Sœurs de miséricorde

Un roman de Colombe Schneck.

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IMGP2741Azul est née en Bolivie, dans un village de montagne qui ressemble à une corbeille de fruits exotiques. Élevée par une mère seule qui ne parle que le Quechua au milieu d’une fratrie unie, la vie va la conduire à poursuivre des études dans la capitale, avant de devoir partir en Europe faire des ménages pour subvenir aux besoins de ses enfants et de son mari.

Sœurs de miséricorde évoque les sœurs de sang mais aussi les sœurs de cœur, celles qui vous tendent la main pour que vous puissiez la tendre à d’autres. L’histoire d’Azul est celle d’une femme qui passe son existence à donner aux autres, sans se poser de question. À travers ses yeux innocents mais pas naïfs, le contraste entre la Bolivie colorée et fruitée de son enfance et la triste grisaille des villes européennes est saisissant.

Federico a été un peu frustré par cette lecture. Le style de l’auteure, riche en redondances et en répétitions donne une apparence simpliste au texte. Pourtant l’histoire et les personnages sont beaucoup plus complexes qu’ils n’y paraissent. On sent bien que beaucoup d’émotions sont évoquées mais l’écriture ne les laisse qu’affleurer à la surface du livre ce qui met une certaine distance entre le lecteur et le sujet. Notre ami lapin, qui aime les romans qui le bousculent, n’est jamais vraiment rentré dans cette histoire et c’est dommage car Sœurs de miséricorde est un très beau portrait de femme, abordé avec empathie et poésie. Ce roman possède la richesse du jardin de la maison d’enfance d’Azul, mais il se tient à une distance que Federico n’a jamais franchie.

Colombe Schneck, Sœurs de Miséricorde, Stock, août 2015, 210 p.

Federico au Québec : jours 9 et 10

Voici la troisième et dernière partie des aventures de Federico au Canada. Cet épisode s’est fait attendre, mais soyez indulgent avec notre ami lapin : entre temps, il est rentré chez lui, est retourné travailler et a enchaîné les lessives, tout ça alors que son lit et sa couette lui tendaient les bras. Heureusement, il s’est fait violence et a décidé de ne pas vous faire languir plus longtemps ! Suivez ses pas au cours de ses dernières promenades montréalaises.

IMGP3104Jour 9 : sérieusement, de la pluie ?!

Hé oui, Federico est parti au Canada pour tâter de la poudreuse et humer le bon froid sec mais en rentrant de Québec City, c’est de la neige fondue qui l’attend. C’est comme de la pluie mais en plus froid, autant dire que ça ne donne pas très envie de s’attarder dehors ! Notre courageux ami fait néanmoins une respectable promenade dans le Quartier Latin, haut lieu de la créativité montréalaise. Après une halte à la BAnQ, alias Bibliothèque et Archives nationales du Québec (on ne se refait pas), Federico continue son après-midi sur le thème de la littérature. En effet, il profite du mauvais temps pour se réfugier au Musée Pointe-À-Callière, consacré à l’archéologie et à l’histoire de Montréal. Ce qui l’intéresse dans ce musée, c’est l’exposition dédiée à Agatha Christie. L’auteure anglaise y a en effet toute sa place car elle a suivi son archéologue de mari sur de nombreux sites de fouilles et y a puisé l’inspiration pour ses romans.

Jour 10 : Federico, ce trappeur

IMGP3111Le soleil étant de retour, Federico décide d’aller profiter de la nature au parc Jean-Drapeau. Situé sur l’île Sainte-Hélène, ce parc garde les traces des aménagements faits lors de l’Exposition Universelle de 1967 et accueille de nombreuses manifestations. C’est donc un endroit paisible où il est agréable de se promener… sauf une semaine après la dernière chute de neige, quand celle-ci s’est accumulée sur les chemins piétonniers et transformée en verglas sur les voies carrossable. En arrivant dans le parc, Federico constate que sa progression va être légèrement compliquée. Mais avec un peu d’imagination, notre ami lapin transforme sa petite expédition en une véritable aventure !

Après avoir mis l’étanchéité de ses bottes à l’épreuve, Federico se rend à nouveau au Musée des Beaux-Arts afin de visiter une exposition consacrée au Groupe de Beaver Hall, groupe de peintres des années 1920, qui ont fait souffler un vent de modernité et de féminisme sur la ville. Passionnant !

Derniers jours : cocooning…

Les activités ne manquent pas à Montréal en hiver, Federico vous l’a démontré dans ces trois derniers articles. Notre ami lapin est loin d’avoir fait le tour de cette étonnante ville et la campagne québécoise attend encore sa visite. Mais pour ses derniers jours de vacances canadiennes, Federico a pris l’option plaid et canapé, parce qu’il n’y a pas que les monuments dans la vie. Nous ne vous montrerons pas de photos de Federico étalé devant un film historique ou faisant des poêlées de patates, veuillez nous excuser. En même temps, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble, venez donc passer un week-end dans le terrier de Federico !

En attendant qu’il se remette pleinement de ses émotions, votre serviteur vous remercie de l’avoir suivi dans ce voyage et vous dit à très bientôt pour de nouvelles péripéties !

Federico au Québec : jour 6, 7 et 8

Federico se pose entre deux promenades pour vous faire un résumé en photo et en cartes de ces derniers jours, c’est reparti !

Jour 6 : ascension du Mont-Royal (en bus…)

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Non, Federico ne chausse pas ses skis, ni ses raquettes, ni rien du tout : il monte sur le Mont-Royal en bus, fait quelques mètres à pieds, admire la vue et redescend en bus. Pour l’aventure on repassera. Il faut dire qu’il a entrepris ce périple en milieu d’après-midi, ce qui en hiver au Québec, équivaut à la tombée de la nuit. Mais il n’a pas été déçu du voyage : depuis le Mont-Royal la vue sur le centre-ville de Montréal sous le soleil couchant est à couper le souffle !

Jour 7 : Federico à Québec

(La carte spéciale Québec, c’est par ici !)

IMGP2956Après trois heures de train à travers la blanche campagne Québécoise, Federico débarque dans la ville de Québec. Notre ami lapin fait un rapide tour du Vieux Québec puis part étancher sa soif de connaissances au Musée des Civilisations. Il va entre autres assister à une visite guidée éclair de la section consacrée au Québec depuis les premiers colons, avec une guide intéressante mais un peu trop pressée d’en finir ! En sortant du musée à la nuit tombée, Federico découvre un Vieux Québec tout en lumières. Le quartier du Petit Champlain semble tout droit sorti d’un conte de Noël. Vitrines chaleureuses, guirlandes lumineuses, sculptures de glace : tout est mis en œuvre pour émerveiller les touristes. Et ça marche ! Toutes ces émotions, ça creuse : votre chroniqueur dévore une nouvelle poutine dans la brasserie La Souche.

IMGP3044Jour 8 : Federico encore à Québec

Un bon pain perdu au sirop d’érable dans le ventre, Federico se rend en bus aux chutes Montmorency. Le spectacle ne cesse d’impressionner notre ami lapin :  la rivière jaillit entre les blocs de glace et va rejoindre l’eau gelée en bas. Au loin, le Saint-Laurent trimballe ses bébés icebergs. La promenade autour des chutes est très plaisante, Federico y rencontre des mésanges à tête noire et de gros écureuils. De retour dans le Vieux Québec, les pas de Federico le conduisent sur les remparts, puis sur la terrasse Dufferin et la promenade des Gouverneurs. Au cours de ce petit périple, il peut admirer d’un côté la force tranquille du fleuve Saint-Laurent, de l’autre les constructions humaines destinées à nous en mettre plein la vue : les remparts et leurs canons, le château Frontenac et ses fenêtres, et enfin la citadelle Vauban.

Mais déjà la nuit tombe et le train de Federico part bientôt : au-revoir Québec !

Federico au Québec : jour 3, 4 et 5

Les aventures de Federico continuent ! Le « décalcage » horaire et le rhume n’ont pas empêché notre ami lapin de profiter de la belle ville de Montréal. Résumé des derniers jours (avec encore une fois la carte et les photos en cliquant sur les miniatures !)

IMGP2805Jour 3 : dans le pâté.

Mercredi, votre chroniqueur décide de se reposer un peu, parce que n’oublions pas qu’il est en vacances et qu’il peut se permettre une journée off. De plus, il fait très froid et le vent souffle fort, il fait -16° C, ressenti -27° C. Federico se contente donc d’une petite promenade dans le pâté de maison où il réside, déambulant dans les rues De Lorimier, Beaubien et autour du parc Père-Marquette. Il ne prend qu’une photo, la voici.

Jour 4 : papilles et musée.

IMGP2806Jeudi, Federico se frotte aux spécialités culinaires locales. Il commence dès midi en allant dîner au St-Viateur Bagel & Café de l’avenue du Mont-Royal. Au menu, un bagel classique avec saumon et fromage frais. Le bagel est très bon mais la garniture est assez fade, à moins que le rhume n’obstrue les papilles de notre ami lapin ? Après ce bon repas, il descend l’avenue Christophe-Colomb et va se balader dans le parc La Fontaine. Celui-ci est totalement recouvert de neige (ailleurs dans la ville, elle a bien fondu sur les routes et trottoirs) et pour Federico qui n’est pas habitué à ce genre de paysage, c’est tout simplement magique. Le lac gelé accueille les patineurs et les écureuils font les fous dans les arbres. Notre ami lapin passerait bien son après-midi ici mais il a d’autres projets. Il reprend un métro qui le conduit en centre-ville, près du Musée des Beaux-Arts. La visite commence avec une section Arts décoratifs qui plaît beaucoup à Federico : dans une explosion de couleurs et de formes, les œuvres se dévoilent. Si le reste du musée l’emballe moins, l’aménagement des œuvres et leur mise en valeur sont très réussis et en fait un lieu vivant où il est très agréable de déambuler. Après un aussi riche après-midi, Federico s’attaque au monument culinaire du cru : la poutine. Des patates, du fromage, de la sauce : ça cale !

Jour 5 : des vieilleries.

IMGP2855Le Vieux-Montréal est un quartier emblématique de la ville : c’est ici que s’est écrit son histoire depuis l’arrivée des colons européens. Federico est donc très curieux d’aller à sa découverte. Ses pas l’entraînent dans un premier temps sur la promenade du Vieux-Port depuis laquelle il peut admirer le fleuve Saint-Laurent, le pont Champlain et l’île Sainte-Hélène. Dans le port de plaisance quasiment vide, deux bateaux sont pris dans les glaces. Federico s’attarde sur le quai de l’Horloge puis décide d’entrer dans le vif du sujet. Il débarque dans la vieille ville par Le château Ramezay, qui a été transformé en un musée relatant l’histoire de la Nouvelle-France. Malgré les louanges unanimes des guides touristiques, la visite ennuie copieusement Federico et il en ressort un peu assommé. C’est peut-être pour cette raison que le Vieux-Montréal n’arrive pas à le séduire. Beaucoup de boutiques sont fermées et toute la zone autour de la Basilique Notre-Dame de Montréal est bouclée pour cause… d’hommage au défunt mari de Céline Dion. Federico a très envie de se poser dans un endroit chaud pour boire et manger des choses sucrées. Qu’à cela ne tienne, il reprend le métro vers le plateau du Mont-Royal, direction St-Viateur Bagel & Café !

Federico au Québec : jours 1 et 2

Bonjour les amis ! Vous pensiez que Federico vous avait oublié et qu’il n’allait finalement pas vous raconter ses trépidantes aventures en Amérique du Nord ? Pas du tout, il avait juste oublié son mot de passe WordPress. Le décalage horaire… même Federico en est victime !

Ce problème étant résolu (celui du mot de passe, pas celui du décalage horaire), Federico peut à présent vous faire partager ses découvertes. À travers les albums photos en ligne (cliquez sur les photos !) et une carte de Montréal, suivez les traces de notre ami lapin durant ses deux premiers jours d’exploration.

IMGP2767Jour 1 : Federico fait du magasinage !

Pour commencer la semaine de la bonne patte, Federico sacrifie à une coutume nord américaine qui commence à envahir l’Europe : le brunch. Direction Chez Régine, un très sympathique café dans lequel notre ami lapin se régale d’un déjeuner des plus copieux (c’est-à-dire le petit-déjeuner). Il se rend ensuite au marché Jean-Talon pour faire le plein de bons légumes et de sirop d’érable ! Dehors, la neige tombe en continu et maintient la ville sous un manteau tout blanc qui n’en fini pas d’émouvoir Federico. Cette journée se termine par une déambulation dans le quartier du Plateau Mont-Royal et dans l’avenue du même nom, très commerçante.

Jour 2 : un peu d’architecture !

IMGP2786Les effets du décalage horaire se faisant sentir sur les petits yeux fatigués de notre ami lapin, celui-ci décide d’y aller mollo et ne commence son exploration montréalaise qu’après le dîner (le déjeuner des français, vous suivez ?). Cela ne l’empêche pas de faire une bonne promenade dans le centre-ville, entre les rues Sainte-Catherine, Peel et University. Le nez en l’air, Federico admire tours de verre et immeubles de la fin du XIXe entre lesquels viennent se glisser des églises. La balade est très dépaysante car les architectures qui se dévoilent sous les yeux de Federico sont très typiquement américaines ! Le froid étant particulièrement mordant, notre ami lapin en profite pour découvrir les galeries souterraines dont on lui a tant parlé. Si le chauffage et les toilettes sont un intérêt non négligeable de ces places, cela reste néanmoins un enchaînement de centres commerciaux pour chaînes internationales de vêtements et d’alimentation, ce qui ne passionne pas vraiment votre chroniqueur. La journée de Federico se termine devant un saladier de ramens (oui, un saladier) chez Lan Zhou, dans le quartier chinois de la ville.

P. S. : Pour que les légendes des photos s’affichent sur Picasa, cliquez sur l’icône Infos.

Atterrissage immédiat

arrivalFederico vous avait promis de vous emmener en vacances avec lui et c’est chose faite : bienvenue à Montréal !

Pendant treize jours, Federico va manger de la neige et faire des bonds dans le sirop d’érable, mais aussi écouter les gens parler et les regarder vivre.

Voici en exclusivité les premières photos de votre chroniqueur-baroudeur, prises cet après-midi, quelques minutes seulement après son arrivée au Québec.

Après de longues heures d’avion au cours desquelles il a littéralement voyagé dans le temps (six heures de décalage horaire, ça décalque !) notre ami lapin avait bien besoin de se dégourdir les pattes. Quoi de mieux qu’un petit plongeon dans la neige montréalaise ? Ne trouvez vous pas que Federico a toute la noblesse du lièvre polaire sur ce cliché ?IMGP2755

 

Federico repart à l’aventure !

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Dans quelques jours, notre ami lapin va boucler ses valises et partir pour des vacances bien méritées. Mais cette fois, il a décidé de vous embarquer avec lui : grâce à la technologie de l’Internet et des satellites espions, il vous fera partager ses découvertes à travers une petite chronique quotidienne !

N’est-ce pas merveilleux ?

Mais, au fait, où va donc Federico ?

Clementine Churchill, la femme du lion

Une biographie de Philippe Alexandre et Béatrix de L’Aulnoit.

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clementine churchillWinston Churchill est entré dans l’histoire mondiale comme étant l’homme qui a vaincu Hitler. Tout seul, avec ses petites mains potelées. Mais ce n’est pas pour ça que Federico l’aime bien. Ce qui lui plait chez ce bon vieux Winston c’est qu’il voyait tout en grand. Animal politique, chef de guerre, redoutable tacticien, écrivain nobelisé, peintre de talent… Tous les qualificatifs qu’on peut lui attacher viennent avec des superlatifs. Winston Churchill est un personnage passionnant, et son arbre généalogique en fait un pur produit de cette noblesse anglaise qui fascine Federico. En amour non plus il n’a pas fait comme les autres : à une époque où les mariages de raison étaient légion et s’achevaient souvent en divorce, Churchill épouse une femme qu’il va aimer passionnément du premier regard jusqu’à son dernier souffle. Elle s’appelle Clémentine Hozier et Federico l’aime aussi.
Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, auteurs de la biographie Clémentine Churchill, La femme du lion ont l’air eux même très amoureux de cette femme : le portrait qu’ils en font est exempt de regard critique et la montre sous un jour très flatteur. On tombe donc inévitablement sous le charme de cette femme très aimée outre-Manche et plutôt méconnue dans les terriers français.

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Est-ce qu’elle n’a pas trop la classe ?

Ce qui a d’emblée séduit Federico c’est que Clémentine ne s’est jamais contentée d’être la femme derrière le grand homme. Elle était certes très investie dans la vie politique de son mari, le soutenant, le conseillant et le contredisant (il était conservateur ; elle était libérale et ne renonça jamais à ses idées politiques) et jouait parfaitement son rôle de maîtresse de maison, mais elle a aussi menée une vie très riche en parallèle de toutes ses responsabilités d’épouse et de first lady. En lisant cette biographie Federico a eu bien du mal à se figurer comment ces voyages, ces amis, ces rencontres, ces engagements politiques, ces enfants, ces déménagement, ces cérémonies, sans oublier ce cher Winston (qui lui réclamait beaucoup d’attention), ont pu tenir dans une seule vie. Notre ami lapin en avait parfois le tournis ! Par ailleurs, il ne s’y est jamais vraiment retrouvé parmi les noms qui sont cités au fil du livre : tout le gotha international y passe et Federico a beau être un grand fan de Downton Abbey, ça ne fait pas de lui le successeur de Stéphane Bern ! Il retiendra donc seulement quelques noms, dont celui d’une autre grande figure de l’aristocratie de l’époque : Consuelo Vanderbilt Balsan, héritière fortunée venue des États Unis pour épouser le duc de Marlborough, le cousin de Winston.
Si elle manque un peu d’objectivité, cette biographie n’en est pas moins un livre sérieusement documenté qui se lit comme un roman, celui d’une belle histoire d’amour au cœur de cette époque passionnante qu’a été la première moitié du XXe siècle.

Philippe Alexandre, Béatrix de L’Aulnoit, Clementine Churchill, la femme du lion, Tallandier et Robert Laffont, octobre 2015, 397 p.

Le cœur du problème

Un roman de Christian Oster.

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Un homme rentre chez lui et trouve un mort dans son salon. La victime a visiblement fait une chute mortelle depuis la mezzanine, dont la rambarde est brisée. Le narrateur se rend dans la salle de bain où sa compagne est en train de prendre un bain. Sans vraiment expliquer la présence de ce cadavre qui ne lui est pas étranger, elle annonce au narrateur qu’elle part, qu’elle n’est pas en mesure de gérer cette situation et qu’il vaut mieux que ce soit lui qui s’en occupe. Dès ce point de départ, Federico n’a cessé d’être déconcerté par cet ouvrage : tout y est calme, froid et très étouffé. S’il devait créer un décor pour une adaptation, notre ami lapin opterait pour des murs blancs, un mobilier sobre et une lumière très crue de type hôpital. Les rares descriptions qui apparaissent dans l’écriture contredisent la vision de Federico mais il n’a pas pu se départir de cette impression pendant toute sa lecture.

©Editions de l'olivierTout ceci est la faute du héros de ce livre, qui se retrouve contraint de se débarrasser d’un cadavre  mais aussi de s’accommoder de l’idée que la femme qu’il aime a tué quelqu’un (probablement son amant) et qu’elle a pris le large. Les décisions qu’il va prendre à partir de là sont toutes plus étranges les unes que les autres : il semble s’attacher coûte que coûte à continuer à mener une vie normale. Non seulement pour donner le change et ne pas attirer les soupçons, mais aussi pour se convaincre lui même que la situation n’est pas si grave. En effet, et cela a grandement perturbé notre ami lapin, sa réaction est d’une étonnante froideur. Alors qu’on pourrait attendre de la panique et de la colère dont résulterait un grand n’importe quoi, notre héros va s’en tenir à la requête de sa compagne : il s’occupe du problème. Alors, certes, tout cela le perturbe un peu et il est un peu inquiet, mais pas trop.

Pour assurer ses arrières, il va jusqu’à déclarer la disparition de sa compagne à la gendarmerie. C’est là qu’intervient le deuxième personnage difficile à cerner en la personne d’un gendarme nouvellement retraité qui va s’intéresser de près au cas du narrateur. Touché par son histoire (enfin, sa version de l’histoire) il lui manifeste une attention quasi paternelle qui met le lecteur super mal à l’aise parce que ça sent le roussi quand même.

Dans ce livre, nous avons donc des personnages bizarres, dans des situations extraordinaires mais qui font comme si de rien était. C’est étrange, c’est fascinant, ça met mal à l’aise. Intrigué par ce livre, Federico a été entraîné dans l’ambiance suggérée par les réactions des personnages. Cependant, force est de constater que ce roman possède une dimension psychologique que notre ami lapin n’a pas réussi à appréhender et qu’il s’adresse a un public certainement plus pointu que votre chroniqueur.

Christian Oster, Le cœur du problème, éditions de l’Olivier, août 2015, 192 p.

Someone in Brooklyn

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En l’espace de quatre mois, Federico a lu deux livres consacrés à des femmes d’origine irlandaise et à leur vie dans le quartier de Brooklyn. Coïncidence ? Je ne pense pas. Une telle manipulation du destin méritait bien un article un peu foutraque avec pour thématiques, en vrac : Brooklyn, les irlandais, les romans qui pincent le cœur, le bleu des couvertures de la collection Quai Voltaire, Nick Hornby, etc.

New York, Cape Cod, Boston -

Le paillasson de Brooklyn, par Baptiste, via nature-etc.net

Commençons avec Someone de Alice McDermott, que Federico a lu en juin et qui lui a permis d’entamer brillamment la saison de la rentrée littéraire (oui, Federico lit les romans avant leur sortie, parce qu’il a des amis hauts placés). someone (2)Someone est un beau roman à bien des niveaux. Notre ami lapin ne se lasse pas d’admirer sa couverture d’un superbe bleu (auquel la photo ci-contre ne rend pas du tout hommage) et agrémentée d’un bandeau qui nous change des habituels placards publicitaires qui n’apportent pas grand chose esthétiquement parlant. Il s’agit ici d’une photo de Ralph Morse intitulée « Spring Comes to Brooklyn« . Instantané dans la vie d’un quartier, elle résume parfaitement le roman.

En effet, si on s’intéresse à ce qui est écrit dans cet écrin bleu, on rencontre Marie, fille d’immigrés irlandais qui raconte, par petites touches et dans le désordre, sa vie de fillette, de jeune femme pendant la seconde guerre mondiale et de mère. Des rues de son enfance à une maison de retraite anonyme, le lecteur la suit à pas feutrés. Alice McDermott possède ce talent rare de transformer le quotidien ordinaire des gens ordinaires en une lecture touchante et captivante. En quelques scène d’une apparente banalité mais riches de détails précieux, elle évoque, l’air de rien, des questions sensibles (mort, famille, oubli, etc.) avec beaucoup de justesse.

Federico vous laisse une quinzaine de minutes pour filer chez votre libraire et acheter ce livre.

C’est bon, vous êtes revenus ?

Bien, passons à Brooklyn, de Colm Tóibín qui lui n’a pas brillé lors de cette rentrée littéraire et pour cause, sa parution en France date de 2011. Federico a découvert ce livre à travers la bande annonce de son adaptation cinématographique, sur vos écrans en mars 2016 et scénarisé par Nick Hornby, oui, celui-là. L’histoire se déroule dans les années 1950 et suit le parcours d’Eilis, une jeune irlandaise sans emploi poussée par sa sœur à aller tenter sa chance aux États-Unis. Elle rejoint alors le quartier de Brooklyn où, après une adaptation difficile, elle va poser les premières pierres de sa nouvelle vie.

brooklynUne fois que vous avez vu la bande annonce du film et lu le résumé du livre, vous connaissez à peu près 80 % de l’intrigue mais franchement ce n’est pas si grave : lisez-le, il est génial. Federico l’a dévoré en quelques jours, à la faveur des vacances, et Eilis a continué à le suivre pendant un moment après sa lecture. Son imagination a certainement été dopée par la bande annonce, qui magnifie l’esthétique de l’époque et dans laquelle la talentueuse Saoirse Ronan prête ses traits à l’héroïne. Cela apportait donc plus de substances aux habituels visages flous que Federico se figure lors de ses lectures.

Néanmoins, l’intérêt de notre ami lapin pour cette histoire est à mettre au crédit de la virtuosité de l’auteur qui a créé une héroïne toute en nuances. Au cours du livre, Eilis se retrouve régulièrement tiraillée entre deux univers : le cocon familial irlandais et la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis. L’impossibilité de concilier ces deux mondes est symbolisée par cet océan Atlantique qu’on ne traverse à l’époque qu’en bateau, au prix de quelques jours de mal de mer.

À plusieurs reprises dans le livre, on voit la jeune fille faire face à des décisions qui ne sont pas les siennes et qui changent radicalement sa vie, mais auxquelles elle se plie par amour ou sens du devoir. Partir à Brooklyn n’est pas le choix d’Eilis : c’est sa sœur qui a tout organisé avec l’aide d’un prêtre qui, sur place, lui trouve un travail et un logement. C’est finalement dans les rares moments où elle reprend sa vie en main, à travers des détails, des petites transgressions ou dans des situations beaucoup plus graves, qu’Eilis se révèle et devient encore plus intéressante aux yeux du lecteur. Au final, c’est son sens des responsabilités qui va primer et quand le roman s’achève, elle n’est plus une jeune fille hésitante mais une adulte prête à assumer ses choix.

Pour résumer : ces deux romans ont permis à Federico de découvrir une facette de l’histoire de l’exil à travers deux très beaux portraits de femmes. Trois carottes pour eux !

Alice McDermott, trad. Cécile Arnaud, Someone, La Table Ronde, août 2015, 264 p.

Colm Tóibín, trad. Anna Gibson, Brooklyn, 10/18, octobre 2012, 331 p.

L’arbre aux haricots

Un roman de Barbara Kingsolver, traduit de l’anglais par Martine Aubert.

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Souvent, Federico entend des lecteurs dire qu’ils ont envie de lire un livre qui ne leur prenne pas la tête. Certains d’entre eux se dirigent donc vers des romans écrits au lance-pierre avec une histoire simpliste et des personnages caricaturaux. C’est leur droit, Federico ne juge personne.

Ahem.

©RivagesNotre ami lapin aimerait bien lire des livres qui ne prennent pas la tête et qui répondent aux critères ci-dessus. Mais en fait, ça l’énerve les livres comme ça. Vous avez pu le constater dans la dernière critique, une faiblesse dans l’ensemble et pan, c’est la fuite des carottes. Heureusement, pour détendre Federico, il y a des livres comme L’Arbre aux haricots, un roman qu’il a lu pendant ses vacances, en trois jours, dans le train, dans les transports en commun, dans un café, sous un arbre. Bref, un livre dont on peut lire plein de chapitres comme trois pages, et qu’on reprend à chaque fois avec plaisir et sans difficulté pour raccorder les personnages et les évènements. Le tout grâce à une écriture sans fioritures mais mordante, une histoire pleine de rebondissements et des personnages très très attachants.

L’histoire est celle de Taylor, une jeune femme qui après observation constate que l’avenir que lui propose son Kentucky natal (mariage-enfants-ennui) ne la satisfait pas. Elle abandonne donc sa maman adorée et part au volant d’une voiture qui a connu des jours meilleurs, direction : n’importe où. Enfin presque, puisque notre héroïne se promet de s’installer à l’endroit où sa voiture rendra l’âme. Cette dernière va tenir sa part du marché puisqu’elle lâche à Tucson, où Taylor va rencontrer des gens qui vont apporter de nouvelles couleurs à sa vie. Cependant, avant cela, la jeune fille a fait une halte dans une réserve Cherokee de l’Oklahoma et s’est vue confier une fillette par une vieille femme qui a ensuite disparu dans la nature. Normal.

Le lecteur suit donc Taylor, Turtle (c’est le nom de la fillette) et les autres personnages de ce roman au gré des situations plus ou moins difficiles, des beaux moments et des petites choses du quotidien. Tout cela est amené avec beaucoup de naturel et a beaucoup intéressé notre ami lapin, simplement parce que c’est raconté avec une empathie communicative. La vie des héros est loin d’être rose, pourtant il se dégage de ce roman une grande énergie positive, et il regorge de bonnes surprises, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Voici donc une belle comédie-dramatico-sociale pour vos moments de détente !

Barbara Kingsolver, trad. Martine Aubert, L’arbre aux haricots, Rivages poche, septembre 2014, 315 p.

Les fugueurs de Glasgow

Un roman de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue.

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Vous ne le saviez certainement pas (parce qu’il n’en n’a pas pas parlé ici) mais Federico a déjà lu un roman de Peter May, L’île du serment, il y a quelques mois et il l’avait beaucoup aimé. L’histoire, l’ambiance et les personnages : tout l’avait séduit dans ce polar mélancolique sur fond de quête des origines.

les fugueurs de glasgowAussi, en commençant Les fugueurs de Glasgow, notre lapin était plus qu’enthousiaste et les premiers chapitres l’ont maintenu dans cet état. L’histoire est celle d’un groupe d’amis originaires de Glasgow qui vont fuguer vers Londres. Une première fois en 1965, alors qu’ils ont 17 ans et des rêves plein la tête. La deuxième fois, cinquante ans après, afin de respecter les derniers volontés de l’un des leurs qui est en train de mourir d’un cancer. Ce dernier veut les conduire sur les lieux où leur vies ont été irrémédiablement changées afin de leur révéler la vérité sur un crime commis cinquante ans plus tôt.

Peter May excelle à créer une ambiance qui change d’une époque à l’autre. On ressent très bien l’exaltation des ados en fuite : leur motivation et leur moral jouent au yoyo au fil des tuiles qu’ils doivent affronter (et pas des moindres) mais aussi des rencontres qu’ils font (l’amûûûûûr, le vrai, le seul, le dégoulinant, entre autres). Le ton est radicalement différent quand il s’agit de retrouver nos héros cinquante ans plus tard. La mélancolie et l’amertume sont de mises car ils ont tous plus ou moins raté leur vie et n’ont d’autre perspective que leur fin prochaine. Ces sentiments dominants sont pourtant souvent nuancés par la joie de partir à l’aventure alors qu’ils n’attendaient plus rien de la vie.

Donc tout allait bien jusqu’à ce que, patatras, notre ami lapin cesse d’aimer ce livre. Cela n’est pas arrivé aussi brutalement qu’il n’y paraît. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme par exemple l’histoire d’amour entre le narrateur et une jeune femme qui est racontée avec autant d’originalité que dans un roman pour ados pas trop regardants. Malheureusement, cela ne s’arrête pas là : dans la deuxième partie du livre, Federico est resté de marbre face aux situations les plus chargées en émotions à cause de la platitude de leur description. La palme est décernée au dernier chapitre, celui où la vérité éclate, qui a vaguement rappelé à notre ami lapin l’époque où il regardait les feuilletons de l’été de TF1 chez sa mamie. Cette fin vient porter le coup de grâce au roman, d’autant plus qu’au regard du reste du livre, elle n’était pas vraiment nécessaire. Federico a eu l’impression qu’elle n’était là que pour justifier la présence du livre dans une collection policière.

C’est vraiment dommage parce que ce roman aurait pu être un beau double road trip avec des personnages qui se demandent d’où ils viennent et où ils vont. Heureusement que l’écriture de Peter May reste agréable malgré les faiblesses du scénario, cela a grandement aidé Federico a poursuivre sa lecture jusqu’à la fin !

Peter May, trad. Jean-René Dastugue, Les fugueurs de Glasgow, éditions du Rouergue, septembre 2015, 332 p.

Funny Girl

Un roman de Nick Hornby, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

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Federico a lu deux romans de Nick Hornby : Vous descendez, farce drôlatique sur des candidats au suicide qui vont changer de vie plutôt que d’y mettre un terme et Juliet, naked, chronique existentielle qui met en scène un couple et un chanteur mythique. Notre ami lapin garde un très bon souvenir de ces deux lectures et Funny Girl lui en laissera un meilleur encore.

funny girlCe livre l’a plongé dans l’univers de la télévision anglaise des années 1960 et plus précisément au cœur de l’élaboration d’une série humoristique pour la BBC. Cette série se proposant d’être un miroir de la société de l’époque, le roman devient à son tour une jolie chronique sur l’industrie du divertissement des sixties, à travers le parcours de quelques uns de ses rouages. En tête du casting, l’irrésistible Barbara, reine de beauté qui a quitté son Angleterre profonde pour Londres et la vie excitante qu’elle promet. Mais si Barbara rêve d’être actrice, ce n’est certainement pas pour jouer la potiche ni les faire-valoir : ce qu’elle veut, c’est faire rire. Évitant les pièges et la facilité, elle devient rapidement une vedette du petit écran. Bientôt, cette comédienne née qui n’a pas la langue dans sa poche mais la tête sur les épaules découvre que son personnage dans la série est bien plus qu’un alter ego aux yeux du public.

Autour de ce personnage solaire gravitent acteurs, scénaristes, producteurs et metteurs en scène. Comme il y a peu de personnages, Nick Hornby peut développer le caractère et la vie de chacun. Aussi, même si Barbara est clairement au cœur de ce roman, les seconds couteaux n’en sont pas vraiment, ne serait-ce que parce qu’ils occupent une place centrale dans la vie de la jeune actrice. Les dialogues quant à eux sont aux petits oignons : percutants et plein d’esprit. On suit la petite équipe sur plusieurs années – qui correspondent aux saisons de la série – au rythme des évolutions professionnelles et personnelles des personnages. Le roman reste égal du début à la fin : toujours difficile à lâcher. Federico n’avait pas envie de quitter cette ambiance sixties et d’être séparée de cette joyeuse bande disparate.

Funny Girl est une très belle chronique sociale et humaine, sensible et drôle.

Nick Hornby, trad. Christelle Barbaste, Funny Girl, Stock, août 2015, 432 p.

Je viens

Un roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

3 carottes

Parfois, quand il emprunte un livre, Federico le choisit sans en lire le résumé. Ce n’est pas désagréable de commencer une lecture sans trop savoir où l’on va et c’est toujours drôle de découvrir le résumé à la fin puis de confronter son ressenti au regard de l’éditeur (ou du stagiaire).

je viensPour Je Viens, la situation est un peu différente mais le résultat est le même. Premièrement, cet ouvrage a été offert à notre ami lapin, donc il n’a pas eu à le choisir. Deuxièmement, ce pauvre lagomorphe n’a résolument rien compris au résumé. Celui-ci semble cultiver l’art du mystère et accumule les concepts qui sonnent creux aux oreilles de Federico.

Par conséquent, il n’a pas eu d’autres choix de se laisser porter par ce roman étonnant.

Je viens a trois narratrices : Nelly, une vieille femme, Gladys, sa fille et Charonne, la fille adoptive de cette dernière. Il est donc organisé en trois parties dans lesquelles Charonne, Nelly et Gladys racontent successivement leur histoire et celle de leur famille de leur propre point de vue. Même si ces trois femmes habitent sous le même toit, leurs personnalités diamétralement opposées ont donné à Federico la sensation de lire une nouvelle histoire à chaque partie. Afin de mieux comprendre comment leur regard sur le monde change tout au récit, une mise au point est importante : il a dans cette famille un gros litige autour de l’amour. Nelly n’a pas assez aimé son premier mari et trop aimé le deuxième. Gladys considère que ses parents ne l’ont pas aimée et aime passionnément son demi-frère, Serge, qu’elle a épousé au grand dam de sa mère. Charonne a été abandonnée à sa naissance et adoptée vers 5 ans par Gladys et Serge. Au bout de quelques temps, constatant que leur fille devenait de plus en plus noire (si si) et persuadés qu’elle était un méchant petit être incapable d’affection, ils ont essayé de la rendre au foyer dont ils l’avaient sortie.

Ambiance.

C’est dans ce décor que nos héroïnes évoluent, commençant, continuant ou terminant leur vie. Même si le précédent paragraphe fleurait bon le drame familial, voire une ambiance à la Dickens, il n’en est rien. Point de mélo : c’est au contraire la révolte qui exsude de chaque page du livre. Je viens dégage d’un bout à l’autre cette même rage d’exister, cette même colère. Certes, elle est exprimée différemment en fonction des personnages. Le contraste est d’ailleurs saisissant entre Charonne et sa mère adoptive. La première, enfant abandonnée et mal aimée, qui fait preuve d’un optimisme à toute épreuve et laisse couler sur elle les multiples critiques qui sont faites à propos de son physique. La deuxième, gâtée matériellement mais frustrée affectivement, ne s’exprime qu’en une longue plainte. Persuadée d’avoir percée l’hypocrisie du monde à jour, elle voit le mal partout (surtout chez Charonne) et se persuade que son bonheur lui a été ravi par… à peu près tout le monde. Accrochée comme une tique à ses meubles chinés, elle se revendique pourtant d’une philosophie de vie crypto-bouddhiste et prône le dénuement. Elle se targue de ne pas accorder d’importance aux apparences mais le physique de sa fille (elle est noire ET obèse) la consterne. Toutes ces contradictions ont bien fait rire notre ami lapin, faisant de la partie consacrée à Gladys la plus amusante des trois (aux dépens d’un personnage qui se prend bien trop au sérieux).

Je viens est un roman à trois voix, celui de trois femmes qui ont des choses à dire et certainement pas l’intention de se taire ! Federico est curieux de découvrir les autres personnes à qui Emmanuelle Bayamack-Tam a donné la parole dans ses autres romans.

Emmanuelle Bayamack-Tam, Je viens, POL, décembre 2014, 461 p.

Ma belle-mère russe et autres catastrophes

Un roman de Alexandra Fröhlich, traduit de l’allemand par Lorraine Cocquelin.

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La dernière fois que Federico a autant ri en lisant un livre, c’était probablement devant une bande dessinée ou un roman jeunesse. Mais certainement pas grâce à une comédie romantico-ethnologique.

belle mere russeDans Ma belle-mère russe… Alexandra Fröhlich nous gâte en matière de comique de situation et de personnages au potentiel humoristique pleinement exploité.

C’est l’histoire de Paula, une avocate allemande qui repart de zéro après son divorce. Elle ouvre un cabinet qui peine à trouver sa clientèle jusqu’au jour où un couple de russes débarque et tente de lui expliquer dans un allemand quasi inexistant le grave différent qui l’oppose à son ancien bailleur. Cette première entrevue totalement hallucinante est suivie d’une autre un peu plus compréhensible puisque cette fois, Artiom, le fils des deux énergumènes est là pour jouer les interprètes… et ravir de le cœur de Paula.

Comme vous vous en doutez, entre les deux univers (d’un côté des allemands psychorigides et de l’autre des russes extravagants et imprévisibles) le choc est brutal. Ne connaissant pas ces deux cultures, Federico ne saurait dire si ce roman est un ramassis de préjugés ou une brillante comédie sur le choc des cultures. Reste que tout cela est quand même très bien amené et fort bien écrit. Narrateur plongé jusqu’au cou dans cette danse, Paula raconte l’histoire du point de vue de celle qui est coincées entre deux univers d’apparence irréconciliables. S’ils ne sont pas au centre de l’histoire comme le sous entend le titre, les rapports entre la belle-mère et sa bru sont évidemment très présent et représentent les moments les plus épiques du livre. Mais le reste des personnages n’est pas en reste : l’auteur nous régale d’une belle galerie de caractères bien trempés qui, loin de faire de la figuration, donnent naissance à plusieurs intrigues secondaires assez drôles et traitées avec tout le soin qu’elles méritent.

En épousant Artiom, c’est donc un véritable raz-de-marée qui submerge la vie calme de Paula. Mais rassurez vous, même si ce n’est pas gagné au départ, tout ceci s’avère positif pour tout le monde, et le taux de tolérance augmente au fil du roman.
Federico a dévoré ce livre en deux jours car il est facile à lire et foisonne de bonnes idées et de bons mots. Le tout s’enchaîne sans temps morts et a entraîné notre ami lapin qui ne pouvait tout bonnement plus s’arrêter. Mention spéciale au premier chapitre, qui a le mérite de nous faire entrer dans l’histoire avec un enchaînement de gags absolument irrésistibles !

Alexandra Fröhlich, trad. Lorraine Cocquelin, Ma belle-mère russe et autres catastrophes, Piranha, juin 2015, 246 p.