Les heures rouges

Un roman de Leni Zumas, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch.

3 carottes

Federico a envie de dire plein de choses à propos de ce livre mais il va essayer de faire court car premièrement il risque de se perdre et deuxièmement, vous feriez mieux de lire Les heures rouges et de voir par vous même.

L’auteure nous embarque dans les États-Unis d’après demain, dans une petite ville de l’Oregon, près de Salem. La loi américaine stipule maintenant qu’un ovule fécondé a droit à la vie, à la liberté et à la propriété. L’avortement est un crime passible de prison, la fécondation in vitro, une violation des droits de l’ovule. La seule structure familiale acceptée, c’est un papa et une maman (slogan connu) : l’adoption et la PMA ne seront donc bientôt plus d’actualité pour les femmes célibataires.

Voilà le tableau.

Leni Zumas y peint quatre femmes, plus une, écho lointain d’un passé où les femmes avaient encore moins de droits qu’aujourd’hui. Toutes ont leur propre rapport à la famille, au désir d’enfant, à son rejet. Dans cette petite ville battue par les vents, alors que des baleines pilotes viennent s’échouer sur les plages plus au nord, chacune tente de comprendre qui elle est vraiment et comment vivre la vie qu’elle désire.

L’histoire de ces femmes est somme toute assez simple, voire ordinaire, mais la façon dont elle est racontée donne une complexité fascinante à chaque personnage, chaque situation. Attention, Federico ne parle pas de la complexité qui paume le lecteur, non, il parle de richesse, de niveau de lectures multiples, de références, de résonances.

Federico a envie de s’attarder sur un aspect du livre qui lui a beaucoup plu : la place du corps des femmes. Celui-ci est depuis bien longtemps l’objet de critiques, de contrôle, de réglementations, de dégoût, et j’en passe. Dans Les heures rouges, le corps est souvent décrit dans les détails car on y parle de PMA, d’avortement, de sexualité, d’infections vaginales, etc. C’est fait sans aucun jugement de valeur et, malgré la crudité de certaines images, jamais on ne se dit que c’est sale (bon, les verrues, c’est pas chic non plus) ou déplacé. Et pourquoi cela le serait-il ? Le corps des femmes est souvent considéré comme quelque chose d’impur qu’il faut cacher, dont il faut prendre le contrôle. On les en dépossède donc, on fait des lois, religieuses ou gouvernementales. L’un des personnages illustre très bien cette idée, il s’agit de Gin. Cette marginale vit dans les bois, au plus près de la nature et est guérisseuse. Son rapport au corps est assez déconcertant, parce qu’il détonne par rapports aux standards. En ville, on la voit comme une sorcière. De celles qu’on brûlaient autrefois parce qu’elles avaient refusé la mainmise d’autrui sur leur corps.

Les heures rouges a beaucoup marqué votre chroniqueur. L’auteure donne une dimension universelle au parcours intime de chacune de ses héroïnes ce qui lui permet d’aborder des tas de sujet passionnants et de bousculer le lecteur. Dans la manière qu’a chacune de prendre son destin en main, Leni Zumas délivre un beau message de révolte et d’espoir.

Leni Zumas, trad. Anne Rabinovitch, Les Heures Rouges, Presses de la Cité, août 2018, 349 p. 

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