Je viens

Un roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

3 carottes

Parfois, quand il emprunte un livre, Federico le choisit sans en lire le résumé. Ce n’est pas désagréable de commencer une lecture sans trop savoir où l’on va et c’est toujours drôle de découvrir le résumé à la fin puis de confronter son ressenti au regard de l’éditeur (ou du stagiaire).

je viensPour Je Viens, la situation est un peu différente mais le résultat est le même. Premièrement, cet ouvrage a été offert à notre ami lapin, donc il n’a pas eu à le choisir. Deuxièmement, ce pauvre lagomorphe n’a résolument rien compris au résumé. Celui-ci semble cultiver l’art du mystère et accumule les concepts qui sonnent creux aux oreilles de Federico.

Par conséquent, il n’a pas eu d’autres choix de se laisser porter par ce roman étonnant.

Je viens a trois narratrices : Nelly, une vieille femme, Gladys, sa fille et Charonne, la fille adoptive de cette dernière. Il est donc organisé en trois parties dans lesquelles Charonne, Nelly et Gladys racontent successivement leur histoire et celle de leur famille de leur propre point de vue. Même si ces trois femmes habitent sous le même toit, leurs personnalités diamétralement opposées ont donné à Federico la sensation de lire une nouvelle histoire à chaque partie. Afin de mieux comprendre comment leur regard sur le monde change tout au récit, une mise au point est importante : il a dans cette famille un gros litige autour de l’amour. Nelly n’a pas assez aimé son premier mari et trop aimé le deuxième. Gladys considère que ses parents ne l’ont pas aimée et aime passionnément son demi-frère, Serge, qu’elle a épousé au grand dam de sa mère. Charonne a été abandonnée à sa naissance et adoptée vers 5 ans par Gladys et Serge. Au bout de quelques temps, constatant que leur fille devenait de plus en plus noire (si si) et persuadés qu’elle était un méchant petit être incapable d’affection, ils ont essayé de la rendre au foyer dont ils l’avaient sortie.

Ambiance.

C’est dans ce décor que nos héroïnes évoluent, commençant, continuant ou terminant leur vie. Même si le précédent paragraphe fleurait bon le drame familial, voire une ambiance à la Dickens, il n’en est rien. Point de mélo : c’est au contraire la révolte qui exsude de chaque page du livre. Je viens dégage d’un bout à l’autre cette même rage d’exister, cette même colère. Certes, elle est exprimée différemment en fonction des personnages. Le contraste est d’ailleurs saisissant entre Charonne et sa mère adoptive. La première, enfant abandonnée et mal aimée, qui fait preuve d’un optimisme à toute épreuve et laisse couler sur elle les multiples critiques qui sont faites à propos de son physique. La deuxième, gâtée matériellement mais frustrée affectivement, ne s’exprime qu’en une longue plainte. Persuadée d’avoir percée l’hypocrisie du monde à jour, elle voit le mal partout (surtout chez Charonne) et se persuade que son bonheur lui a été ravi par… à peu près tout le monde. Accrochée comme une tique à ses meubles chinés, elle se revendique pourtant d’une philosophie de vie crypto-bouddhiste et prône le dénuement. Elle se targue de ne pas accorder d’importance aux apparences mais le physique de sa fille (elle est noire ET obèse) la consterne. Toutes ces contradictions ont bien fait rire notre ami lapin, faisant de la partie consacrée à Gladys la plus amusante des trois (aux dépens d’un personnage qui se prend bien trop au sérieux).

Je viens est un roman à trois voix, celui de trois femmes qui ont des choses à dire et certainement pas l’intention de se taire ! Federico est curieux de découvrir les autres personnes à qui Emmanuelle Bayamack-Tam a donné la parole dans ses autres romans.

Emmanuelle Bayamack-Tam, Je viens, POL, décembre 2014, 461 p.

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