Le Pouvoir

Un roman de Naomi Alderman, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

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Pour son premier roman, Naomi Alderman bénéficie d’un parrainage pour le moins prestigieux, celui de Margaret Atwood. Cette dernière, propulsée sur le devant de la scène grâce à l’adaptation de son superbe livre La Servante Écarlate, l’a soutenue tout au long de l’écriture. Il ne s’agit donc pas juste d’un bandeau avec la mention « c’est trop de la balle » signé Margaret Atwood.

C’est l’une des raisons qui ont incité Federico à lire ce livre. L’autre raison, c’est son sujet évidemment : du jour au lendemain, les femmes se révèlent dotées d’un nouvel organe au niveau de la clavicule qui leur permet de créer un courant électrique. D’une simple décharge, ce que tous appelleront bientôt « Le Pouvoir », devient vite une arme qui va propulser brusquement les femmes à la tête de l’humanité.

Et que se passe-t-il ? La douceur naturelle des femmes en font des meneuses protectrices et dédiées au bien-être de la communauté ?

Nan, c’est le chaos.

Évidemment, votre ami lapin grossit le trait. Mais c’est pas loin. Naomi Alderman a choisi de donner la parole à plusieurs femmes et à un homme, tous témoins ou acteurs de la révolution en cours. Cela nous permet d’assister au renversement progressif du pouvoir politique et à la naissance d’une nouvelle religion monothéiste, le tout sur fond de guérillas, d’exactions voire carrément de guerre. À côté, la révolution Russe c’est une kermesse.

pouvoirSi Federico a de grosses réserves sur ce livre (surtout au niveau du style, mais nous y reviendront), il a en revanche applaudi des deux pattes à l’idée directrice : le pouvoir corromp et ce ne sont pas souvent les plus sages qui s’en emparent. Aussi, que l’on donne le pouvoir à des hommes ou à des femmes, le résultat est le même, c’est-à-dire que ceux qui tiennent les rênes en profitent pour asservir les autres et sont capables de tout pour conserver leur ascendant. Votre chroniqueur a vraiment apprécié la façon dont Naomi Alderman balaye d’un revers de son crayon tous les discours qui essaient de nous démontrer que les hommes et les femmes occupent dans notre société une place dictée par la nature et pas par une construction sociale.

L’autre point qui a marqué Federico est l’usage de la violence. Alors que les femmes prennent peu à peu le contrôle de la société, un mouvement se met en place du côté des hommes pour stopper le basculement. Pendant ce temps, certains profitent de ce bouleversement mondial pour faire de l’argent et réorganiser les traffics. Quant à certaines régions du monde, elles sont le théâtre de manifestations au cours desquelles des femmes utilisent leur pouvoir pour se venger des humiliations passées. La conséquence est évidemment une escalade de la violence entre les différents groupes et comme d’habitude ce sont ceux qui n’avaient rien demandé d’autre que de vivre en paix (femmes ET hommes) qui trinquent. Le lecteur assiste alors à des scènes assez dures, dont plusieurs viols, perpétrés par des femmes sur des hommes. En lisant, horrifié, ces passages, Federico s’est rendu compte que l’inversion des rôles nous rappelle à quel point ces actes sont barbares et que, malgré cela, notre société nous y a habitué en les représentant comme un vague dommage collatéral.

Toutes ces idées fort intéressantes sont malheureusement un peu desservies par la sensation que tout va trop vite dans le récit. Certes, le renversement social se fait brusquement et l’auteure multiplie les bonds dans le temps pour accélérer le rythme. Mais Federico aurait aimé que les différents personnages que Naomi Alderman a créé pour être témoins de l’arrivée du Pouvoir et ses conséquences aient plus de temps pour s’installer. Là où Margaret Atwood économise l’action pour se concentrer sur les observations, les émotions et les réflexions de ses protagonistes, Naomi Alderman fait l’inverse. On ressent parfois un gros manque de maturité dans l’écriture, qui contraste bizarrement avec la profondeur de la réflexion proposée. En fait, Federico aurait voulu que cette histoire prenne le temps de bien développer son potentiel, pourquoi pas sur plusieurs tomes.

Même si cette lecture lui laisse un sentiment d’inabouti, cela reste un premier roman ambitieux (mais jamais prétentieux) et intelligent (mais jamais donneur de leçons) qui fait de Naomi Alderman une auteure à surveiller de très près.

Naomi Alderman, trad. Christine Barbaste, Le Pouvoir, Calmann Levy, janvier 2018, 400 p.

Margaret Atwood

Pour Federico, l’année 2017 a été marquée par la découverte de Margaret Atwood. En fait, depuis plusieurs mois (voire, plusieurs ANNÉES !), Federico avait un livre de cet auteure bien au chaud dans sa bibliothèque : Le dernier homme.

Et bien, il ne l’a pas encore lu.

Voilà.

Ce qu’il a lu en revanche, c’est Œil-de-chat et La servante écarlate. Et franchement, c’est trop génial. Commençons par vous présenter Œil-de-chat.

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oeil de chatC’est un livre dans lequel il se passe peu de choses. Elaine, la cinquantaine, est artiste peintre. Elle revient à Toronto après des années d’absence à l’occasion d’une rétrospective. En déambulant dans la ville où elle a grandi, elle se remémore son enfance, son adolescence, la famille, les amies, les premiers amours. C’est particulièrement la relation avec Cordélia, amie abusivement autoritaire de son enfance et qui deviendra sa Némésis, qui est décrite dans toute sa complexité. Tels les étoiles qui nous éclairent la nuit d’une lumière émise il y a plusieurs millions d’années, les souvenirs évoqués aident à comprendre la femme qu’elle est aujourd’hui. Quand on découvre l’exposition consacrée à ses œuvres à la fin du livre, on y retrouve bon nombre des événements et des figures qui ont marqué Elaine de manière plus ou moins consciente.

Margaret Atwood possède un talent que Federico chérit par dessus tout : nous montrer que souvent dans la vie, ce qui compte ce sont les moments les plus banals. Le portrait qu’elle fait d’Elaine est fait de petites touches, de sensations, d’émotions ressenties. L’auteure n’a pas peur de la complexité de ses personnages et nous la présente avec précision et subtilité. C’est terriblement bien écrit et Federico a pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, de plus cela lui a ouvert une fenêtre sur le milieu artistique féminin de la deuxième moitié du XXe siècle.

Très bien disposé vis-à-vis de Margaret Atwood et intrigué par le phénomène télévisuel qu’a été l’adaptation en série télé de La Servante écarlate, Federico a décidé de poursuivre sa découverte de l’univers de l’auteure canadienne avec ce roman dystopique.

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Les États-Unis y sont une sorte de dictature chrétienne ultra-conservatrice dans laquelle, suite à une crise démographique, certaines femmes sont réduites en esclavage pour servir de reproductrices. Defred est l’une d’entre-elles et c’est son récit que nous lisons.

servante écarlateMargaret Atwood choisi de nous décrire cette société à travers le regard d’une femme qui n’a accès à aucune information. Par conséquent, le lecteur ne sait rien de l’organisation politique qui régit le pays, et n’en a un bref aperçu qu’à travers le « maître » de Defred, celui à qui elle doit donner un enfant et dont elle porte le nom (De-Fred). Le fait de ne rien savoir créé une sensation de vertige que l’auteure manie à merveille. Comme dans Œil-de-chat, le quotidien est raconté dans ses moindres détails et le cheminement des pensées de Defred, minutieusement retranscrit. Cela nous permet de voir la subtile évolution de cette héroïne qui n’a rien d’une révolutionnaire mais qui, d’une petite transgression à l’autre, va entrer en résistance. Discrètement, certes, mais cela n’en est pas moins passionnant. Federico ne pouvait pas lâcher ce roman génial, happé qu’il était par la richesse du récit, la grande qualité de l’écriture et la tension permanente.

Quand il voit la belle bibliographie de Margaret Attwood, votre chroniqueur ne peut que se réjouir : que d’heures de bonne lecture en perspective ! Quant au Dernier homme, il va devoir attendre son tour encore un peu car, actualité série oblige, c’est Captive qui s’impose comme la prochaine lecture atwoodienne de Federico !

Margaret Atwood, trad. Claire Malroux, Oeil-de-chat, Pavillons Poche Robert Laffont, février 2017, 688 p.

Margaret Atwood, trad. Sylviane Rue, La Servante Écarlate, Pavillons Poche Robert Laffont, 2015, 544 p.

Les femmes de Brewster Place

Un roman de Gloria Naylor, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Bourguignon

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Vfemmes de brewster placeoici un livre petit par sa taille mais grand par sa qualité. En un peu plus de 250 pages, l’auteure dresse sept portraits de femmes, toutes ayant échoué à Brewster Place, Ghetto noir d’une ville anonyme des États-Unis. Publié initialement 1983 et récompensé par le National Book Award, puis en France en 1987 aux Éditions Belfond, ce livre a bénéficié d’une nouvelle parution chez le même éditeur en 2013. Et c’est tant mieux car notre ami lapin est bien content d’avoir eu la chance de découvrir ce roman.

Malgré les difficultés rencontrées par ces Afro-Américaines et la violence dont elles sont ou ont été victimes, leurs parcours sont raconté sans misérabilisme. Ce sont leur force, leur résistance et la solidarité qui sont mis en avant à travers des détails anodins. Votre chroniqueur n’en a ressenti que plus d’empathie pour ces héroïnes. Il a souvent été en colère aussi, face aux murs qui se dressent devant elles : racisme, pauvreté, intolérance, violences sexuelles, homophobie, etc. Traité comme un personnage à part entière, Brewster Place est un creuset où viennent mourir leurs rêves.

Ce texte bref est très fort et superbement écrit. Il transcende la lancinante complainte du destin de ces sept femmes.

Gloria Naylor, trad. Claude Bourguignon, Les femmes de Brewster Place, 10/18, 264 p. 

La tresse

Un roman de Laetitia Colombani.

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Ce roman est celui de trois femmes : Smita, Giulia et Sarah. Pourtant, jamais elle ne se rencontrent, chacune reste dans son pays et son milieu respectif : la caste des intouchables en Inde, une entreprise familale de perruques en Sicile et un cabinet d’avocats canadien. Le titre nous sert la métaphore qui correspond à ce livre sur un plateau : trois mèches de cheveux qui font partie d’un tout.

la tresseLa première, Smita, refuse que sa fille connaisse le même sort qu’elle, c’est-à-dire vider les latrines des autres. Cette tâche pour le moins infamante est en effet réservée aux intouchables en Inde. En plus d’exercer un boulot de merde (oui, c’était facile), Smita doit subir en permanence le mépris de ceux qui la paient une misère pour le travail qu’elle accomplit. Malgré un mari fataliste qui a baissé les bras depuis longtemps et la menace de représailles contre les intouchables qui essaient de fuir leur condition, Smita décide de tenter le tout pour le tout pour épargner à sa fille de vivre le même calvaire qu’elle.

La deuxième, Giulia voit son univers s’effondrer lorsque son père sombre dans le coma suite à un accident. Elle doit alors reprendre la fabrique de perruques familiale et découvre bien vite la situation financière catastrophique de l’entreprise. Comment va-t-elle sauver la fabrique et les femmes qui y travaillent sans lui faire perdre son âme ?

La troisième voix du livre est une femme hyper active. À quarante ans, Sarah travaille au sein d’un très prestigieux cabinet d’avocat. Divorcée, mère de deux enfants, elle sait que sa vie de famille a été sacrifiée au profit de sa carrière mais rien ne pourra l’arrêter dans sa course vers le sommet. Rien, évidemment, sauf la maladie qui va la frapper de plein fouet.

Laetitia Colombani entrecroise les parcours de ces trois femmes qui ont un point commun : leur combativité face aux difficultés. Toutes refusent de se laisser abattre, d’accepter sans rien faire les injustices, les crises, l’intolérance et j’en passe. Leur lutte est touchante, même si Federico s’est plus passionné pour Smita, dont l’énergie et la colère sont communicatives. Ce roman se lit très facilement, l’écriture est fluide et le phrasé bien tourné. Et en prime, les histoires qui sont racontées sont avant tout des récits de résilience, pleines d’énergie positive. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire le bestseller qu’il est devenu rapidement. Cependant, aux yeux de votre impitoyable chroniqueur, les femmes de ce roman auraient mérité le double de pages afin d’étoffer leur histoire. Federico s’est senti investi dans leurs luttes et aurait donc aimé avoir plus de détails sur leur vie, leur environnement. Le ton est très léger et on passe très vite sur certains aspects, là où notre ami lapin aurait souhaité s’attarder. Au final, La tresse manque un peu de substance, de réalisme. C’est une jolie histoire, mais peut-être trop jolie pour sembler vraie.

Laetitia Colombani, La tresse, Grasset, mai 2017, 224 p.

Et un grand merci à Lucie pour avoir illustré cet article avec ses jolis cheveux !

Le parfum des fraises sauvages

Un roman d’Angela Thirkell, traduit de l’anglais par Florence Bertrand et Alice Bercker.

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Le_parfum_des_fraises_sauvages__c1_largeLe Parfum Des Fraises Sauvages a été publié en 1934 et raconte l’été que passe la jeune et désargentée Mary Preston dans la grande propriété de ses cousins beaucoup plus fortunés. Si on ajoute à cette intrigue deux frères célibataires dont l’un est un séducteur patenté, des maîtres de maison fort excentriques et un majordome accro à son gong, vous avez là tous les ingrédients d’une délicieuse comédie romantique anglaise.

Ce n’est certainement pas le roman du siècle et on ne peut pas dire qu’il ait marqué Federico à vie (cela fait à peine quelques mois qu’il l’a lu et il avait tellement oublié l’histoire qu’il a du aller relire le résumé sur internet pour écrire le premier paragraphe !).

Néanmoins, notre ami lapin a passé un court et agréable moment de lecture avec ce livre qui a bien mérité la seconde jeunesse offerte par les éditions Charleston. Après le succès retentissant de la série Downton Abbey et la passion intacte que suscite encore Jane Austen, on ne peut nier que beaucoup de gens (dont Federico !) adorent se réfugier dans les jupons de châtelaines en tous genres, pourvu qu’elles soient mêlées à des intrigues romantiques et qu’elles résident dans une verdoyante propriété anglaise.

Tout dans le roman d’Angela Thrikell est charmant, même les personnages les plus bizarres, qui le sont juste assez pour nous faire rire sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue n’est ni très originale ni très fouillée mais elle est brodée de dialogues bien maîtrisés et plein d’humour. L’auteure ne se prend pas au sérieux et cela se ressent, notamment dans les nombreux passages consacrés aux atermoiements amoureux des personnages. Cette pointe d’ironie est l’élément clé du livre : l’air de rien, Angela Thirkell transforme ce qui aurait pu être une pesante et insipide guimauve en une délicieuse crème fouettée, légère et rafraîchissante. Idéale avec une poignée de fraises sauvages !

Angela Thrikell, trad. Florence Bertrand et Alice Bercker, Le Parfum des Fraises Sauvages, Charleston, juin 2016, 288 p.

L’oiseau des neiges

Un roman de Tracy Rees, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

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Dans les années 1830, une petite fille de bonne famille sauve de la mort un nouveau né déposé dans la neige. Elle scèle alors leur destin : entre Aurelia, la riche héritière et Amy, l’orpheline sans passé et sans avenir, va se construire une amitié fusionnelle.

oiseau des neigesQuand Aurelia succombe à une longue maladie, sa protégée est contrainte de fuir : sa présence dans la prestigieuse famille Vennanay, à peine tolérée du vivant d’Amélia, n’est plus souhaitée. Elle se retrouve donc livrée à elle même, à seize ans à peine dans un monde où elle ne semble pas avoir de place. Elle découvre bientôt qu’avant sa mort, Amélia lui a préparé une chasse au trésor afin de l’accompagner sur les traces d’un secret bien gardé. Amy, qui supporte mal  la disparition de son amie, va se jetter à corps perdu dans cette quête.

Federico a souhaité lire ce livre à cause de sa couverture, qui sentait bon la lecture enroulé dans un plaid avec des madeleines et de la tisane. Il ne s’attendait pas à ce que ce livre soit un chef d’oeuvre et la lecture ne l’a pas contredit. L’histoire est plutôt prenante et notre ami lapin s’est agréablement laissé embarqué dans les différentes intrigues, que ce soit la chasse au trésor (qui, avec le recul, est quand même relativement tirée par les cheveux, mais quand Federico lit, il ne prend pas de recul car ses pattes sont trop courtes, donc ce n’est pas grave) ou les émois amoureux des personnages, qui sont quand même vachement mignons, mais pas mièvres et raccords vis à vis de l’étiquette de l’époque.

Non, ce qui pêche dans ce livre, et c’est pourquoi Federico ne lui donne que deux carottes, c’est l’écriture. Celle-ci est quand même un peu fade et, la narration étant à la première personne, le lecteur à droit à toutes les pensées d’Amy. Ce qui n’apporte pas toujours grand chose, quand ça ne fait pas tout simplement lever les yeux au ciel. Heureusement pour notre ami lapin, il a trouvé l’héroïne plutôt intéressante et pas trop oie blanche ou super tarte comme certaines de ses consœurs (oui Patricia Wentworth, c’est à toi que je m’adresse !). La page de remerciement a invité notre ami lapin à se montrer indulgent car il s’agit d’un premier roman et qu’après tout, tout le monde ne cherche pas des livres écrits d’une plume parfaite. En définitive, même si l’écriture ne satisfait pas le fin museau de Federico, elle n’a pas empêché L’oiseau des neiges de lui faire passer un agréable moment de lecture.

Tracy Rees, trad. Françoise du Sorbier, L’Oiseau des Neiges, Presses de la Cité, octobre 2016, 496 p.

Petits secrets, grands mensonges

Un roman de Liane Moriarty, traduit de l’anglais (australie) par Béatrice Taupeau.

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Liane Moriarty est une auteure Australienne qui a fait une entrée remarquée dans les librairies françaises grâce au Secret du Mari. Les lecteurs ont porté aux nues ce roman qui s’immisce dans les banlieues pavillonnaires proprettes et en gratte le vernis.

Elle récidive avec Petits secrets, grands mensonges, son deuxième roman traduit en France et premier que Federico a lu… en une journée !

petits secretsAprès Minnow, notre ami lapin se sentait orphelin d’un bon roman et une question l’obsédait : « que vais-je bien pouvoir lire maintenant ? ». Contemplant ses étagères pleines de livres très prometteurs (qui risquaient donc d’être proportionnellement décevants), il a jeté son dévolu sur Petits secrets, grands mensonges, par pure curiosité, sans grandes attentes. Quelle excellente initiative !

La quatrième de couverture et le premier chapitre affichent la couleur : au cours d’une soirée réunissant les parents d’élèves d’une banlieue chic de Sydney, un drame survient. Mais quoi ? Mais qui ? Mais comment ? Mais pourquoiiii ?

À partir de ce point, l’auteure détricote son histoire en repartant plusieurs mois avant l’événement. On fait alors la connaissance des trois héroïnes du livre. Jane, jeune mère célibataire qui manque cruellement de confiance en elle, vient de s’installer à Pirriwee avec son fils Ziggy. Elle va bientôt devenir amie avec Madeline, exubérante mère de famille recomposée et Céleste, beauté éthérée à qui tout semble réussir. Leurs enfants sont scolarisés dans la même école et va être le théâtre de nombreux drames. D’un chapitre à l’autre, elle conduit malicieusement le lecteur d’un secret à l’autre jusqu’à l’inéluctable dénouement vers lequel tout converge. Au fur et à mesure de sa lecture, Federico s’attachait à ces trois femmes, qui au premier abord semblent n’être que des purs produits de ce genre de banlieue huppée, bien sous tous rapports. Mais les failles qui se dévoilent et la façon dont elles font face aux épreuves passées et présentes sont toujours imprévisibles et ont tenu notre ami lapin totalement captif ! Par l’intermédiaire de ces trois femmes, Liane Moriarty aborde des sujets de société fort intéressants qu’il serait criminel de vous dévoiler ici mais sachez que Federico en a tiré une grande satisfaction !

La description de Pirriwee (qui est un lieu totalement fictif mais paradisiaque) est très réussie et a d’autant plus facilité l’immersion de votre chroniqueur dans l’ambiance de ce roman doux-amer, gorgé de suspens et de bons personnages.

Liane Moriarty, trad. Béatrice Taupeau, Petits secrets, grands mensonges, Albin Michel, septembre 2016, 475 p.

Minnow

Un roman de James E. McTeer II, traduit de l’anglais (États-Unis) par Virginie Buhl.

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Il y quelques années, Federico avait connu de grands émois littéraires en lisant Le Voyage de Robey Childs, roman d’apprentissage qui l’avait plongé dans le tumulte de la guerre de Sécession. Minnow reprend les mêmes codes que le livre de Robert Olmstead : un enfant qui part pour un voyage dans le but de sauver son père et au cours duquel il va perdre son innocence mais découvrir en lui des ressources insoupçonnées ; la présence d’un animal hors du commun qui accompagne le héros et l’omniprésence de la violence des adultes.

Comment évoquer l’expérience de lecture que Federico a connue avec ce livre maîtrisé de bout en bout ?

minnowNotre ami lapin a été emporté dès les premières lignes de ce roman où, au début du siècle dernier, le jeune Minnow (« fretin » en anglais, sympa le nom) est envoyé par sa mère quérir un remède pour son père gravement malade. Cette simple commission va se transformer en odyssée quand, à la suite de sa rencontre avec le médecin vaudou docteur Crow, Minnow s’embarque dans un dangereux périple au cœur des bayous de la Caroline du Sud. Crow lui a promis un remède à la condition que l’enfant lui rapporte de la terre provenant de la tombe de Sorry George, sorcier vaudou maléfique dont l’âme mauvaise et tourmentée hante toujours la région.

L’auteur décrit à merveille l’atmosphère électrique des lieux traversés par Minnow. Évidemment, on ne fait pas un bon conte initiatique sans épreuves et celles qui attendent Minnow, tapies dans l’ombre de la mangrove, sont très bien mises en scène. Qu’il affronte la cruauté des hommes, la gueule mortelle d’un crocodile ou les terrifiants esprits de la mangrove, la tension est palpable et a fait s’accélérer le rythme cardiaque de notre ami lapin ! Le héros et le lecteur évoluent en permanence sur un fil tendu entre le réel et le monde invisible des esprits, si bien que les deux finissent par ne faire plus qu’un pour créer une atmosphère unique et magique. Béat face à la maîtrise de l’écriture, Federico a traversé les moments de grâce (le banquet sur la plage, superbe passage qui redonne foi en l’humanité… et en la nourriture !) et d’angoisse avec un égal enthousiasme.

Par dessus tout, c’est la constance de Minnow qui a ému Federico. Malgré les coups (très) durs qu’il affronte et qu’importe son jeune âge, l’enfant ne perd jamais de vue son objectif : ramener le remède pour son père, quel qu’en soit le prix. Il n’a rien d’un héros sans peur, il est assez chétif et pas particulièrement brillant, mais son obstination force le respect.

Les derniers chapitres secouent le lecteur sans ménagement. Si la violence est présente dans tout l’ouvrage, elle déferle à la fin du livre et a vraiment laissé Federico chancelant. Malgré tout, il s’est senti très apaisé quand il a refermé l’ouvrage. Et c’est là qu’il s’est passé pour notre ami lapin quelque chose de pas commun et de difficile à décrire : Federico avait la certitude que l’histoire n’aurait pas pu se terminer d’une autre manière, comme si c’était une évidence. Votre chroniqueur a alors eu une impression inédite : celle d’avoir lu le dernier livre du monde. Que rien ne pourrait supplanter cette lecture. Minnow n’est certainement pas le plus grand roman de tous les temps, mais Federico l’a vécu avec une telle intensité que même plusieurs mois après, il peine a prendre les choses avec recul. Promis juré, il n’était sous l’emprise d’aucune drogue à ce moment ! Cela tient peut-être à l’étourdissement provoqué par ce voyage fascinant en terre vaudou, à la fois délire fiévreux, rêve et cauchemar.

Une chose est sûre, Minnow, ce n’est pas du menu fretin ! (Ou comment clore un article intense sur une blague au ras des pâquerettes…)

James E. McTeer II, trad. Virginie Buhl, Minnow, Éditions du sous-sol, août 2016, 236 p.

Une famille délicieuse

Un roman de Willa Marsh, traduit de l’anglais par Eric McComber.

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famille délicieuseNest et sa sœur aînée Mina vivent leurs vieux jours dans la maison de famille à Ottercombe, en Cornouailles. Ces deux vieilles dames se sont construit un cocon fait de l’affection qu’elles se portent et de petites habitudes. L’arrivée de leur grande sœur va bouleverser leur équilibre : Georgie perd la tête et doit vivre chez elles quelques semaines avant son entrée dans un établissement spécialisé. Complètement déboussolée, Georgie ressasse le passé et, en quelques remarques, laisse croire à ses sœurs qu’elle pourrait bien dévoiler de lointains secrets de famille. Mais comment savoir ce qu’elle sait réellement ? Comment démêler les souvenirs et le délire ? Pour conjurer leur inquiétude, Mina et Nest se plongent dans leurs souvenirs et tentent de se préparer à voir la vérité ressurgir.

Willa Marsh est une auteure anglaise super sympa. En effet, elle ne connaît pas Federico mais elle a écrit un livre rien que pour lui. À l’intérieur elle a mis les magnifiques paysages des Cornouailles, une vieille maison et son jardin, une famille attachante et les secrets qui vont avec. Elle a enrobé cela d’une foultitude de détails insignifiants mais essentiels sur le thé, le feu de cheminée, les fleurs, le soleil et tous les gestes du quotidien qui – tels les ingrédients d’une recette magique – donnent corps et vie au livre.

En parlant de sa sœur Mina, Nest dit qu’elle « était parvenue à tisser les évènements du passé pour en faire une vaste tapisserie, cousant soigneusement chaque partie de manière à ce que les personnages se dégagent, hauts en couleur, passionnants, devant le décor lumineux et familier de la baie et de la mer, ou en mouvement dans la vieille maison, comme si c’était hier. » En lisant cela, Federico a aussitôt pensé que cette description collait parfaitement au talent déployé par Willa Marsh dans ce roman qui l’a totalement ravi. Notre ami lapin a non seulement pris un grand plaisir à le lire, mais une fois terminée, sa lecture a laissé place à une douce nostalgie, comme celle qu’on ressent après des vacances ou un voyage particulièrement agréables.

Après ce plaisant séjour à Ottercombe, Federico n’a qu’une hâte : repartir avec Willa Marsh Tour !

Willa Marsh, trad. Eric McComber, Une famille délicieuse, J’ai Lu, mars 2016, 414 p.

 

Sous la vague

Un roman d’Anne Percin.

2 carottes

Le héros de Sous la vague, Bertrand Berger-Lafitte, est propriétaire d’un domaine de Cognac, divorcé et père d’une fille totalement hors de contrôle. Il vit dans une bienheureuse routine jusqu’à ce funeste jour de 2011 qui voit le Japon en proie à la colère des océans… et de l’uranium. Or, le pays du Soleil Levant étant son principal acheteur, l’entreprise familiale se rertouve menacée par cette catastrophe pourtant si lointaine. La révolte gronde au conseil d’administration et Bertrand est menacé d’éviction. Pour cet homme qui pensait se laisser porter tranquillement jusqu’à une retraite bien mérité, le choc est de taille.sous-la-vague Comme dans ce Japon qui le fascine tant, tout semble s’écrouler autour de lui. Un seul repère subsiste : Eddy, son dévoué chauffeur, qui l’intimide aussi bien par son aura de mystère que par sa franchise. Notre héros se met à errer dans sa vie et dans son domaine au risque de se perdre, comme lorsqu’il suit dans les bois un faon miraculeusement rescapé d’un accident de voiture (précisons que le faon n’était pas au volant). Ainsi, la même vague qui a recouvert Fukushima semble avoir enseveli notre héros, le laissant à la dérive.

Ce roman est franchement bizarre. Federico s’est longtemps demandé s’il allait aller jusqu’au bout et puis, finalement, la curiosité a pris le dessus, de même que l’étrange ambiance dans laquelle baignent les personnages. Si notre ami lapin devait créer un bandeau publicitaire pour ce livre (vous savez, ces gros machins rouges qui cachent la couverture et parfois laissent des grosses traces d’encre) il mettrait : « Sous la vague, le premier roman de terroir à la sauce teriyaki ». En effet, nous avons l’histoire d’un homme qui essaie de garder la main sur son domaine charentais, tandis que ses employés s’organisent et se battent pour conserver leur travail, racontée avec un détachement que Federico a souvent rencontré dans les romans japonais qu’il a croisé. L’effacement de Bertrand face à la situation, son désir de se fondre dans le décor et l’épure de l’écriture d’Anne Percin donnent à ce roman un je ne sais quoi de fascinant et d’envoûtant. Cela a suffisamment motivé Federico qui a donc poursuivi sa lecture jusqu’à la fin et n’a pas regretté cet étonnant et amusant moment de lecture.

Anne Percin, Sous la vague, éditions du Rouergue, août 2016, 200 p.

Les petites consolations

Un roman de Eddie Joyce, traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik.

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les petites consolationsQuand en 2001 les tours jumelles du World Trade Center de New York se sont effondrées, elles ont emporté avec elles des milliers de vies et brisé autant de familles. Les Amendola ont ainsi été marqués par la disparition de Bobby, fils, mari et père.

L’auteur nous fait traverser le deuil et la reconstruction pas toujours possible des cœurs à travers l’arrivée d’un nouvel amour dans la vie de Tina, la veuve de Bobby. Pour les parents et les frères de ce dernier, la nouvelle agit comme un électrochoc et fait rejaillir les souvenirs. L’auteur laisse glisser le flux de cette mémoire désordonnée et nous raconte par petites touches le destin de cette famille italo-irlandaise installée à Staten Island, ville dortoir reliée à Manhattan et au trou béant de Ground Zero par un ferry dont la symbolique est habilement exploitée.

On revient sur la rencontre des parents, les matchs de basket suivis par les hommes de la famille, les échecs amoureux des frères de Bobby, etc. Autant de moments fondateurs qui se mêlent au récit du présent au risque de semer le trouble dans l’esprit du lecteur : Federico ne savait parfois plus très bien à quelle époque il était. Mais au fond, cela ne rend que plus réaliste l’histoire de cette famille ordinaire et très attachante. Eddie Joyce décrit les sentiments des différents personnages avec beaucoup de justesse et de pudeur ; le pathos larmoyant n’a pas sa place dans ce livre.

Notre ami lapin est, vous le savez, très sensible aux détails du quotidien, à la routine et à la magie de sa transgression. Les petites consolations en est plein et sa lecture a été un grand plaisir pour Federico qui a été ému par la fragilité des personnages, par leur chagrin et aussi par cette rage de vivre qui s’exprime souvent de façon inattendue.

Eddie Joyce, trad. Madeleine Nasalik, Les petites consolations, Rivages, avril 2016, 476 pages.

Tracks

Un livre de Robyn Davidson, traduit de l’anglais par Bernardine Cheviron-Poylo.

3 carottes

Tracks est le récit de Robyn Davidson qui, dans les années 1970, est partie avec quatre dromadaires et son chien pour traverser l’ouest de l’Australie, sans aucune expérience en la matière. Beaucoup de choses sont dites dans ce superbe livre qui retranscrit la fièvre de son auteure : les longs et éprouvants mois passés à Alice Springs avant d’acquérir ses dromadaires, la rencontre avec les aborigènes, les touristes envahissants qui veulent absolument photographier la « Camel Lady », le journaliste du National Geographic qui la suit sans relâche, etc.

Parmi tout cela, ce qui a le plus marqué Federico, c’est le désir de solitude de Robyn Davidson. La solitude non pas comme un moyen d’atteindre une forme de plénitude ou de connaissance de soi mais comme une fin. Robyn Davidson veut juste être tranquille avec ses animaux. Sa frustration est immense quand, incapable de financer son périple, elle se résigne à « vendre » son récit au National Geographic qui lui impose la présence occasionnelle d’un photographe. La jeune femme va beaucoup souffrir des intrusions du jeune homme, certes plein de bonnes intentions mais qui ne comprend pas vraiment le sens de son périple. Elle vit beaucoup mieux la présence d’un vieil aborigène qui lui sert de guide lors de la traversée de terres sacrées interdites à une femme seule. En traversant le désert Robyn Davidson ne voulait rien prouver, ni à elle-même, ni au monde, elle voulait juste que ce dernier et ses conventions étouffantes la laissent en paix.

robyn davidson by rick smolan - Tracks

Parce que Federico trouve la couverture du livre fort laide, il préfère mettre une photo de Rick Smolan qui, malgré son côté un peu boulet, est quand même devenu un ami de Robyn et a pris de sacrés beaux clichés, comme celui-ci qui représente notre aventurière et sa chienne Diggity.

Son périple n’est pas simple et Robyn Davidson traverse de nombreuses difficultés, fait face à quelques accidents plus ou moins graves et se sent parfois totalement découragée face à l’ampleur de la tâche. Elle sombre souvent dans un mélange de découragement et de frustration quand elle constate que son voyage ne correspond pas à ses attentes. À travers les pages de son livre, ce que Federico a ressenti comme étant les meilleurs moments du voyage sont ceux où elle déambule nue et sale (et fière de l’être), libérée de toute forme de savoir-vivre occidental, vivant au rythme de ses animaux.

La relation qu’elle noue avec ses dromadaires et celle la lie à sa fidèle chienne Diggity sont la plus simple et la plus solide des amitiés. Dit comme ça, on se croirait un peu dans un numéro particulièrement mièvre de 30 Millions d’amis, mais non, on est dans Tracks et c’est vachement mieux !

Si ce livre est arrivé jusqu’à Federico c’est grâce au cinéma, qui a eu la bonne idée d’adapter le récit de Robyn Davidson, entraînant ainsi sa réédition en France (avec une couverture trop moche). Après l’avoir lu, notre ami lapin s’est donc rué dans une salle obscure. À l’expérience pleine d’émotions de la lecture, il a donc ajouté la beauté des images animées. Il a ainsi découvert que les dromadaires font vraiment un bruit abominable, que l’Australie n’est pas faîte que de déserts oranges et que Mia Wasikowska (qui prête ses traits à Robyn Davidson) est une actrice extrêmement talentueuse.

Robyn Davidson, trad. Bernardine Cheviron-Poylo, Tracks, Stock, avril 2016, 270 p.

Des snobs sur Belgravia

Julian Fellowes est un auteur et scénariste anglais qui a eu la riche idée de créer la série Downton Abbey, donnant ainsi à Federico de grandes joies télévisuelles. En matière de littérature il n’est pas non plus en reste même s’il y a du bon et du moins bon. Nous l’allons montrer tout à l’heure. C’est-à-dire maintenant.

fellowes

Snobs

3 carottes

Un personnage secondaire assez objectif nous raconte l’histoire de son amie, jeune et ambitieuse bourgeoise qui met le grappin sur l’un des célibataires les plus en vue de l’aristocratie anglaise. Julian Fellowes nous plonge avec délice dans le monde très fermé de la noblesse britannique qui, même à la fin du XXe siècle, reste un milieu à part, peu enclin à accepter les intrus. Son écriture est pleine d’ironie et de mordant, on sent qu’il tient à nous montrer ce milieu qu’il admire sans l’idéaliser. D’une intrigue assez basique sans action palpitante, il fait un roman qu’on lit avec délectation. Les illusions des personnages sont balayées d’un revers de la main mais le socle des aristocrates anglais est plus difficile à déboulonner. Ce monde aux mœurs délicieusement surannées nous est servi sur un plateau d’argent par l’auteur.

Belgravia

2 carottes

L’intrigue de Belgravia est née du même terreau que Snobs : comment l’aristocratie anglaise peine à gérer l’intrusion d’éléments bourgeois dans ses salons. Sauf qu’au XIXe siècle, ces derniers n’avaient pas encore envahi le paysage et la noblesse ne se contentait pas de faire de la figuration : elle dirigeait le pays (que dis-je, l’Empire !). Après s’être régalé de Snobs, Federico s’est donc jeté sur le dernier roman de Julian Fellowes avec de grandes attentes. Elles ont, hélas, été déçues. Contrairement à son prédécesseur, ce livre manque du mordant et de l’irrévérence qui aurait donné du relief à une histoire certes bien construite et pleine de personnages intéressants mais désespérément prévisible. Pour une intrigue faite de secrets de famille, de tromperies et de mensonges, c’est quand même très ennuyeux ! Federico classe donc Belgravia dans les lectures sans prises de tête, agréable mais sans plus, assortie d’un parfum de déception.

Julian Fellowes, traduit de l’anglais par Dominique Edouard, Snobs, LGF, août 2008, 407 p. (attention, cette édition est épuisée, il faudra casser votre tirelire et vous acheter la réédition de 2016 chez Lattès).

Toujours Julian Fellowes, mais cette fois traduit par Carole Delporte et Valérie Rosier, Belgravia, Lattès, juin 2016, 476 p.

Le roi disait que j’étais diable

Un roman de Clara Dupont-Monod.

3 carottes

Il est certains personnages, historiques ou non, qui font tellement partie de notre paysage que l’on croit – à tort – tout connaître d’eux. Ainsi, en lisant Le roi disait que j’étais diable, Federico a réalisé qu’il ignorait beaucoup de choses d’Aliénor d’Aquitaine, cette mythique reine médiévale dont Clara Dupont-Monod a fait son héroïne. Il avait notamment oublié qu’après son divorce avec le roi de France, Aliénor est devenue reine d’Angleterre et a donné naissance à Richard Coeur de Lion.

prince jean

Et au Prince Jean, également. On a les références qu’on peut.

Ce manque de culture aura néanmoins apporté un goût particulier à la lecture, car il a permis à Federico de regarder Aliénor non pas comme une statue de marbre drapée dans sa légende mais comme n’importe quelle héroïne de roman. Notre ami lapin a donc pu sauter à pattes jointes dans ce livre qui semble avoir comme objectif de donner un corps et des sens à la jeune Aliénor.

le roi disait que j'étais diableLe roi disait que j’étais diable balaye son premier mariage avec le roi Louis VII. Ils divorceront après quinze années d’une union tumultueuse marquée par la Deuxième Croisade. Ces deux-là n’étaient pas faits pour s’entendre : à Louis la passion de Dieu et des mots, à Aliénor l’amour des troubadours et le fracas des armes. Mettez-les face à un opposant, le premier réglera le problème en usant de diplomatie, la seconde le passera au fil de l’épée et brûlera ses domaines. Malheureusement, à l’époque, les mariages royaux ne se faisaient pas sur la base de tests d’affinités. Ces deux voix vont s’affronter tout au long du livre, donnant à ce dernier une dynamique assez fascinante.

Clara Dupont-Monod le précise à la fin de son livre : il n’était pas question pour elle d’écrire un livre historique. Elle s’est emparée des vides que comprend la biographie d’Aliénor et les a comblé avec une belle palette d’émotions et de sensations. Sous sa plume le Moyen Âge et les lieux parcourus par la reine prennent vie. Dans les pas d’Aliénor, le lecteur peut sentir le soleil qui baigne le Poitou et les odeurs qui émanent des marchés parisiens. Federico aurait aimé que ce roman soit plus long, afin de prolonger cette expérience !

Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais diable, Grasset, août 2014, 192 p.

Tout n’est pas perdu

Un roman de Wendy Walker, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau.

1 carotte

Attention ! Federico n’a pas aimé ce livre et n’a aucune envie de vous inciter à le lire, et donc par conséquent, il n’a aucun scrupule à vous dévoiler des éléments clés de l’intrigue. Vous voilà prévenus.

tout n'est pas perduFederico n’aime pas les thrillers, mais pourtant il essaie. Vraiment. Il s’est lancé tout frétillant dans la lecture de Tout n’est pas perdu, roman qu’on lui a présenté comme un phénomène à la hauteur de Les Apparences (que votre chroniqueur avait beaucoup aimé pour le coup, comme quoi, tout n’est pas perdu, huhuhu !)

C’est l’histoire d’une adolescente américaine violée lors d’une fête, qui va subir un traitement spécial, réservé aux militaires souffrant de stress post-traumatique, pour effacer tout souvenir de ce crime atroce. Le lecteur n’a pas cette chance et aucun détail du viol ne lui est épargné. Federico était donc assez mal à l’aise dès le départ. Mais puisqu’on lui avait promis une intrigue passionnante et un dénouement diabolique, il a bien voulu poursuivre sa lecture. C’est Alan Forrester, un psychologue qui nous raconte l’histoire de Jenny Kramer et de sa famille. Il la connaît bien puisque c’est lui qui commence à suivre la jeune fille après qu’elle ait fait une tentative de suicide. Et oui, effacer les souvenirs c’est bien joli, mais le corps a une mémoire et lui, il n’a rien oublié. Ce psychologue va donc essayer de retrouver les souvenirs effacés afin de reconstituer la mémoire de sa patiente et aider les autorités à retrouver le coupable. Alan suit aussi les parents de la victime et découvre de lourds secrets qui n’attendaient que ce drame pour leur exploser au visage. Hors du cabinet, l’enquête se poursuit, piétine et des suspects vont émerger. Alan ayant accès aux secrets et aux confidences de chacun, il va découvrir que la vérité pourrait le mettre en danger.

Sur cette base, l’auteur construit brillamment, et avec une excellente maîtrise de la digression, l’histoire de la manipulation que va orchestrer ce psychologue un peu plus louche à chaque chapitre. Cet homme a hautement conscience de son pouvoir sur l’esprit de ses patients et va en abuser, dans leur intérêt au début, puis le sien.

Suspens, suspicion…

Mais finalement, non, au dernier moment, l’auteur balaie la toile d’araignée qu’il a solidement construite d’un revers de manche, et, de cette même manche, sort un psychopathe. C’est lui qui a tout fait, par ce que c’est un méchant psychopathe et qu’il avait plein de raisons tordues pour faire ça. L’auteur essaie bien de nous faire croire que tout cela a du sens, que tout est lié et qu’il a vraiment un esprit super diabolique mais Federico n’a pas été convaincu. La fin du livre joue beaucoup sur la sympathie que le lecteur éprouve pour Alan, mais notre suspicieux lagomorphe n’a jamais ressenti autre chose que de la gêne à son égard. Même les révélations finales n’ont pas suffit à titiller l’empathie de Federico.

Wendy Walker, Tout n’est pas perdu, Sonatine, mai 2016, 345 p.