Les heures rouges

Un roman de Leni Zumas, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch.

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Federico a envie de dire plein de choses à propos de ce livre mais il va essayer de faire court car premièrement il risque de se perdre et deuxièmement, vous feriez mieux de lire Les Heures Rouges et de voir par vous même.

L’auteure nous embarque dans les États-Unis d’après demain, dans une petite ville de l’Oregon, près de Salem. La loi américaine stipule maintenant qu’un ovule fécondé à droit à la vie, à la liberté et à la propriété. L’avortement est un crime passible de prison, la fécondation in vitro, une violation des droits de l’ovule. La seule structure familiale acceptée, c’est un papa et une maman (slogan connu) : l’adoption et la PMA ne seront donc bientôt plus d’actualité pour les femmes célibataires.

Voilà le tableau.

Leni Zumas y peint quatre femmes, plus une, écho lointain d’un passé où les femmes avaient encore moins de droits qu’aujourd’hui. Toutes ont leur propre rapport à la famille, au désir d’enfant, à son rejet. Dans cette petite ville battue par les vents, alors que des baleines pilotes viennent s’échouer sur les plages plus au nord, chacune tente de comprendre qui elle est vraiment et comment vivre la vie qu’elle désire.

L’histoire de ces femmes est somme toute assez simple, voire ordinaire, mais la façon dont elle est racontée donne une complexité fascinante à chaque personnage, chaque situation. Attention, Federico ne parle pas de la complexité qui paume le lecteur, non, il parle de richesse, de niveau de lectures multiples, de références, de résonances.

Federico a envie de s’attarder sur un aspect du livre qui lui a beaucoup plu : la place du corps des femmes. Celui-ci est depuis bien longtemps l’objet de critiques, de contrôle, de réglementations, de dégoût, et j’en passe. Dans Les Heures Rouges, le corps est souvent décrit dans les détails car on y parle de PMA, d’avortement, de sexualité, d’infections vaginales, etc. C’est fait sans aucun jugement de valeur et, malgré la crudité de certaines images, jamais on ne se dit que c’est sale (bon, les verrues, c’est pas chic non plus) ou déplacé. Et pourquoi cela le serait-il ? Le corps des femmes est souvent considéré comme quelque chose d’impur qu’il faut cacher, dont il faut prendre le contrôle. On les en dépossède donc, on fait des lois, religieuses ou gouvernementales. L’un des personnages illustre très bien cette idée, il s’agit de Gin. Cette marginale vit dans les bois, au plus près de la nature et est guérisseuse. Son rapport au corps est assez déconcertant, parce qu’il détonne par rapports au standards. En ville, on la voit comme une sorcière. De celles qu’on brûlaient autrefois parce qu’elles avaient refusé la mainmise d’autrui sur leur corps.

Les Heures Rouges a beaucoup marqué votre chroniqueur. L’auteure donne une dimension universelle au parcours intime de chacune de ses héroïnes ce qui lui permet d’aborder de tas de sujet passionnants et de bousculer le lecteur. Dans la manière qu’a chacune de prendre son destin en main, Leni Zumas délivre un beau message de révolte et d’espoir.

Leni Zumas, trad. Anne Rabinovitch, Les Heures Rouges, Presses de la Cité, août 2018, 349 p. 

Le Jardin Arc-en-ciel et La Papeterie Tsubaki

En cette rentrée littéraire, votre chroniqueur a lui pas mal de bons livres, mais peu on touché son petit cœur tout mou comme celui d’Ogawa Ito. Et ce n’est pas la première fois ! Retour sur deux belles lectures offertes par l’auteure japonaise.

Le Jardin Arc-en-ciel

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Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Ogawa Ito Le jardin arc-en-cielFederico a lu ce livre lors de sa sortie en septembre 2016, dans les premières pages, notre ami lapin a été déconcerté par l’écriture d’Ogawa Ito : très épurée et simple, presque enfantine. Avec des phrases courtes et sans fioritures, l’auteure crée une atmosphère de douceur dans laquelle il est agréable de se plonger, si bien que votre chroniqueur a vite dépassé sa réserve de départ pour se laisser aller à la lecture de cette belle histoire d’amour et de tolérance.

Izumi et Chiyoko se rencontrent et s’aiment comme si c’était une évidence. L’une est mère célibataire, l’autre lycéenne au bord du suicide. Ensemble, elle vont quitter la ville et sa folie pour le calme de la montagne. Malgré le rejet – l’homosexualité est encore très mal vue au Japon – elle vont faire leur nid sous le « plus beau ciel du Japon » et faire de ce lieu un refuge pour ceux qui en ont besoin : c’est la maison d’hôtes de l’Arc-en-ciel.

La bienveillance qui transpire des personnages est communicative et Federico a versé sa larmichette quand le livre a pris un tour plus grave. Mais s’il avait le cœur un peu lourd en terminant sa lecture c’était surtout de quitter cette famille unique et touchante. Les personnages évoluent au fil des années que retrace le livre, on perçoit toutes les strates de leur personnalité, subtilement décrite. À la fin, Federico avait un peu l’impression de faire partie de la famille. En refermant ce livre incroyablement positif et chaleureux, notre ami lapin avait envie de s’installer dans une maison isolée et de courir après les arcs-en-ciel !

La Papeterie Tsubaki 

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Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Cet été Ogawa Ito a fait un joli cadeau à Federico : délicatesse, douceur et simplicité. C’est tout ce dont il avait besoin et c’est dans son dernier livre La Papeterie Tsubaki. À travers son héroïne, écrivain public à Kamakura, et une sympathique galerie de personnages secondaires, l’auteure nous fait encore une fois accéder à un univers où se cultivent la bonté et les petits bonheurs.

Ogawa Ito La Papeterie TsubakiHatoko a 25 ans et vient de reprendre la papeterie que sa grand-mère lui a léguée en plus d’une fonction importante : écrivain public. Au fil des travaux qui lui sont confiés – et qui sont parfois incongrus à nos yeux occidentaux – la jeune fille en apprend plus sur elle et sur sa grand-mère, femme austère qui l’a élevée avec une grande sévérité. Quant au lecteur, il fait le plein de découvertes au sujet des traditions et rituels qui entourent l’art épistolaire et la calligraphie.

Ce roman est une ode aux petits détails : le choix d’un papier, d’un timbre ou du thé qu’on sert aux clients, chaque chose à son importance et cette méticulosité déborde sur la vie d’Hatoko. Le livre déroule l’année du retour de l’héroïne dans la ville de son enfance. Elle nous guide dans les rues de Kamakura et nous convie aux petits et grands événements qui marquent les saisons. La forte présence de la nature, de la culture culinaire et des traditions religieuses font de ce roman une mine de savoirs sur la vie japonaise. Federico s’est lové avec bonheur dans l’univers d’Hatoko et n’a qu’une seule hâte : prendre le temps de savourer l’un des deux autres romans qu’Ogawa Ito a écrits.

Ogawa Ito, trad. Myriam Dartois-Ako, Le Jardin Arc-en-ciel, Philippe Picquier, septembre 2016, 295 p.

Ogawa Ito, trad. Myriam Dartois-Ako, La Papetrie Tsubaki, Philippe Picquier, août 2018, 384 p.

Rage Blanche

Rage Blanche, un roman de Becky Masterman, traduit de l’anglais par Maryvonne Ssossé.

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Federico n’aime pas trop les histoires de tueurs en série. Les romans avec des jeunes filles qui se font enlever sur le bord de la route puis tuée avant que le tueur en question n’utilise leur momie pour se masturber, merci, mais non merci. C’est de cela dont il est question dans Rage blanche et pourtant votre chroniqueur s’est intéressé à ce roman policier et il a finalement beaucoup aimé cette lecture.

Quand il est sorti en poche, Federico a lu le résumé et a été accroché par la promesse d’une héroïne atypique, jeune retraitée du FBI qui essaie de mener une vie rangée avec l’homme de sa vie et leurs deux carlins mais qui est vite rattrapée par une ancienne affaire. Cette promesse est tenue et bien plus encore car Brigid Quinn est bien loin des clichés dans lesquels se sont vautré les rares romans policiers que Federico a lu ces dernières années. Brigid est une vraie badass qui peut se défendre toute seule, comme le montre la scène d’ouverture, merveille d’action et de suspens. Mais c’est aussi un petit cœur tout mou qui a vu sa vie sentimentale passée détruite par la violence de son travail pour le Bureau et qui est prête à tout pour préserver son histoire d’amour avec Pedro, y compris à s’enliser dans les mensonges.

Brigid a du mal à avaler la nouvelle qu’un tueur en série longuement recherché vient d’être arrêté. Cette affaire ne pouvait que lui exploser à la figure car cet homme reconnaît le meurtre d’une jeune recrue que Brigid avait pris sous son aile et utilisée comme appât pour attirer le tueur. Elle s’en veut, elle est en colère et en plus quelqu’un cherche à l’assassiner. C’est contrariant.

Dans ce roman policier mené tambour battant il y a certes des gens très perturbés mais il ne sont pas au premier plan. À aucun moment l’auteure ne nous fait entrer dans la tête du tueur pour comprendre ses motivations. Elle préfère s’attacher au personnage de Brigid pour lui apporter une complexité et un capital sympathie très élevés ! L’autre gros bon point de ce livre est l’humour qui vient régulièrement désamorcer la tension permanente. Sans vous en dévoiler trop, prenez par exemple les ingrédients d’une des scènes les plus captivantes du livre : fusillade – désert – cactus – carlins. Plongez tout cela dans l’atmosphère irrespirable d’un été en Arizona et vous aurez un polar très prenant mené par une héroïne très attachante.

Becky Masterman, trad. Maryvonne Ssossé, Rage Blanche, Éditions du Masque, janvier 2018, 490 p.

L’écliptique

Un roman de Benjamin Wood, traduit de l’anglais (Australie) par Renaud Morin.

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L’Écliptique fait partie de ces livres qui vous prennent par la main pour vous conduire dans un autre univers. Et pas besoin d’aller dans des contrées féériques pour se sentir dépaysé : pour Federico, il aura suffi d’une plongée dans le milieu artistique londonien des années 1950 et 1960 pour s’égarer avec délice.

Mais revenons au point de départ. Le roman s’ouvre sur le refuge de Portmantle, caché sur l’île d’Heybeliada, au large de la Turquie, qui abrite quelques artistes (écrivains, architectes, dramaturges, peintres, etc.) dont la créativité a été écrasée par trop de pressions extérieures. On n’entre ici que sur recommandation d’un parrain qui couvre l’intégralité des frais du séjour et tout se passe dans le plus grand secret. Dans ce cocon totalement coupé du monde, quatre pensionnaires de longue date voient leur routine et leur amitié bouleversée par l’arrivée d’un jeune homme très perturbé. La plus troublée des quatre est Knell, une artiste peintre qui se met en tête d’aider l’étrange jeune homme à aller mieux malgré l’opposition de ce dernier. Se faisant, elle se remémore sa jeunesse et ses débuts d’artiste.

C’est à ce moment que l’ouvrage se met à raconter deux histoires, menées en parallèle, s’effleurant souvent et se heurtant parfois. D’un côté, on suit le quotidien de Knell à Portmantle, tandis que la présence du jeune homme fait vasciller ses repères et révèle les aspects les plus louches du refuge. De l’autre, on est plongé dans la vie d’Elspeth (le vrai nom de Knell), jeune peintre dont le talent est rapidement reconnu mais qui voit l’inspiration lui filer entre les doigts alors qu’elle se lance dans une œuvre de commande extrêmement ambitieuse. Au même moment, elle s’enlise dans une relation amoureuse avec un artiste terriblement égocentrique qui refuse de s’engager à ses côtés alors qu’elle a besoin de lui. Ces deux facettes du roman sont très maîtrisées et s’imbriquent habilement, si bien que Federico n’a pas vu venir la troisième facette, bien planquée dans les pages et qui surgit dans la dernière partie du livre et en accélère le rythme pour nous mener à un final qui a retourné la tête de notre ami lapin !

Malgré quelques longueurs (mais au vu de la densité du livre, tout est pardonné), Federico a vraiment adoré L’Écliptique. C’est un roman étonnant qui l’a séduit grâce à son héroïne. Knell/Elspeth est une artiste très exigeante et son appétit ne se satisfait pas de la reconnaissance de ses pairs ou du succès commercial de ses toiles. Elle est en quête d’une forme de vérité absolue, d’évidence dans ses peintures. Et quand elle ne la trouve plus, on ne peut qu’avoir de la compassion pour elle.

Sa recherche de l’œuvre parfaite est très prenante. La façon dont l’auteur décrit le processus de création est très belle et a vraiment emporté votre chroniqueur. Plus que tout le reste, ce sont ces passages où Eslpeth ressent l’ivresse de la création – une ivresse communicative – et la détresse dans laquelle elle est plongée quand elle ne se reconnaît plus dans son travail qui ont le plus marqué Federico. Quant à l’île de Portmantle… Chut ! Il est interdit d’en parler !

 

Benjamin Wood, trad. Renaud Morin, L’Écliptique, Robert Laffont, août 2018, 504 p.

Margaret Atwood

Pour Federico, l’année 2017 a été marquée par la découverte de Margaret Atwood. En fait, depuis plusieurs mois (voire, plusieurs ANNÉES !), Federico avait un livre de cet auteure bien au chaud dans sa bibliothèque : Le dernier homme.

Et bien, il ne l’a pas encore lu.

Voilà.

Ce qu’il a lu en revanche, c’est Œil-de-chat et La servante écarlate. Et franchement, c’est trop génial. Commençons par vous présenter Œil-de-chat.

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oeil de chatC’est un livre dans lequel il se passe peu de choses. Elaine, la cinquantaine, est artiste peintre. Elle revient à Toronto après des années d’absence à l’occasion d’une rétrospective. En déambulant dans la ville où elle a grandi, elle se remémore son enfance, son adolescence, la famille, les amies, les premiers amours. C’est particulièrement la relation avec Cordélia, amie abusivement autoritaire de son enfance et qui deviendra sa Némésis, qui est décrite dans toute sa complexité. Tels les étoiles qui nous éclairent la nuit d’une lumière émise il y a plusieurs millions d’années, les souvenirs évoqués aident à comprendre la femme qu’elle est aujourd’hui. Quand on découvre l’exposition consacrée à ses œuvres à la fin du livre, on y retrouve bon nombre des événements et des figures qui ont marqué Elaine de manière plus ou moins consciente.

Margaret Atwood possède un talent que Federico chérit par dessus tout : nous montrer que souvent dans la vie, ce qui compte ce sont les moments les plus banals. Le portrait qu’elle fait d’Elaine est fait de petites touches, de sensations, d’émotions ressenties. L’auteure n’a pas peur de la complexité de ses personnages et nous la présente avec précision et subtilité. C’est terriblement bien écrit et Federico a pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, de plus cela lui a ouvert une fenêtre sur le milieu artistique féminin de la deuxième moitié du XXe siècle.

Très bien disposé vis-à-vis de Margaret Atwood et intrigué par le phénomène télévisuel qu’a été l’adaptation en série télé de La Servante écarlate, Federico a décidé de poursuivre sa découverte de l’univers de l’auteure canadienne avec ce roman dystopique.

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Les États-Unis y sont une sorte de dictature chrétienne ultra-conservatrice dans laquelle, suite à une crise démographique, certaines femmes sont réduites en esclavage pour servir de reproductrices. Defred est l’une d’entre-elles et c’est son récit que nous lisons.

servante écarlateMargaret Atwood choisi de nous décrire cette société à travers le regard d’une femme qui n’a accès à aucune information. Par conséquent, le lecteur ne sait rien de l’organisation politique qui régit le pays, et n’en a un bref aperçu qu’à travers le « maître » de Defred, celui à qui elle doit donner un enfant et dont elle porte le nom (De-Fred). Le fait de ne rien savoir créé une sensation de vertige que l’auteure manie à merveille. Comme dans Œil-de-chat, le quotidien est raconté dans ses moindres détails et le cheminement des pensées de Defred, minutieusement retranscrit. Cela nous permet de voir la subtile évolution de cette héroïne qui n’a rien d’une révolutionnaire mais qui, d’une petite transgression à l’autre, va entrer en résistance. Discrètement, certes, mais cela n’en est pas moins passionnant. Federico ne pouvait pas lâcher ce roman génial, happé qu’il était par la richesse du récit, la grande qualité de l’écriture et la tension permanente.

Quand il voit la belle bibliographie de Margaret Attwood, votre chroniqueur ne peut que se réjouir : que d’heures de bonne lecture en perspective ! Quant au Dernier homme, il va devoir attendre son tour encore un peu car, actualité série oblige, c’est Captive qui s’impose comme la prochaine lecture atwoodienne de Federico !

Margaret Atwood, trad. Claire Malroux, Oeil-de-chat, Pavillons Poche Robert Laffont, février 2017, 688 p.

Margaret Atwood, trad. Sylviane Rue, La Servante Écarlate, Pavillons Poche Robert Laffont, 2015, 544 p.

La gifle

Un roman de Roxanne Bouchard.

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Les faits se déroulent en 1972, dans un village québécois bordant le fleuve Saint-Laurent où la communauté italienne a ses pénates. François Levasseur, anti-héros, n’est pas très fute-fute mais tout de même très ambitieux. Peintre sans génie et homme sans jugeotte, il s’imagine devenir un artiste mondialement connu et admiré, poussé dans cette idée par sa mamma, boulangère de son état et grande adepte de ses propres pâtisseries. Aussi étrange que cela paraisse, « Francesco » a du succès auprès des femmes… ou plutôt, disons que les personnes du sexe féminin ont de grandes facilités à obtenir ses faveurs, qu’il ne se retient pas de distribuer à tord et à travers, notamment auprès de ses modèles. D’ailleurs le mariage de l’une d’entre-elles approche, et la toile commandée à l’occasion par la mère de la mariée y sera dévoilée. Tous les éléments pour que l’inévitable se produise sont réunis, ça sent le roussi pour Francesco…

la_gifleCe texte drôle et pétillant a bien diverti notre ami lapin. Toutes ses italiennes qui s’agitent, occupent l’espace de leur beauté, leurs mouvements, leurs paroles, ces femmes qui ne vont pas se laisser faire, font vibrer les pages de ce tout petit roman dans lequel on se plonge avec aisance, avide de savoir QUI sera la gifleuse ? Honteux, Federico a trop facilement trouvé au fond de lui cette once de méchante impatience pour l’achèvement final et libérateur qui viendra punir l’effronté goujat.

Digne d’une pièce de théâtre, La gifle se joue à la fois de son héros et de son lecteur. Le ton moqueur de Roxanne Bouchard fait mouche, notamment dans les interludes façon « mode d’emploi » qui ponctuent les chapitres. L’auteure nous y donne les leçons essentielles (« Apparition de la gifle », « L’importance de réussir la gifle ») et les réflexions majeures sur le sujet (« Existe-t-il des giflantes naturelles ? »). Visiblement, l’auteure s’amuse, ça tombe bien, nous aussi !

En fait, Federico a été un peu surpris par le texte de La gifle, qui s’est révélé purement humoristique, alors que Whisky et paraboles, premier livre de Roxanne Bouchard qu’il avait lu il y a quelques années, avait un tout autre ton, empreint de tristesse et habité par la totale remise en question de l’héroïne. Une lecture qui lui avait plu, mais dont notre ami lapin avait eu du mal à retirer des clés suffisamment claires pour son esprit. En tout cas, La gifle vient chambouler le souvenir que Federico avait de cette auteure et en donne une toute nouvelle dimension !

La gifle, mode d’emploi, Roxanne Bouchard, Éditions Typo, 2016 (première édition en 2007 chez Coup de tête), 106 pages

L’attrape-cœurs

Un roman de J. D. Salinger, traduit de l’anglais (américain) par Annie Saumont.

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Notre ami lapin se demandait ce qu’il y avait dans L’attrape-cœurs pour qu’on en parle autant. Enfin il a la réponse ! Petits veinards que vous êtes, il va la partager avec vous.

L’attrape-cœurs est un roman à la première personne. La personne en question est Holden Caulfield, un adolescent « en rupture », comme on dirait aujourd’hui. Mais en fait, Federico n’a pas trouvé que ce jeune garçon paumé, rebelle, un chouia misanthrope, était si perdu pour la société que ça. Issu de la bourgeoisie aisée de New York (ses parents habitent à quelques pas de Central Park), Holden est surtout un jeune garçon très critique et rabat-joie, qui déteste à peu près toutes les personnes qui l’entourent, en particulier ses camarades de dortoirs, les filles un peu trop pimbêches et les professeurs donneurs de leçon. Il ne supporte pas l’école, ses devoirs et ses codes de conduite, les relations sociales ampoulées à l’entracte des pièces de théâtre, les faux-semblants, le cinéma, etc. La seule matière dans laquelle il excelle, c’est la littérature ; la seule personne qu’il apprécie vraiment, c’est Phoebé, sa petite sœur, vive et intelligente.

attrape-coeursLe roman suit chronologiquement deux jours seulement de la vie d’Holden Caulfield. Renvoyé de Pencey juste avant les vacances de Noël, Holden va décider de quitter l’école plus tôt pour aller errer un peu dans les avenues new-yorkaises avant de rentrer et confronter une nouvelle fois ses parents. Parce que ce n’est pas la première fois qu’il se fait expulser… Hôtels scabreux, bars miteux, le café de Central Station, les marches du musée d’Histoire naturelle, Holden se balade et essuie des déconvenues les unes à la suite des autres.

Federico n’aurait pas cru être aussi emballé par l’histoire de Caulfield. « Des mecs marginaux qui se cherchent et errent sans but dans New York », c’est le pitch des trois romans de La Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, et ça avait un peu gonflé notre ami lapin. Mais ici non, Federico s’est pris au jeu du parcours de Holden Caulfield, un garçon obtu et impulsif qu’il a très vite apprécié, principalement en raison de son éloquence et de son œil malgré tout très aiguisé sur les travers de la société (la société américaine de 1949 dans ce cas-ci).

Notre ami lapin a le sentiment de vous livrer une impression de lecture assez optimiste, alors que la perception de ce roman se veut conventionnellement assez sombre au vu des thèmes abordés et du dénouement final (dont il pense être passé à côté, d’ailleurs…) ; mais ce sont ses impressions, justement. En effet, Federico a apprécié L’attrape-cœurs car il l’a lu avec légèreté, tout en appréciant sa profondeur : les pages se tournaient les unes après les autres sans qu’il ne s’en rende compte, à une période où il avait du mal à prendre le temps de lire. Contre toute attente, le héros lui était attachant et le récit envoutant. On se croyait bel et bien dans les rues de la grosse pomme, sous des airs de jazz et un parfum de gasoil.

L’attrape-coeurs, J. D. Salinger, Pocket, 1986 (1945 pour la version originale), 254 pages

Ma vie rouge Kubrick

Un roman de Simon Roy.

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Comment écrire un roman qui parle à la fois d’un film, The Shining, et de sa môman ?

MaVieRougeK2Federico est encore bien satisfait d’avoir lu ce livre si bien structuré, si poétique, poignant et savant. Comment l’auteur a-t-il fait pour raccorder ce film qu’il affectionne, qu’il a étudié des années durant lorsqu’il enseignait le cinéma, et la vie de sa propre mère ?

Pas forcément reliées en tout point, ces deux facettes du roman se côtoient avec aisance, retranscrivant sur papier les réflexions de l’auteur sur la vie, la mort, tout ça.

Car Ma vie rouge Kubrick est un peu comme un outil de deuil. Raconter l’histoire tragique de sa mère semble purger la tristesse laissée par son décès, et de comprendre ce par quoi elle est passé sa vie durant, à l’aune de l’histoire de Jack et Dany dans The Shining. Un traumatisme d’enfance, un père fou, l’alcoolisme, la violence, la solitude, les thèmes majeurs de The Shining sont aussi ceux de la petite famille Roy.

Ce doit être pour cette raison que Simon Roy s’est passionné pour ce film depuis ses 10 ans, et qu’il l’a visionné près de 42 fois… C’est ainsi que Ma vie rouge Kubrick est aussi un petit condensé analytique, mais jamais indigeste, du film de Kubrick. Simon Roy apporte une lecture personnelle de cette œuvre hyper tendance, dont on entend parler partout, donnant à son roman plus d’intérêt que les éloges classiques de ce film culte.

Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy, 2014, Éditions du Boréal, 176 pages

Les femmes de Brewster Place

Un roman de Gloria Naylor, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Bourguignon

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Vfemmes de brewster placeoici un livre petit par sa taille mais grand par sa qualité. En un peu plus de 250 pages, l’auteure dresse sept portraits de femmes, toutes ayant échoué à Brewster Place, Ghetto noir d’une ville anonyme des États-Unis. Publié initialement 1983 et récompensé par le National Book Award, puis en France en 1987 aux Éditions Belfond, ce livre a bénéficié d’une nouvelle parution chez le même éditeur en 2013. Et c’est tant mieux car notre ami lapin est bien content d’avoir eu la chance de découvrir ce roman.

Malgré les difficultés rencontrées par ces Afro-Américaines et la violence dont elles sont ou ont été victimes, leurs parcours sont raconté sans misérabilisme. Ce sont leur force, leur résistance et la solidarité qui sont mis en avant à travers des détails anodins. Votre chroniqueur n’en a ressenti que plus d’empathie pour ces héroïnes. Il a souvent été en colère aussi, face aux murs qui se dressent devant elles : racisme, pauvreté, intolérance, violences sexuelles, homophobie, etc. Traité comme un personnage à part entière, Brewster Place est un creuset où viennent mourir leurs rêves.

Ce texte bref est très fort et superbement écrit. Il transcende la lancinante complainte du destin de ces sept femmes.

Gloria Naylor, trad. Claude Bourguignon, Les femmes de Brewster Place, 10/18, 264 p. 

Une éducation catholique

Un roman de Catherine Cusset.

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Peu de temps après Catherine la coquine, notre ami lapin s’était souvenu d’une autre Catherine qu’il souhaitait lire depuis un moment. Sa rencontre avec Catherine Cusset a été à la hauteur de ses attentes, et il a trouvé dans Une éducation catholique l’ambiance et les thèmes dont il avait envie à ce moment-là.

IMG-0557Œuvre d’autofiction, Une éducation catholique est une plongée dans l’enfance et l’adolescence de Marie, double de l’autrice. Elle nous dévoile sans pudeur ses grandes amitiés féminines, ses premiers émois amoureux, sa relation avec son père, fervent catholique, et son détachement progressif de cette religion qui bien vite n’intéresse pas la petite fille. Ce qu’elle aime par-dessus tout, la petite Marie, ce sont ses amies (et plus tard les garçons) pour qui elle donne tout et avec qui l’ont peut faire des choses pas très catholiques… Bien vite le roman s’éloigne du sujet de la religion pour se concentrer sur celui de l’apprentissage amoureux et sexuel. Cela n’a pas trop gêné notre ami lapin, tant sa lecture l’a emporté dans la même vague qu’avait soulevé La vie sexuelle de Catherine M.

Federico a lu ce roman d’une traite, envoûté par les mots de Catherine Cusset, entraîné par les pas d’une jeune fille qui entre dans le monde et se donne corps et âmes aux rencontres qu’elle y fait, en recherche constante d’une mentore ou d’un guide à suivre aveuglément. Il y a dans Une éducation catholique un captivant portrait psychologique, en plus de la belle histoire d’une jeunesse bourgeoise dans le Paris des années 1960.

Une éducation catholique, Catherine Cusset, 2014, Gallimard, 144 pages

Petits secrets, grands mensonges

Un roman de Liane Moriarty, traduit de l’anglais (australie) par Béatrice Taupeau.

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Liane Moriarty est une auteure Australienne qui a fait une entrée remarquée dans les librairies françaises grâce au Secret du Mari. Les lecteurs ont porté aux nues ce roman qui s’immisce dans les banlieues pavillonnaires proprettes et en gratte le vernis.

Elle récidive avec Petits secrets, grands mensonges, son deuxième roman traduit en France et premier que Federico a lu… en une journée !

petits secretsAprès Minnow, notre ami lapin se sentait orphelin d’un bon roman et une question l’obsédait : « que vais-je bien pouvoir lire maintenant ? ». Contemplant ses étagères pleines de livres très prometteurs (qui risquaient donc d’être proportionnellement décevants), il a jeté son dévolu sur Petits secrets, grands mensonges, par pure curiosité, sans grandes attentes. Quelle excellente initiative !

La quatrième de couverture et le premier chapitre affichent la couleur : au cours d’une soirée réunissant les parents d’élèves d’une banlieue chic de Sydney, un drame survient. Mais quoi ? Mais qui ? Mais comment ? Mais pourquoiiii ?

À partir de ce point, l’auteure détricote son histoire en repartant plusieurs mois avant l’événement. On fait alors la connaissance des trois héroïnes du livre. Jane, jeune mère célibataire qui manque cruellement de confiance en elle, vient de s’installer à Pirriwee avec son fils Ziggy. Elle va bientôt devenir amie avec Madeline, exubérante mère de famille recomposée et Céleste, beauté éthérée à qui tout semble réussir. Leurs enfants sont scolarisés dans la même école et va être le théâtre de nombreux drames. D’un chapitre à l’autre, elle conduit malicieusement le lecteur d’un secret à l’autre jusqu’à l’inéluctable dénouement vers lequel tout converge. Au fur et à mesure de sa lecture, Federico s’attachait à ces trois femmes, qui au premier abord semblent n’être que des purs produits de ce genre de banlieue huppée, bien sous tous rapports. Mais les failles qui se dévoilent et la façon dont elles font face aux épreuves passées et présentes sont toujours imprévisibles et ont tenu notre ami lapin totalement captif ! Par l’intermédiaire de ces trois femmes, Liane Moriarty aborde des sujets de société fort intéressants qu’il serait criminel de vous dévoiler ici mais sachez que Federico en a tiré une grande satisfaction !

La description de Pirriwee (qui est un lieu totalement fictif mais paradisiaque) est très réussie et a d’autant plus facilité l’immersion de votre chroniqueur dans l’ambiance de ce roman doux-amer, gorgé de suspens et de bons personnages.

Liane Moriarty, trad. Béatrice Taupeau, Petits secrets, grands mensonges, Albin Michel, septembre 2016, 475 p.

La vie sexuelle de Catherine M.

Un essai de Catherine Millet.

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Aaah, Catherine… quelle coquine.

Quand elle nous parle de sa vie sexuelle, Catherine M. n’omet pas de détails. Les chapitres sont ainsi nommés : Le nombre (combien de partenaires, simultané.es, consécutif.ves), L’espace (espaces publics, professionnels, privés, champêtres) et Détails (ressentis divers et techniques mises au point avec les années).

Quand elle vous raconte ses parties de jambes en l’air, Catherine M. les intellectualise et les décortique pour en établir un schéma type ou faire ressortir leurs différences. Elle prend du recul et s’observe de loin se donner et s’adonner à ses jeux, rentrant parfois dans son corps pour y étudier son ressenti.

Quand Catherine M. prend la plume pour raconter ses coquineries, elle époustoufle Federico de sa verbe parfaite, de ses mots précis et flambants qui racontent avec un style et un détachement déconcertant ses choses pour le moins pas banales et beaucoup trop intimes.

La vie sexuelle de Catherine MC’est immanquable, Catherine M. vous fera rougir, c’est sûr. Mais elle, elle ne rougit pas, c’est ça qui est formidable ! Quand bien même vous décrit-elle par le menu les aventures sexuelles auxquelles elle a pris part depuis 30 ans, elle n’a honte de rien, et elle a bien raison. Le sexe est une part importante de sa vie et ne mérite aucunement les tabous, le déshonneur, le jugement ou la désinformation dont on veut trop souvent recouvrir le sujet.

Avec Catherine M., voilà un aperçu de ce que peut être vraiment le sexe. Ça ne veut pas dire qu’il est normal de coucher avec chaque homme qui croise notre route et de partouzer allègrement, mais que chacun a sa propre sexualité, et que le respect y est aussi important que le plaisir.

La vie sexuelle de Catherine M. est un texte instructif, passionnant, intelligent, décomplexant, et au combien important. Il met en lumière comment une femme en particulier vit et pense sa sexualité, son rapport aux hommes, à son corps et à son propre plaisir ; ce plaisir qu’on appelle féminin, et qui a une dimension différente selon qu’il se prend avec un autre ou avec soi.

Attention, ça se réchauffe, Catherine arrive dans vos chaumières !

La vie sexuelle de Catherine M., Catherine Millet, 2001, Points, 234 pages

Marathon critique à la bourre

Federico ne va pas vous faire de poésie sur le temps qui passe et tout et tout. Tout est dans le titre d’façon !

Les maisons

Un roman de Fanny Britt.

3 carottes

Avec Les maisons, nous sommes dans la tête de Tessa pendant les trois journées qui précèdent ses retrouvailles avec son premier amour, Francis. Trois garçons adorables, un époux aimant, un boulot d’agente immobilière, des souvenirs d’enfance et d’adolescence… Tessa remue sa vie dans tous les sens à l’aune de cet amour passionné et jamais cicatrisé.

Et ouais, l’héroïne de Fanny Britt est une jeune maman bobo blasée par sa routine et ses rêves éteints, qui va vibrer de nouveau au retour dans sa vie de son premier amour… Mais Federico a beaucoup aimé ! Car Les maisons demeure la vraie vie, pas un conte de fée ; pas de sentimentalisme, plutôt des émotions décrites avec justesse et style.

De plus, cette totale remise en question a particulièrement intéressé notre ami lapin, parce qu’il s’est retrouvé dans ce monologue intérieur. Ne jouons-nous pas nous aussi nos drames personnels et notre insatisfaction chronique dans le cercle fermé de nos pensées, sans interruption, avec des hauts et des bas, une multitude de « et si… » et de monde refait ? Voilà ce qui se cache dans Les maisons !

img_0596Naufrages

Un roman de Biz.

2 carottes

Roman court qui se lit d’une traite, Naufrages a englouti Federico pour le recracher un peu paumé sur la plage. Car il y a un twist assez horrible au milieu de ce livre qui en précipite la lecture ; mais une fois fini, il est mieux de ne plus y penser et ce sont ses défauts qui resurgissent…

Le fait que notre ami lapin s’attendait à un ouvrage à tendance dystopique mais qui tourne en drame familial contemporain l’a déstabilisé. Frédérick est un jeune fonctionnaire qui se voit relégué au département des Archives au sous-sol, mais aucun travail ne lui est donné. Il commence à déprimer d’être aussi inutile et de s’ennuyer autant, sa jolie femme et son adorable bébé étant tout ce qui lui reste de sympa au quotidien. Alors que cette première partie a des allures d’absurde Orwellien, bim ! le twist arrive et l’histoire prend une autre direction : sortez vos mouchoirs…

Si Naufrages a beaucoup touché notre ami lapin sur le coup, il n’en reste maintenant pas grand-chose. En partie certainement en raison de cette écriture, maîtrisée certes, mais parfois trop stéréotypée, que ce soit dans la narration ou dans ses personnages souvent décrits de manière caricaturale.

La mare au diable

Un roman de George Sand.

2 carottes

400px-sand_-_la_mare_au_diable_illustration10Avec La mare au diable, classique de cette chère George Sand, notre ami lapin était content de retrouver l’univers de La petite Fadette, c’est-à-dire la campagne berrichonne et les amourettes paysannes. Ici c’est l’histoire de Germain, veuf de 28 ans dont le beau-père conseille le remariage avec une veuve d’un village voisin. Il part à cheval accompagné du petit Pierre, son fils, et de Marie, jolie fille de 16 ans qui va devenir bergère. Au crépuscule, les alentours de la mare vont faire tourner la tête à Germain.

Force et simplicité des sentiments, description et incarnation des mœurs paysannes : voilà ce qu’il y a de plaisant chez George Sand. L’histoire de La mare au diable est également entourée d’une lourde préface commentant une gravure allégorique de la vie champêtre, et de longues appendices décrivant les coutumes d’un mariage dans le Berry ; l’histoire de Germain et Marie semble toute petite à côté… C’est pourquoi Federico préfère La petite Fadette à La mare au diable, roman plus long et donc plus attachant, lu voilà plus de 6 ans mais qui l’a davantage marqué !

L’homme qui mit fin à l’histoire

Un roman de Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti.

2 carottes

Voici un court roman de science-fiction qui prend la forme étonnante d’un documentaire télé.

Les chapitres débutent donc par des didascalies nous présentant la scène et les mouvements de caméra, le récit devenant une série de reportages, témoignages et débats télévisuels. C’est le combat de l’historien Evan Wei et de son épouse physicienne Akemi Kirino qui nous est raconté. Ensemble, ils ont créé un procédé permettant d’observer le passé à une date et un lieu donné (Federico vous passe les détails techniques de leur découverte scientifique).

15933974_10158005864165082_1996396183_oLa période qu’Evan Wei choisit d’observer est celle de la seconde guerre mondiale en Chine, à Pingfang précisément. Y étaient installés les militaires japonais de l’Unité 731 qui réalisaient des expériences plus que sordides sur des prisonniers chinois. Vivisections, amputations, inoculation de maladies, viols, etc. Les témoins oculaires envoyés par Evan et Akemi attestent de ces horreurs, mais la communauté internationale a du mal à accepter cette nouvelle façon de traiter l’Histoire, surtout le Japon, bien sûr, mais aussi la Chine et dans le fond tous les pays ayant quelque chose à se reprocher (beaucoup donc).

L’auteur nous dresse une savante réflexion sur l’Histoire, la mémoire collective et le rôle des états vis-à-vis du passé. Federico a été assez touché par cette lecture, notamment par cette partie de l’histoire sinno-japonaise qui lui était inconnue. Toutefois, la brièveté du roman lui laisse un souvenir assez diffus, comme s’il manquait quelque chose pour donner corps au récit qui perd son identité SF au profit du documentaire.

Récap’ :

Les maisons, Fanny Britt, 2015, Le Cheval d’août, 222 pages

Naufrages, Biz, 2016, Leméac, 136 pages

La mare au diable, George Sand, 1846, 192 pages

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti, 2016, Le Bélial’, 112 pages

Les petites consolations

Un roman de Eddie Joyce, traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik.

3 carottes

les petites consolationsQuand en 2001 les tours jumelles du World Trade Center de New York se sont effondrées, elles ont emporté avec elles des milliers de vies et brisé autant de familles. Les Amendola ont ainsi été marqués par la disparition de Bobby, fils, mari et père.

L’auteur nous fait traverser le deuil et la reconstruction pas toujours possible des cœurs à travers l’arrivée d’un nouvel amour dans la vie de Tina, la veuve de Bobby. Pour les parents et les frères de ce dernier, la nouvelle agit comme un électrochoc et fait rejaillir les souvenirs. L’auteur laisse glisser le flux de cette mémoire désordonnée et nous raconte par petites touches le destin de cette famille italo-irlandaise installée à Staten Island, ville dortoir reliée à Manhattan et au trou béant de Ground Zero par un ferry dont la symbolique est habilement exploitée.

On revient sur la rencontre des parents, les matchs de basket suivis par les hommes de la famille, les échecs amoureux des frères de Bobby, etc. Autant de moments fondateurs qui se mêlent au récit du présent au risque de semer le trouble dans l’esprit du lecteur : Federico ne savait parfois plus très bien à quelle époque il était. Mais au fond, cela ne rend que plus réaliste l’histoire de cette famille ordinaire et très attachante. Eddie Joyce décrit les sentiments des différents personnages avec beaucoup de justesse et de pudeur ; le pathos larmoyant n’a pas sa place dans ce livre.

Notre ami lapin est, vous le savez, très sensible aux détails du quotidien, à la routine et à la magie de sa transgression. Les petites consolations en est plein et sa lecture a été un grand plaisir pour Federico qui a été ému par la fragilité des personnages, par leur chagrin et aussi par cette rage de vivre qui s’exprime souvent de façon inattendue.

Eddie Joyce, trad. Madeleine Nasalik, Les petites consolations, Rivages, avril 2016, 476 pages.

Tracks

Un livre de Robyn Davidson, traduit de l’anglais par Bernardine Cheviron-Poylo.

3 carottes

Tracks est le récit de Robyn Davidson qui, dans les années 1970, est partie avec quatre dromadaires et son chien pour traverser l’ouest de l’Australie, sans aucune expérience en la matière. Beaucoup de choses sont dites dans ce superbe livre qui retranscrit la fièvre de son auteure : les longs et éprouvants mois passés à Alice Springs avant d’acquérir ses dromadaires, la rencontre avec les aborigènes, les touristes envahissants qui veulent absolument photographier la « Camel Lady », le journaliste du National Geographic qui la suit sans relâche, etc.

Parmi tout cela, ce qui a le plus marqué Federico, c’est le désir de solitude de Robyn Davidson. La solitude non pas comme un moyen d’atteindre une forme de plénitude ou de connaissance de soi mais comme une fin. Robyn Davidson veut juste être tranquille avec ses animaux. Sa frustration est immense quand, incapable de financer son périple, elle se résigne à « vendre » son récit au National Geographic qui lui impose la présence occasionnelle d’un photographe. La jeune femme va beaucoup souffrir des intrusions du jeune homme, certes plein de bonnes intentions mais qui ne comprend pas vraiment le sens de son périple. Elle vit beaucoup mieux la présence d’un vieil aborigène qui lui sert de guide lors de la traversée de terres sacrées interdites à une femme seule. En traversant le désert Robyn Davidson ne voulait rien prouver, ni à elle-même, ni au monde, elle voulait juste que ce dernier et ses conventions étouffantes la laissent en paix.

robyn davidson by rick smolan - Tracks

Parce que Federico trouve la couverture du livre fort laide, il préfère mettre une photo de Rick Smolan qui, malgré son côté un peu boulet, est quand même devenu un ami de Robyn et a pris de sacrés beaux clichés, comme celui-ci qui représente notre aventurière et sa chienne Diggity.

Son périple n’est pas simple et Robyn Davidson traverse de nombreuses difficultés, fait face à quelques accidents plus ou moins graves et se sent parfois totalement découragée face à l’ampleur de la tâche. Elle sombre souvent dans un mélange de découragement et de frustration quand elle constate que son voyage ne correspond pas à ses attentes. À travers les pages de son livre, ce que Federico a ressenti comme étant les meilleurs moments du voyage sont ceux où elle déambule nue et sale (et fière de l’être), libérée de toute forme de savoir-vivre occidental, vivant au rythme de ses animaux.

La relation qu’elle noue avec ses dromadaires et celle la lie à sa fidèle chienne Diggity sont la plus simple et la plus solide des amitiés. Dit comme ça, on se croirait un peu dans un numéro particulièrement mièvre de 30 Millions d’amis, mais non, on est dans Tracks et c’est vachement mieux !

Si ce livre est arrivé jusqu’à Federico c’est grâce au cinéma, qui a eu la bonne idée d’adapter le récit de Robyn Davidson, entraînant ainsi sa réédition en France (avec une couverture trop moche). Après l’avoir lu, notre ami lapin s’est donc rué dans une salle obscure. À l’expérience pleine d’émotions de la lecture, il a donc ajouté la beauté des images animées. Il a ainsi découvert que les dromadaires font vraiment un bruit abominable, que l’Australie n’est pas faîte que de déserts oranges et que Mia Wasikowska (qui prête ses traits à Robyn Davidson) est une actrice extrêmement talentueuse.

Robyn Davidson, trad. Bernardine Cheviron-Poylo, Tracks, Stock, avril 2016, 270 p.