Le Pouvoir

Un roman de Naomi Alderman, traduit de l’anglais par Christine Barbaste.

2 carottes

Pour son premier roman, Naomi Alderman bénéficie d’un parrainage pour le moins prestigieux, celui de Margaret Atwood. Cette dernière, propulsée sur le devant de la scène grâce à l’adaptation de son superbe livre La Servante Écarlate, l’a soutenue tout au long de l’écriture. Il ne s’agit donc pas juste d’un bandeau avec la mention « c’est trop de la balle » signé Margaret Atwood.

C’est l’une des raisons qui ont incité Federico à lire ce livre. L’autre raison, c’est son sujet évidemment : du jour au lendemain, les femmes se révèlent dotées d’un nouvel organe au niveau de la clavicule qui leur permet de créer un courant électrique. D’une simple décharge, ce que tous appelleront bientôt « Le Pouvoir », devient vite une arme qui va propulser brusquement les femmes à la tête de l’humanité.

Et que se passe-t-il ? La douceur naturelle des femmes en font des meneuses protectrices et dédiées au bien-être de la communauté ?

Nan, c’est le chaos.

Évidemment, votre ami lapin grossit le trait. Mais c’est pas loin. Naomi Alderman a choisi de donner la parole à plusieurs femmes et à un homme, tous témoins ou acteurs de la révolution en cours. Cela nous permet d’assister au renversement progressif du pouvoir politique et à la naissance d’une nouvelle religion monothéiste, le tout sur fond de guérillas, d’exactions voire carrément de guerre. À côté, la révolution Russe c’est une kermesse.

pouvoirSi Federico a de grosses réserves sur ce livre (surtout au niveau du style, mais nous y reviendront), il a en revanche applaudi des deux pattes à l’idée directrice : le pouvoir corromp et ce ne sont pas souvent les plus sages qui s’en emparent. Aussi, que l’on donne le pouvoir à des hommes ou à des femmes, le résultat est le même, c’est-à-dire que ceux qui tiennent les rênes en profitent pour asservir les autres et sont capables de tout pour conserver leur ascendant. Votre chroniqueur a vraiment apprécié la façon dont Naomi Alderman balaye d’un revers de son crayon tous les discours qui essaient de nous démontrer que les hommes et les femmes occupent dans notre société une place dictée par la nature et pas par une construction sociale.

L’autre point qui a marqué Federico est l’usage de la violence. Alors que les femmes prennent peu à peu le contrôle de la société, un mouvement se met en place du côté des hommes pour stopper le basculement. Pendant ce temps, certains profitent de ce bouleversement mondial pour faire de l’argent et réorganiser les traffics. Quant à certaines régions du monde, elles sont le théâtre de manifestations au cours desquelles des femmes utilisent leur pouvoir pour se venger des humiliations passées. La conséquence est évidemment une escalade de la violence entre les différents groupes et comme d’habitude ce sont ceux qui n’avaient rien demandé d’autre que de vivre en paix (femmes ET hommes) qui trinquent. Le lecteur assiste alors à des scènes assez dures, dont plusieurs viols, perpétrés par des femmes sur des hommes. En lisant, horrifié, ces passages, Federico s’est rendu compte que l’inversion des rôles nous rappelle à quel point ces actes sont barbares et que, malgré cela, notre société nous y a habitué en les représentant comme un vague dommage collatéral.

Toutes ces idées fort intéressantes sont malheureusement un peu desservies par la sensation que tout va trop vite dans le récit. Certes, le renversement social se fait brusquement et l’auteure multiplie les bonds dans le temps pour accélérer le rythme. Mais Federico aurait aimé que les différents personnages que Naomi Alderman a créé pour être témoins de l’arrivée du Pouvoir et ses conséquences aient plus de temps pour s’installer. Là où Margaret Atwood économise l’action pour se concentrer sur les observations, les émotions et les réflexions de ses protagonistes, Naomi Alderman fait l’inverse. On ressent parfois un gros manque de maturité dans l’écriture, qui contraste bizarrement avec la profondeur de la réflexion proposée. En fait, Federico aurait voulu que cette histoire prenne le temps de bien développer son potentiel, pourquoi pas sur plusieurs tomes.

Même si cette lecture lui laisse un sentiment d’inabouti, cela reste un premier roman ambitieux (mais jamais prétentieux) et intelligent (mais jamais donneur de leçons) qui fait de Naomi Alderman une auteure à surveiller de très près.

Naomi Alderman, trad. Christine Barbaste, Le Pouvoir, Calmann Levy, janvier 2018, 400 p.

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