cette dernière prend le parti de décrire des photos soigneusement sélectionnées et dévoile les histoires de famille qu’elle porte en elle depuis des années. Ce roman rentre beaucoup dans l’intimité de ses personnages, majoritairement féminins, et a rappelé au souvenir de notre ami lapin la lecture marquante de Lignes de faille de Nancy Huston.

Lumières de Pointe-Noire

couverture-Mabanckou3 carottes

C’est le premier livre d’Alain Mabanckou lu par notre ami lapin. D’emblée, Federico a été frappé par la maîtrise parfaite de la langue française ; les phrases sont assez longues, ce qui rend le texte dense, mais il se lit avec une très grande aisance et avec beaucoup de plaisir. L’auteur nous raconte l’histoire de son retour pour quelques semaines dans son pays d’origine, le Congo-Brazzaville, dans la ville de Pointe-Noire plus précisément. Sa mère et son père adoptif sont morts depuis plusieurs années déjà, et il retrouve avec nostalgie et réserve la famille et les lieux où il a grandi, quittés 23 ans plus tôt. C’est un beau roman sur les retrouvailles avec son enfance et le regard d’adulte qui y est posé.

Journal d’Anne Franck

ANNE3 carottes

Là, les souvenirs sont plus flous, mais les émotions encore très fortes. Il est difficile pour Federico de rester indifférent à Anne, une jeune fille perspicace et charmante qui ne semblait pas avoir la langue dans sa poche, ni son crayon dans sa trousse… Il est étrange de lire le journal intime d’une adolescente, notre ami lapin se trouvait impertinent d’y fourrer ses moustaches : on a beau avoir fait d’Anne une personnalité universelle, elle n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres et donc terriblement unique. La lecture de son journal est instructive et poignante, surtout lorsque l’on sait ce qu’il advient d’elle et sa famille par la suite…

Récap’ : 

L’Ombre du vent, Carlos Ruis Zafón, Grasset/Pocket, 2006

La pluie avant qu’elle tombe, Jonathan Coe, Folio, 2010

Lumières de Pointe-Noire, Alain Mabanckou, Seuil, 2013

Journal d’Anne Franck, Le Livre de Poche, 1947

Funny Girl

Un roman de Nick Hornby, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

3 carottes

Federico a lu deux romans de Nick Hornby : Vous descendez, farce drôlatique sur des candidats au suicide qui vont changer de vie plutôt que d’y mettre un terme et Juliet, naked, chronique existentielle qui met en scène un couple et un chanteur mythique. Notre ami lapin garde un très bon souvenir de ces deux lectures et Funny Girl lui en laissera un meilleur encore.

funny girlCe livre l’a plongé dans l’univers de la télévision anglaise des années 1960 et plus précisément au cœur de l’élaboration d’une série humoristique pour la BBC. Cette série se proposant d’être un miroir de la société de l’époque, le roman devient à son tour une jolie chronique sur l’industrie du divertissement des sixties, à travers le parcours de quelques uns de ses rouages. En tête du casting, l’irrésistible Barbara, reine de beauté qui a quitté son Angleterre profonde pour Londres et la vie excitante qu’elle promet. Mais si Barbara rêve d’être actrice, ce n’est certainement pas pour jouer la potiche ni les faire-valoir : ce qu’elle veut, c’est faire rire. Évitant les pièges et la facilité, elle devient rapidement une vedette du petit écran. Bientôt, cette comédienne née qui n’a pas la langue dans sa poche mais la tête sur les épaules découvre que son personnage dans la série est bien plus qu’un alter ego aux yeux du public.

Autour de ce personnage solaire gravitent acteurs, scénaristes, producteurs et metteurs en scène. Comme il y a peu de personnages, Nick Hornby peut développer le caractère et la vie de chacun. Aussi, même si Barbara est clairement au cœur de ce roman, les seconds couteaux n’en sont pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’ils occupent une place centrale dans la vie de la jeune actrice. Les dialogues quant à eux sont aux petits oignons : percutants et plein d’esprit. On suit la petite équipe sur plusieurs années – qui correspondent aux saisons de la série – au rythme des évolutions professionnelles et personnelles des personnages. Le roman reste égal du début à la fin : toujours difficile à lâcher. Federico n’avait pas envie de quitter cette ambiance sixties et d’être séparée de cette joyeuse bande disparate.

Funny Girl est une très belle chronique sociale et humaine, sensible et drôle.

Nick Hornby, trad. Christelle Barbaste, Funny Girl, Stock, août 2015, 432 p.