La double vie d’Ana Song

Un roman de Minh Tran Huy

Les livres sont un fabuleux vecteur d’émotions : une histoire qui vous émeut aux larmes, des situations qui vous consternent, une médiocrité littéraire qui vous fait rire… Autant de sensations qui ouvrent à un échange sans fin et laissent des souvenirs tenaces.

Alors que faire quand un livre ne vous fait strictement rien ? Quand sa lecture ne fait naître en vous ni joie, ni admiration, ni dégoût, pas même de l’ennui ? Voilà ce qui s’est passé pour Federico quand il parcourait les pages de La Double Vie d’Ana Song. Rien. Le néant total. Alors oui, c’est  bien écrit, ça parle de sujets intéressants (la création, l’amour absolu, les médias et leurs jugements sans appel), tout le monde a salué ce livre qui a déclenché chez ses lecteurs un flot de compliments. Mais pour Federico, rien. La question est : qu’est-ce qu’il a bien pu rater que tous les autres ont vu et qui lui aurait donné la clé d’un livre à côté duquel il est totalement passé.

Il est frustré notre ami lapin, parce qu’il sent que beaucoup de choses auraient pu lui arriver dans cette lecture. Alors on mettra une carotte parce que, même si il n’a jamais pu le toucher, Federico a aperçu un grand roman dans ces pages.

Minh Tran Huy, La Double Vie d’Ana Song, Actes Sud, août 2009, 192 p., 18 €

Vanille, flibustière des Antilles

Un roman de Nicole Maymat

La mer des Caraïbes au XVIe siècle, les conquistadors, des pirates, un trésor maya, des personnages au grand cœur… En lisant la quatrième de couverture de ce roman pour les djeuns, Federico se sentait prêt pour partir à l’abordage des mers et vivre une grande aventure.

Eh bien, il repassera. Ce livre si prometteur a été une grande déception pour notre moussaillon aux grandes oreilles. Certes, l’auteur a fait plein de recherches pour nous faire vivre l’époque de la flibuste comme si on y était, mais de grâce, chers auteurs, arrêtez avec vos glossaires en fin de livre ! Comment voulez vous entrer dans l’action d’un livre si toutes les deux phrases vous devez aller à la dernière page pour lire la définition d’un mot. Les notes de bas de page, qui ne sont pas très esthétiques certes, seraient quand même bien plus confortables pour le lecteur qui se lasse très vite de ces allers et retours.

Ensuite il y a les personnages, pas vraiment attachants, la faute à une narration ratée. Pourtant, le choix de la placer dans la bouche d’un ancien matelot de Vanille, aurait dû nous rapprocher d’eux. Mais au fil des souvenirs de ce personnage – autrefois amoureux de Vanille, comme la moitié de l’équipage en fait – Federico n’a eu de cesse de voir s’éloigner les personnages. La fameuse Vanille semble trop caricaturale et les émotions qui la secouent restent étrangères au lecteur.

Quant à l’action (les bastons, que diable !), elle est éludée ou réduite à peu de choses, tout va trop vite et Federico n’a pas pu suivre ce bateau qui portait pourtant un bon trésor.

Nicole Maymat, Vanille, flibustière des Antilles ou le trésor d’Ix-Chilam Balam, Paris, Seuil, 138 p., 8 € 50

Fascination

Un livre de Stephenie Meyer.

noté 1 sur 4

Federico a beau adorer critiquer les groupies qui se pâment quand Robeeeert déboutonne le haut de sa chemise et sort les canines, il n’est pas très fier de faire l’amalgame avec le livre et d’avoir classé trop rapidement ce dernier dans les romans pour midinettes décérébrées. Alors, histoire de savoir de quoi ça parle en vrai et de comprendre le pourquoi de ces dizaines de millions d’ouvrages vendus dans le monde, Federico a décidé de lire Fascination le premier chapitre de la saga Twilight.

(Avertissement : Federico s’étale sur tout le livre, vraiment tout le livre, alors si vous ne l’avez pas lu, déguerpissez, et plus vite que ça !)

Pour les ermites, résumons quand même l’histoire : Bella, une jeune fille du sud des États-Unis débarque dans une ville où il fait un temps à ne pas mettre un lapin dehors. Elle vient là pour vivre chez son père et s’ennuie ferme, jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance du mystérieux et beau (très beau) Edward Cullen. Lui et sa famille sont très étranges et beaux. Bella va bientôt découvrir qu’il y a anguille sous roche. Et là, c’est le drame. On vous a dit qu’Edward était beau ?

La première réflexion qui lui est venue lors de la lecture fut : » pourquoi j’ai pas lu ce livre avant qu’ils en fasse un film, nom d’une carotte » ? En effet, il est impossible d’échapper au foin généré par l’adaptation cinématographique des livres (à moins d’avoir creusé son terrier en Terre Adélie) et par conséquent, d’ignorer qu’Edward Cullen est un vampire (et qu’il est beau). Or si le suspense lié à cette révélation avait pu être maintenu, Federico aurait peut-être réussi à s’intéresser à la première partie du livre. Cela n’a pas été le cas et la lecture n’en a été que plus laborieuse. Certes, Bella est un personnage assez intéressant dans sa banalité mais son quotidien à Forks a plutôt barbé Federico : une vie ordinaire peut le captiver dans certains livres mais, en l’occurrence, la mayonnaise n’a pas pris.

fascinationL’activité cérébrale de notre ami rongeur a repris lorsque Bella et Edward commencent à se rapprocher: leurs échanges verbaux sont assez percutants, c’est qu’ils ont de la répartie ces deux-là ! Peu à peu on en apprend plus sur les vampires comme Edward – par exemple : ils sont beaux – et surtout, la passion entre nos deux amants maudits devient de plus en plus… envahissante. C’est peut-être là la clé du secret : cet amour à la vie à la mort qui fait tant rêver depuis que cro-magnon à inventé la sérénade. Dans le cas de Bella (qui est le narrateur) cet amour frise parfois la folie tant elle est prête à tous les sacrifices pour cet homme qui aura éternellement 17 ans. Et même pour un lapin aussi terrier à terrier que Federico, c’est quand même émouvant.

Quand les vilains vampires débarque, notre ami rongeur s’est dit : « enfin, un peu d’action, ça va me réveiller ! » Mais point de grosse baston entre les différents camps, et pour cause, c’est le moment que la narratrice choisi pour se sentir mal. Bon, tant pis… Quand arrive la fin, le grand amour est remis sur la table avec beaucoup de sentiments et de questions. Bah oui, un vampire, aussi beau soit-il, ça reste un mort qui suce du sang, et ça, dans la vie quotidienne du couple, ça ne doit pas être évident à gérer.

Finalement, Federico est bien content de se coucher moins bête et a en partie élucidé l’énigme de ce succès littéraire, même s’il a été lâché en route.  Il est peut-être passé à côté du truc qui fait tilt chez les autres, mais à ses yeux ce livre ne vaut pas plus qu’une carotte.

Stephenie Meyer, trad. Luc Rigoureau, Fascination, Hachette, novembre 2005, 512 p., 18 €