L’attrape-cœurs

Un roman de J. D. Salinger, traduit de l’anglais (américain) par Annie Saumont.

3 carottes

Notre ami lapin se demandait ce qu’il y avait dans L’attrape-cœurs pour qu’on en parle autant. Enfin il a la réponse ! Petits veinards que vous êtes, il va la partager avec vous.

L’attrape-cœurs est un roman à la première personne. La personne en question est Holden Caulfield, un adolescent « en rupture », comme on dirait aujourd’hui. Mais en fait, Federico n’a pas trouvé que ce jeune garçon paumé, rebelle, un chouia misanthrope, était si perdu pour la société que ça. Issu de la bourgeoisie aisée de New York (ses parents habitent à quelques pas de Central Park), Holden est surtout un jeune garçon très critique et rabat-joie, qui déteste à peu près toutes les personnes qui l’entourent, en particulier ses camarades de dortoirs, les filles un peu trop pimbêches et les professeurs donneurs de leçon. Il ne supporte pas l’école, ses devoirs et ses codes de conduite, les relations sociales ampoulées à l’entracte des pièces de théâtre, les faux-semblants, le cinéma, etc. La seule matière dans laquelle il excelle, c’est la littérature ; la seule personne qu’il apprécie vraiment, c’est Phoebé, sa petite sœur, vive et intelligente.

attrape-coeursLe roman suit chronologiquement deux jours seulement de la vie d’Holden Caulfield. Renvoyé de Pencey juste avant les vacances de Noël, Holden va décider de quitter l’école plus tôt pour aller errer un peu dans les avenues new-yorkaises avant de rentrer et confronter une nouvelle fois ses parents. Parce que ce n’est pas la première fois qu’il se fait expulser… Hôtels scabreux, bars miteux, le café de Central Station, les marches du musée d’Histoire naturelle, Holden se balade et essuie des déconvenues les unes à la suite des autres.

Federico n’aurait pas cru être aussi emballé par l’histoire de Caulfield. « Des mecs marginaux qui se cherchent et errent sans but dans New York », c’est le pitch des trois romans de La Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster, et ça avait un peu gonflé notre ami lapin. Mais ici non, Federico s’est pris au jeu du parcours de Holden Caulfield, un garçon obtu et impulsif qu’il a très vite apprécié, principalement en raison de son éloquence et de son œil malgré tout très aiguisé sur les travers de la société (la société américaine de 1949 dans ce cas-ci).

Notre ami lapin a le sentiment de vous livrer une impression de lecture assez optimiste, alors que la perception de ce roman se veut conventionnellement assez sombre au vu des thèmes abordés et du dénouement final (dont il pense être passé à côté, d’ailleurs…) ; mais ce sont ses impressions, justement. En effet, Federico a apprécié L’attrape-cœurs car il l’a lu avec légèreté, tout en appréciant sa profondeur : les pages se tournaient les unes après les autres sans qu’il ne s’en rende compte, à une période où il avait du mal à prendre le temps de lire. Contre toute attente, le héros lui était attachant et le récit envoutant. On se croyait bel et bien dans les rues de la grosse pomme, sous des airs de jazz et un parfum de gasoil.

L’attrape-coeurs, J. D. Salinger, Pocket, 1986 (1945 pour la version originale), 254 pages

Ma vie rouge Kubrick

Un roman de Simon Roy.

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Comment écrire un roman qui parle à la fois d’un film, The Shining, et de sa môman ?

MaVieRougeK2Federico est encore bien satisfait d’avoir lu ce livre si bien structuré, si poétique, poignant et savant. Comment l’auteur a-t-il fait pour raccorder ce film qu’il affectionne, qu’il a étudié des années durant lorsqu’il enseignait le cinéma, et la vie de sa propre mère ?

Pas forcément reliées en tout point, ces deux facettes du roman se côtoient avec aisance, retranscrivant sur papier les réflexions de l’auteur sur la vie, la mort, tout ça.

Car Ma vie rouge Kubrick est un peu comme un outil de deuil. Raconter l’histoire tragique de sa mère semble purger la tristesse laissée par son décès, et de comprendre ce par quoi elle est passé sa vie durant, à l’aune de l’histoire de Jack et Dany dans The Shining. Un traumatisme d’enfance, un père fou, l’alcoolisme, la violence, la solitude, les thèmes majeurs de The Shining sont aussi ceux de la petite famille Roy.

Ce doit être pour cette raison que Simon Roy s’est passionné pour ce film depuis ses 10 ans, et qu’il l’a visionné près de 42 fois… C’est ainsi que Ma vie rouge Kubrick est aussi un petit condensé analytique, mais jamais indigeste, du film de Kubrick. Simon Roy apporte une lecture personnelle de cette œuvre hyper tendance, dont on entend parler partout, donnant à son roman plus d’intérêt que les éloges classiques de ce film culte.

Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy, 2014, Éditions du Boréal, 176 pages

Les femmes de Brewster Place

Un roman de Gloria Naylor, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Bourguignon

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Vfemmes de brewster placeoici un livre petit par sa taille mais grand par sa qualité. En un peu plus de 250 pages, l’auteure dresse sept portraits de femmes, toutes ayant échoué à Brewster Place, Ghetto noir d’une ville anonyme des États-Unis. Publié initialement 1983 et récompensé par le National Book Award, puis en France en 1987 aux Éditions Belfond, ce livre a bénéficié d’une nouvelle parution chez le même éditeur en 2013. Et c’est tant mieux car notre ami lapin est bien content d’avoir eu la chance de découvrir ce roman.

Malgré les difficultés rencontrées par ces Afro-Américaines et la violence dont elles sont ou ont été victimes, leurs parcours sont raconté sans misérabilisme. Ce sont leur force, leur résistance et la solidarité qui sont mis en avant à travers des détails anodins. Votre chroniqueur n’en a ressenti que plus d’empathie pour ces héroïnes. Il a souvent été en colère aussi, face aux murs qui se dressent devant elles : racisme, pauvreté, intolérance, violences sexuelles, homophobie, etc. Traité comme un personnage à part entière, Brewster Place est un creuset où viennent mourir leurs rêves.

Ce texte bref est très fort et superbement écrit. Il transcende la lancinante complainte du destin de ces sept femmes.

Gloria Naylor, trad. Claude Bourguignon, Les femmes de Brewster Place, 10/18, 264 p. 

Une éducation catholique

Un roman de Catherine Cusset.

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Peu de temps après Catherine la coquine, notre ami lapin s’était souvenu d’une autre Catherine qu’il souhaitait lire depuis un moment. Sa rencontre avec Catherine Cusset a été à la hauteur de ses attentes, et il a trouvé dans Une éducation catholique l’ambiance et les thèmes dont il avait envie à ce moment-là.

IMG-0557Œuvre d’autofiction, Une éducation catholique est une plongée dans l’enfance et l’adolescence de Marie, double de l’autrice. Elle nous dévoile sans pudeur ses grandes amitiés féminines, ses premiers émois amoureux, sa relation avec son père, fervent catholique, et son détachement progressif de cette religion qui bien vite n’intéresse pas la petite fille. Ce qu’elle aime par-dessus tout, la petite Marie, ce sont ses amies (et plus tard les garçons) pour qui elle donne tout et avec qui l’ont peut faire des choses pas très catholiques… Bien vite le roman s’éloigne du sujet de la religion pour se concentrer sur celui de l’apprentissage amoureux et sexuel. Cela n’a pas trop gêné notre ami lapin, tant sa lecture l’a emporté dans la même vague qu’avait soulevé La vie sexuelle de Catherine M.

Federico a lu ce roman d’une traite, envoûté par les mots de Catherine Cusset, entraîné par les pas d’une jeune fille qui entre dans le monde et se donne corps et âmes aux rencontres qu’elle y fait, en recherche constante d’une mentore ou d’un guide à suivre aveuglément. Il y a dans Une éducation catholique un captivant portrait psychologique, en plus de la belle histoire d’une jeunesse bourgeoise dans le Paris des années 1960.

Une éducation catholique, Catherine Cusset, 2014, Gallimard, 144 pages

La tresse

Un roman de Laetitia Colombani.

2 carottes

Ce roman est celui de trois femmes : Smita, Giulia et Sarah. Pourtant, jamais elle ne se rencontrent, chacune reste dans son pays et son milieu respectif : la caste des intouchables en Inde, une entreprise familale de perruques en Sicile et un cabinet d’avocats canadien. Le titre nous sert la métaphore qui correspond à ce livre sur un plateau : trois mèches de cheveux qui font partie d’un tout.

la tresseLa première, Smita, refuse que sa fille connaisse le même sort qu’elle, c’est-à-dire vider les latrines des autres. Cette tâche pour le moins infamante est en effet réservée aux intouchables en Inde. En plus d’exercer un boulot de merde (oui, c’était facile), Smita doit subir en permanence le mépris de ceux qui la paient une misère pour le travail qu’elle accomplit. Malgré un mari fataliste qui a baissé les bras depuis longtemps et la menace de représailles contre les intouchables qui essaient de fuir leur condition, Smita décide de tenter le tout pour le tout pour épargner à sa fille de vivre le même calvaire qu’elle.

La deuxième, Giulia voit son univers s’effondrer lorsque son père sombre dans le coma suite à un accident. Elle doit alors reprendre la fabrique de perruques familiale et découvre bien vite la situation financière catastrophique de l’entreprise. Comment va-t-elle sauver la fabrique et les femmes qui y travaillent sans lui faire perdre son âme ?

La troisième voix du livre est une femme hyper active. À quarante ans, Sarah travaille au sein d’un très prestigieux cabinet d’avocat. Divorcée, mère de deux enfants, elle sait que sa vie de famille a été sacrifiée au profit de sa carrière mais rien ne pourra l’arrêter dans sa course vers le sommet. Rien, évidemment, sauf la maladie qui va la frapper de plein fouet.

Laetitia Colombani entrecroise les parcours de ces trois femmes qui ont un point commun : leur combativité face aux difficultés. Toutes refusent de se laisser abattre, d’accepter sans rien faire les injustices, les crises, l’intolérance et j’en passe. Leur lutte est touchante, même si Federico s’est plus passionné pour Smita, dont l’énergie et la colère sont communicatives. Ce roman se lit très facilement, l’écriture est fluide et le phrasé bien tourné. Et en prime, les histoires qui sont racontées sont avant tout des récits de résilience, pleines d’énergie positive. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire le bestseller qu’il est devenu rapidement. Cependant, aux yeux de votre impitoyable chroniqueur, les femmes de ce roman auraient mérité le double de pages afin d’étoffer leur histoire. Federico s’est senti investi dans leurs luttes et aurait donc aimé avoir plus de détails sur leur vie, leur environnement. Le ton est très léger et on passe très vite sur certains aspects, là où notre ami lapin aurait souhaité s’attarder. Au final, La tresse manque un peu de substance, de réalisme. C’est une jolie histoire, mais peut-être trop jolie pour sembler vraie.

Laetitia Colombani, La tresse, Grasset, mai 2017, 224 p.

Et un grand merci à Lucie pour avoir illustré cet article avec ses jolis cheveux !

Le parfum des fraises sauvages

Un roman d’Angela Thirkell, traduit de l’anglais par Florence Bertrand et Alice Bercker.

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Le_parfum_des_fraises_sauvages__c1_largeLe Parfum Des Fraises Sauvages a été publié en 1934 et raconte l’été que passe la jeune et désargentée Mary Preston dans la grande propriété de ses cousins beaucoup plus fortunés. Si on ajoute à cette intrigue deux frères célibataires dont l’un est un séducteur patenté, des maîtres de maison fort excentriques et un majordome accro à son gong, vous avez là tous les ingrédients d’une délicieuse comédie romantique anglaise.

Ce n’est certainement pas le roman du siècle et on ne peut pas dire qu’il ait marqué Federico à vie (cela fait à peine quelques mois qu’il l’a lu et il avait tellement oublié l’histoire qu’il a du aller relire le résumé sur internet pour écrire le premier paragraphe !).

Néanmoins, notre ami lapin a passé un court et agréable moment de lecture avec ce livre qui a bien mérité la seconde jeunesse offerte par les éditions Charleston. Après le succès retentissant de la série Downton Abbey et la passion intacte que suscite encore Jane Austen, on ne peut nier que beaucoup de gens (dont Federico !) adorent se réfugier dans les jupons de châtelaines en tous genres, pourvu qu’elles soient mêlées à des intrigues romantiques et qu’elles résident dans une verdoyante propriété anglaise.

Tout dans le roman d’Angela Thrikell est charmant, même les personnages les plus bizarres, qui le sont juste assez pour nous faire rire sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue n’est ni très originale ni très fouillée mais elle est brodée de dialogues bien maîtrisés et plein d’humour. L’auteure ne se prend pas au sérieux et cela se ressent, notamment dans les nombreux passages consacrés aux atermoiements amoureux des personnages. Cette pointe d’ironie est l’élément clé du livre : l’air de rien, Angela Thirkell transforme ce qui aurait pu être une pesante et insipide guimauve en une délicieuse crème fouettée, légère et rafraîchissante. Idéale avec une poignée de fraises sauvages !

Angela Thrikell, trad. Florence Bertrand et Alice Bercker, Le Parfum des Fraises Sauvages, Charleston, juin 2016, 288 p.

L’oiseau des neiges

Un roman de Tracy Rees, traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier.

2 carottes

Dans les années 1830, une petite fille de bonne famille sauve de la mort un nouveau né déposé dans la neige. Elle scèle alors leur destin : entre Aurelia, la riche héritière et Amy, l’orpheline sans passé et sans avenir, va se construire une amitié fusionnelle.

oiseau des neigesQuand Aurelia succombe à une longue maladie, sa protégée est contrainte de fuir : sa présence dans la prestigieuse famille Vennanay, à peine tolérée du vivant d’Amélia, n’est plus souhaitée. Elle se retrouve donc livrée à elle même, à seize ans à peine dans un monde où elle ne semble pas avoir de place. Elle découvre bientôt qu’avant sa mort, Amélia lui a préparé une chasse au trésor afin de l’accompagner sur les traces d’un secret bien gardé. Amy, qui supporte mal  la disparition de son amie, va se jetter à corps perdu dans cette quête.

Federico a souhaité lire ce livre à cause de sa couverture, qui sentait bon la lecture enroulé dans un plaid avec des madeleines et de la tisane. Il ne s’attendait pas à ce que ce livre soit un chef d’oeuvre et la lecture ne l’a pas contredit. L’histoire est plutôt prenante et notre ami lapin s’est agréablement laissé embarqué dans les différentes intrigues, que ce soit la chasse au trésor (qui, avec le recul, est quand même relativement tirée par les cheveux, mais quand Federico lit, il ne prend pas de recul car ses pattes sont trop courtes, donc ce n’est pas grave) ou les émois amoureux des personnages, qui sont quand même vachement mignons, mais pas mièvres et raccords vis à vis de l’étiquette de l’époque.

Non, ce qui pêche dans ce livre, et c’est pourquoi Federico ne lui donne que deux carottes, c’est l’écriture. Celle-ci est quand même un peu fade et, la narration étant à la première personne, le lecteur à droit à toutes les pensées d’Amy. Ce qui n’apporte pas toujours grand chose, quand ça ne fait pas tout simplement lever les yeux au ciel. Heureusement pour notre ami lapin, il a trouvé l’héroïne plutôt intéressante et pas trop oie blanche ou super tarte comme certaines de ses consœurs (oui Patricia Wentworth, c’est à toi que je m’adresse !). La page de remerciement a invité notre ami lapin à se montrer indulgent car il s’agit d’un premier roman et qu’après tout, tout le monde ne cherche pas des livres écrits d’une plume parfaite. En définitive, même si l’écriture ne satisfait pas le fin museau de Federico, elle n’a pas empêché L’oiseau des neiges de lui faire passer un agréable moment de lecture.

Tracy Rees, trad. Françoise du Sorbier, L’Oiseau des Neiges, Presses de la Cité, octobre 2016, 496 p.

Petits secrets, grands mensonges

Un roman de Liane Moriarty, traduit de l’anglais (australie) par Béatrice Taupeau.

3 carottes

Liane Moriarty est une auteure Australienne qui a fait une entrée remarquée dans les librairies françaises grâce au Secret du Mari. Les lecteurs ont porté aux nues ce roman qui s’immisce dans les banlieues pavillonnaires proprettes et en gratte le vernis.

Elle récidive avec Petits secrets, grands mensonges, son deuxième roman traduit en France et premier que Federico a lu… en une journée !

petits secretsAprès Minnow, notre ami lapin se sentait orphelin d’un bon roman et une question l’obsédait : « que vais-je bien pouvoir lire maintenant ? ». Contemplant ses étagères pleines de livres très prometteurs (qui risquaient donc d’être proportionnellement décevants), il a jeté son dévolu sur Petits secrets, grands mensonges, par pure curiosité, sans grandes attentes. Quelle excellente initiative !

La quatrième de couverture et le premier chapitre affichent la couleur : au cours d’une soirée réunissant les parents d’élèves d’une banlieue chic de Sydney, un drame survient. Mais quoi ? Mais qui ? Mais comment ? Mais pourquoiiii ?

À partir de ce point, l’auteure détricote son histoire en repartant plusieurs mois avant l’événement. On fait alors la connaissance des trois héroïnes du livre. Jane, jeune mère célibataire qui manque cruellement de confiance en elle, vient de s’installer à Pirriwee avec son fils Ziggy. Elle va bientôt devenir amie avec Madeline, exubérante mère de famille recomposée et Céleste, beauté éthérée à qui tout semble réussir. Leurs enfants sont scolarisés dans la même école et va être le théâtre de nombreux drames. D’un chapitre à l’autre, elle conduit malicieusement le lecteur d’un secret à l’autre jusqu’à l’inéluctable dénouement vers lequel tout converge. Au fur et à mesure de sa lecture, Federico s’attachait à ces trois femmes, qui au premier abord semblent n’être que des purs produits de ce genre de banlieue huppée, bien sous tous rapports. Mais les failles qui se dévoilent et la façon dont elles font face aux épreuves passées et présentes sont toujours imprévisibles et ont tenu notre ami lapin totalement captif ! Par l’intermédiaire de ces trois femmes, Liane Moriarty aborde des sujets de société fort intéressants qu’il serait criminel de vous dévoiler ici mais sachez que Federico en a tiré une grande satisfaction !

La description de Pirriwee (qui est un lieu totalement fictif mais paradisiaque) est très réussie et a d’autant plus facilité l’immersion de votre chroniqueur dans l’ambiance de ce roman doux-amer, gorgé de suspens et de bons personnages.

Liane Moriarty, trad. Béatrice Taupeau, Petits secrets, grands mensonges, Albin Michel, septembre 2016, 475 p.

Minnow

Un roman de James E. McTeer II, traduit de l’anglais (États-Unis) par Virginie Buhl.

4 carottes

Il y quelques années, Federico avait connu de grands émois littéraires en lisant Le Voyage de Robey Childs, roman d’apprentissage qui l’avait plongé dans le tumulte de la guerre de Sécession. Minnow reprend les mêmes codes que le livre de Robert Olmstead : un enfant qui part pour un voyage dans le but de sauver son père et au cours duquel il va perdre son innocence mais découvrir en lui des ressources insoupçonnées ; la présence d’un animal hors du commun qui accompagne le héros et l’omniprésence de la violence des adultes.

Comment évoquer l’expérience de lecture que Federico a connue avec ce livre maîtrisé de bout en bout ?

minnowNotre ami lapin a été emporté dès les premières lignes de ce roman où, au début du siècle dernier, le jeune Minnow (« fretin » en anglais, sympa le nom) est envoyé par sa mère quérir un remède pour son père gravement malade. Cette simple commission va se transformer en odyssée quand, à la suite de sa rencontre avec le médecin vaudou docteur Crow, Minnow s’embarque dans un dangereux périple au cœur des bayous de la Caroline du Sud. Crow lui a promis un remède à la condition que l’enfant lui rapporte de la terre provenant de la tombe de Sorry George, sorcier vaudou maléfique dont l’âme mauvaise et tourmentée hante toujours la région.

L’auteur décrit à merveille l’atmosphère électrique des lieux traversés par Minnow. Évidemment, on ne fait pas un bon conte initiatique sans épreuves et celles qui attendent Minnow, tapies dans l’ombre de la mangrove, sont très bien mises en scène. Qu’il affronte la cruauté des hommes, la gueule mortelle d’un crocodile ou les terrifiants esprits de la mangrove, la tension est palpable et a fait s’accélérer le rythme cardiaque de notre ami lapin ! Le héros et le lecteur évoluent en permanence sur un fil tendu entre le réel et le monde invisible des esprits, si bien que les deux finissent par ne faire plus qu’un pour créer une atmosphère unique et magique. Béat face à la maîtrise de l’écriture, Federico a traversé les moments de grâce (le banquet sur la plage, superbe passage qui redonne foi en l’humanité… et en la nourriture !) et d’angoisse avec un égal enthousiasme.

Par dessus tout, c’est la constance de Minnow qui a ému Federico. Malgré les coups (très) durs qu’il affronte et qu’importe son jeune âge, l’enfant ne perd jamais de vue son objectif : ramener le remède pour son père, quel qu’en soit le prix. Il n’a rien d’un héros sans peur, il est assez chétif et pas particulièrement brillant, mais son obstination force le respect.

Les derniers chapitres secouent le lecteur sans ménagement. Si la violence est présente dans tout l’ouvrage, elle déferle à la fin du livre et a vraiment laissé Federico chancelant. Malgré tout, il s’est senti très apaisé quand il a refermé l’ouvrage. Et c’est là qu’il s’est passé pour notre ami lapin quelque chose de pas commun et de difficile à décrire : Federico avait la certitude que l’histoire n’aurait pas pu se terminer d’une autre manière, comme si c’était une évidence. Votre chroniqueur a alors eu une impression inédite : celle d’avoir lu le dernier livre du monde. Que rien ne pourrait supplanter cette lecture. Minnow n’est certainement pas le plus grand roman de tous les temps, mais Federico l’a vécu avec une telle intensité que même plusieurs mois après, il peine a prendre les choses avec recul. Promis juré, il n’était sous l’emprise d’aucune drogue à ce moment ! Cela tient peut-être à l’étourdissement provoqué par ce voyage fascinant en terre vaudou, à la fois délire fiévreux, rêve et cauchemar.

Une chose est sûre, Minnow, ce n’est pas du menu fretin ! (Ou comment clore un article intense sur une blague au ras des pâquerettes…)

James E. McTeer II, trad. Virginie Buhl, Minnow, Éditions du sous-sol, août 2016, 236 p.

La vie sexuelle de Catherine M.

Un essai de Catherine Millet.

3 carottes

Aaah, Catherine… quelle coquine.

Quand elle nous parle de sa vie sexuelle, Catherine M. n’omet pas de détails. Les chapitres sont ainsi nommés : Le nombre (combien de partenaires, simultané.es, consécutif.ves), L’espace (espaces publics, professionnels, privés, champêtres) et Détails (ressentis divers et techniques mises au point avec les années).

Quand elle vous raconte ses parties de jambes en l’air, Catherine M. les intellectualise et les décortique pour en établir un schéma type ou faire ressortir leurs différences. Elle prend du recul et s’observe de loin se donner et s’adonner à ses jeux, rentrant parfois dans son corps pour y étudier son ressenti.

Quand Catherine M. prend la plume pour raconter ses coquineries, elle époustoufle Federico de sa verbe parfaite, de ses mots précis et flambants qui racontent avec un style et un détachement déconcertant ses choses pour le moins pas banales et beaucoup trop intimes.

La vie sexuelle de Catherine MC’est immanquable, Catherine M. vous fera rougir, c’est sûr. Mais elle, elle ne rougit pas, c’est ça qui est formidable ! Quand bien même vous décrit-elle par le menu les aventures sexuelles auxquelles elle a pris part depuis 30 ans, elle n’a honte de rien, et elle a bien raison. Le sexe est une part importante de sa vie et ne mérite aucunement les tabous, le déshonneur, le jugement ou la désinformation dont on veut trop souvent recouvrir le sujet.

Avec Catherine M., voilà un aperçu de ce que peut être vraiment le sexe. Ça ne veut pas dire qu’il est normal de coucher avec chaque homme qui croise notre route et de partouzer allègrement, mais que chacun a sa propre sexualité, et que le respect y est aussi important que le plaisir.

La vie sexuelle de Catherine M. est un texte instructif, passionnant, intelligent, décomplexant, et au combien important. Il met en lumière comment une femme en particulier vit et pense sa sexualité, son rapport aux hommes, à son corps et à son propre plaisir ; ce plaisir qu’on appelle féminin, et qui a une dimension différente selon qu’il se prend avec un autre ou avec soi.

Attention, ça se réchauffe, Catherine arrive dans vos chaumières !

La vie sexuelle de Catherine M., Catherine Millet, 2001, Points, 234 pages

La prisonnière des Sargasses

Un roman de Jean Rhys, traduit de l’anglais par Yvonne Davet.

4 carottes

Cela faisait longtemps que Federico voulait lire La prisonnière des Sargasses, qui est en fait une sorte de préquelle de Jane Eyre, le fabuleux roman de Charlotte Brontë. C’est Jean Rhys, une écrivaine britannico-créole ayant notamment vécu à Paris, qui a écrit ce très beau roman en 1966.

(Attention Federico parle beaucoup de Jane Eyre dans cette chronique, rafraichissez-vous la mémoire ici pour savoir pourquoi ce roman est cher à son cœur. Mais rassurez-vous, il n’est pas indispensable de l’avoir lu pour apprécier celui-ci.)

La prisonnière des Sargasses se déroule dans les Antilles, avant l’action de Jane Eyre. La jeune Antoinette Cosway est la fille d’un vieil esclavagiste, décédé depuis peu, et de sa jeune épouse, Annette. Son enfance sur le domaine jamaïcain n’est pas très joyeuse, marquée par l’hostilité des anciens esclaves et le rejet de sa mère qui lui préfère son petit frère handicapé et qui se remarie avec Mr Mason.

la prisonnière des Sargasses

Voici une couverture plus jolie que celle de l’exemplaire lu par Federico. En prime vous avez le très beau titre de la version originale !

Jeune femme, Antoinette épouse un gentleman anglais. La véracité des sentiments de chacun est un peu floue (autant pour eux que pour le lecteur), surtout que le jeune homme n’a pas les yeux en face des trous car il ne s’acclimate pas du tout aux terres tropicales, un virus du coin l’ayant laissé complètement déphasé. Quoi qu’il en soit sait-on que son mariage est fortement orienté par son père et son frère qui voient dans cette alliance dans les colonies une opportunité financière. Il s’agit de Mr Rochester (le fameux), mais il n’est jamais nommé ; la seconde partie du roman est racontée de son point de vue, c’est donc avec lui que l’on suit les débuts d’un mariage qui ne va jamais devenir heureux.

Notre ami lapin a ressenti comme un stress et un inconfort latent dans tout le roman, que ce soit dans les jeunes années d’Antoinette ou dans sa lune de miel assez catastrophique. Federico s’est attaché à ce personnage qu’il aurait aimé prendre dans ses bras pour le réconforter et lui donner l’amour que tout un chacun mérite ; on s’attriste donc devant ce tourment incessant qui semble être sa destinée, se demandant d’où la folie prend racine, se demandant si elle ne s’insinuerait pas en elle par le biais de l’indifférence et la cruauté des personnes qui l’entourent. Antoinette semble être un fardeau pour tous ceux qui ont croisé sa route : sa mère, son beau-père, sa tante, son mari, ses domestiques… On dirait que personne ne l’a jamais véritablement regardée comme une personne à part entière, et donc aimé, mis à part peut-être sa nourrice, Christophine.

Federico lit rarement des ouvrages « inspiré de », qui surfent sur la vague d’un succès pour faire le sien. La prisonnière des Sargasses ne se range absolument pas dans cette catégorie ; c’est un roman à part entière, qui incarne scrupuleusement bien l’esprit, les personnages et la certaine noirceur de l’œuvre de Charlotte Brontë, tout en les faisant siens et en leur donnant une autre âme, plus triste, nostalgique et angoissante. Dans Jane Eyre, l’histoire d’Antoinette nous est racontée par Mr Rochester, qui n’est pas neutre évidemment. C’est donc une autre version qui nous est donnée dans ce livre, et elle est beaucoup plus convaincante. Ce roman détient également son propre sujet, celui de la démence ; il remet grandement en question la simple hérédité de la maladie et montre comment l’environnement et les personnes peuvent être les outils saillants menant l’esprit à la psychose.

Ce roman est un texte beau, inspirant et envoutant ; on y ressent pleinement l’isolement et la presque irréalité dans laquelle vivent les personnages. Federico était avec eux sur ce lopin de terre antillais, flairant les fleurs tropicales en même temps que ce danger imminent qui semble s’insinuer partout, et qui explose tantôt violemment, tantôt insidieusement…

Irrémédiablement, la plume de Jean Rhys a piqué l’intérêt de notre ami lapin, tout comme sa vision de la condition féminine. C’est une auteure qu’il ira consulter de nouveau, c’est certain.

La prisonnière des Sargasses, Jean Rhys, 1966, « L’imaginaire », Gallimard, 252 pages

BONUS : le procès de Mr Rochester

La lecture de La prisonnière des Sargasses, puis le revisionage d’une adaptation de Jane Eyre (celle avec Charlotte Gainsbourg), ont jeté à la face de Federico les travers du personnage masculin clé de ces deux romans : Mr Rochester. Il n’y avait pas beaucoup fait attention jusqu’ici, mais en fait ce personnage est assez méprisable aux yeux de notre ami lapin. Voici donc son mini-procès.

Federico va essayer de rester poli, mais Mr Rochester est en fait un bel enfoiré. Un homme fier, misanthrope, aigri, mal aimé par sa famille et qui reproduit cette dureté sur sa jeune épouse. Si pour l’excuser on pourrait relever que l’air des Antilles ne lui fait pas de bien et affecte un peu son jugement, cela ne l’excuse pas du tout de son comportement. Car en ayant peur de la folie de la mère, il va lui-même arroser la graine qui pointait à peine chez Antoinette : en l’ignorant, la méprisant, la trompant, ne l’appelant pas par son prénom, bref, en se comportant comme un beau salaud égoïste et phallocrate, méfiant envers les femmes qu’il voit comme des hystériques, des manipulatrices ou des beaux objets (que ce soit Antoinette, Annette, Christophine et les autres domestiques dans La prisonnière, mais aussi Miss Ingram, la jeune Adèle et sa mère dans Jane Eyre). Notre chère Jane semble avoir trouvé grâce à ses yeux, certainement en raison de toutes ses qualités, mais aussi de sa très forte personnalité et de son indépendance sans failles. Elle aussi est droite et fière, finalement.

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Qu’est-ce qu’il est pénible comme garçon !

Mais revenons à Antoinette. Alors que dans Jane Eyre, elle est perçue comme le boulet qui empêche l’homme de vivre pleinement ses désirs, dans La prisonnière des Sargasses Mr Rochester est vraiment la pire chose qui soit arrivée à Antoinette (et elle en a eu, des choses pas sympas). Dans les deux romans, il est un bourreau qui se place en victime. Cet homme est un tortionnaire : il harcèle son épouse et l’enferme dans la tour d’un château froid et lugubre pendant 9 ans, rappelons-le ; pas étonnant qu’elle perde un peu la boule ! Mr Rochester incarne à merveille le rôle du maître et du patriarche omnipotent à qui rien ne doit résister. C’est ce qui rend le personnage de Jane Eyre merveilleusement noble, riche et puissant, car elle se confronte à cet homme, l’apprivoise et le vainc, malheureusement au détriment de la pauvre Antoinette.

Une famille délicieuse

Un roman de Willa Marsh, traduit de l’anglais par Eric McComber.

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famille délicieuseNest et sa sœur aînée Mina vivent leurs vieux jours dans la maison de famille à Ottercombe, en Cornouailles. Ces deux vieilles dames se sont construit un cocon fait de l’affection qu’elles se portent et de petites habitudes. L’arrivée de leur grande sœur va bouleverser leur équilibre : Georgie perd la tête et doit vivre chez elles quelques semaines avant son entrée dans un établissement spécialisé. Complètement déboussolée, Georgie ressasse le passé et, en quelques remarques, laisse croire à ses sœurs qu’elle pourrait bien dévoiler de lointains secrets de famille. Mais comment savoir ce qu’elle sait réellement ? Comment démêler les souvenirs et le délire ? Pour conjurer leur inquiétude, Mina et Nest se plongent dans leurs souvenirs et tentent de se préparer à voir la vérité ressurgir.

Willa Marsh est une auteure anglaise super sympa. En effet, elle ne connaît pas Federico mais elle a écrit un livre rien que pour lui. À l’intérieur elle a mis les magnifiques paysages des Cornouailles, une vieille maison et son jardin, une famille attachante et les secrets qui vont avec. Elle a enrobé cela d’une foultitude de détails insignifiants mais essentiels sur le thé, le feu de cheminée, les fleurs, le soleil et tous les gestes du quotidien qui – tels les ingrédients d’une recette magique – donnent corps et vie au livre.

En parlant de sa sœur Mina, Nest dit qu’elle « était parvenue à tisser les évènements du passé pour en faire une vaste tapisserie, cousant soigneusement chaque partie de manière à ce que les personnages se dégagent, hauts en couleur, passionnants, devant le décor lumineux et familier de la baie et de la mer, ou en mouvement dans la vieille maison, comme si c’était hier. » En lisant cela, Federico a aussitôt pensé que cette description collait parfaitement au talent déployé par Willa Marsh dans ce roman qui l’a totalement ravi. Notre ami lapin a non seulement pris un grand plaisir à le lire, mais une fois terminée, sa lecture a laissé place à une douce nostalgie, comme celle qu’on ressent après des vacances ou un voyage particulièrement agréables.

Après ce plaisant séjour à Ottercombe, Federico n’a qu’une hâte : repartir avec Willa Marsh Tour !

Willa Marsh, trad. Eric McComber, Une famille délicieuse, J’ai Lu, mars 2016, 414 p.

 

Marathon critique à la bourre

Federico ne va pas vous faire de poésie sur le temps qui passe et tout et tout. Tout est dans le titre d’façon !

Les maisons

Un roman de Fanny Britt.

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Avec Les maisons, nous sommes dans la tête de Tessa pendant les trois journées qui précèdent ses retrouvailles avec son premier amour, Francis. Trois garçons adorables, un époux aimant, un boulot d’agente immobilière, des souvenirs d’enfance et d’adolescence… Tessa remue sa vie dans tous les sens à l’aune de cet amour passionné et jamais cicatrisé.

Et ouais, l’héroïne de Fanny Britt est une jeune maman bobo blasée par sa routine et ses rêves éteints, qui va vibrer de nouveau au retour dans sa vie de son premier amour… Mais Federico a beaucoup aimé ! Car Les maisons demeure la vraie vie, pas un conte de fée ; pas de sentimentalisme, plutôt des émotions décrites avec justesse et style.

De plus, cette totale remise en question a particulièrement intéressé notre ami lapin, parce qu’il s’est retrouvé dans ce monologue intérieur. Ne jouons-nous pas nous aussi nos drames personnels et notre insatisfaction chronique dans le cercle fermé de nos pensées, sans interruption, avec des hauts et des bas, une multitude de « et si… » et de monde refait ? Voilà ce qui se cache dans Les maisons !

img_0596Naufrages

Un roman de Biz.

2 carottes

Roman court qui se lit d’une traite, Naufrages a englouti Federico pour le recracher un peu paumé sur la plage. Car il y a un twist assez horrible au milieu de ce livre qui en précipite la lecture ; mais une fois fini, il est mieux de ne plus y penser et ce sont ses défauts qui resurgissent…

Le fait que notre ami lapin s’attendait à un ouvrage à tendance dystopique mais qui tourne en drame familial contemporain l’a déstabilisé. Frédérick est un jeune fonctionnaire qui se voit relégué au département des Archives au sous-sol, mais aucun travail ne lui est donné. Il commence à déprimer d’être aussi inutile et de s’ennuyer autant, sa jolie femme et son adorable bébé étant tout ce qui lui reste de sympa au quotidien. Alors que cette première partie a des allures d’absurde Orwellien, bim ! le twist arrive et l’histoire prend une autre direction : sortez vos mouchoirs…

Si Naufrages a beaucoup touché notre ami lapin sur le coup, il n’en reste maintenant pas grand-chose. En partie certainement en raison de cette écriture, maîtrisée certes, mais parfois trop stéréotypée, que ce soit dans la narration ou dans ses personnages souvent décrits de manière caricaturale.

La mare au diable

Un roman de George Sand.

2 carottes

400px-sand_-_la_mare_au_diable_illustration10Avec La mare au diable, classique de cette chère George Sand, notre ami lapin était content de retrouver l’univers de La petite Fadette, c’est-à-dire la campagne berrichonne et les amourettes paysannes. Ici c’est l’histoire de Germain, veuf de 28 ans dont le beau-père conseille le remariage avec une veuve d’un village voisin. Il part à cheval accompagné du petit Pierre, son fils, et de Marie, jolie fille de 16 ans qui va devenir bergère. Au crépuscule, les alentours de la mare vont faire tourner la tête à Germain.

Force et simplicité des sentiments, description et incarnation des mœurs paysannes : voilà ce qu’il y a de plaisant chez George Sand. L’histoire de La mare au diable est également entourée d’une lourde préface commentant une gravure allégorique de la vie champêtre, et de longues appendices décrivant les coutumes d’un mariage dans le Berry ; l’histoire de Germain et Marie semble toute petite à côté… C’est pourquoi Federico préfère La petite Fadette à La mare au diable, roman plus long et donc plus attachant, lu voilà plus de 6 ans mais qui l’a davantage marqué !

L’homme qui mit fin à l’histoire

Un roman de Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti.

2 carottes

Voici un court roman de science-fiction qui prend la forme étonnante d’un documentaire télé.

Les chapitres débutent donc par des didascalies nous présentant la scène et les mouvements de caméra, le récit devenant une série de reportages, témoignages et débats télévisuels. C’est le combat de l’historien Evan Wei et de son épouse physicienne Akemi Kirino qui nous est raconté. Ensemble, ils ont créé un procédé permettant d’observer le passé à une date et un lieu donné (Federico vous passe les détails techniques de leur découverte scientifique).

15933974_10158005864165082_1996396183_oLa période qu’Evan Wei choisit d’observer est celle de la seconde guerre mondiale en Chine, à Pingfang précisément. Y étaient installés les militaires japonais de l’Unité 731 qui réalisaient des expériences plus que sordides sur des prisonniers chinois. Vivisections, amputations, inoculation de maladies, viols, etc. Les témoins oculaires envoyés par Evan et Akemi attestent de ces horreurs, mais la communauté internationale a du mal à accepter cette nouvelle façon de traiter l’Histoire, surtout le Japon, bien sûr, mais aussi la Chine et dans le fond tous les pays ayant quelque chose à se reprocher (beaucoup donc).

L’auteur nous dresse une savante réflexion sur l’Histoire, la mémoire collective et le rôle des états vis-à-vis du passé. Federico a été assez touché par cette lecture, notamment par cette partie de l’histoire sinno-japonaise qui lui était inconnue. Toutefois, la brièveté du roman lui laisse un souvenir assez diffus, comme s’il manquait quelque chose pour donner corps au récit qui perd son identité SF au profit du documentaire.

Récap’ :

Les maisons, Fanny Britt, 2015, Le Cheval d’août, 222 pages

Naufrages, Biz, 2016, Leméac, 136 pages

La mare au diable, George Sand, 1846, 192 pages

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Paul Durastanti, 2016, Le Bélial’, 112 pages

Bestiaire

Un roman de Éric Dupont.

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Peu de temps après La fiancée américaine, Federico a lu Bestiaire, un des précédents romans d’Éric Dupont.

Bestiaire égrène les souvenirs d’enfance de l’auteur en Gaspésie, une région du Québec faite de mer, falaises et montagnes. Peu d’habitants, beaucoup d’embruns ; c’est là que son père, récemment séparé, vient installer sa maison mobile avec sa nouvelle compagne et ses deux enfants peu emballés à l’idée de quitter leur mère bien-aimée et de vivre sous la coupe du nouveau tandem.

img_0588D’ailleurs, l’auteur trouve les surnoms adéquats pour désigner les protagonistes de sa tragédie familiale : son père est Henri VIII (coureur de jupon despotique), sa mère est Catherine d’Aragon (première épouse rejetée), et sa belle-mère est Anne Boleyn (seconde épouse imposée). La vie à la maison devient celle à la Cour, avec ses règles, son paraître, ses combats (« Vive le Québec libre ! »). Le jeune garçon s’échappe comme il peut de cet univers contraignant, et choisit des figures animalières pour totems de ses souvenirs et rêveries enfantines : le chat, le chien, le grand-duc d’Amérique, les poules, le bigorneau…

Réinventé à sa sauce d’adulte et d’écrivain, le récit autobiographique d’Éric Dupont est joli, car empreint de poésie, d’images et de verbe. C’est ce style et ce sujet qui ont amené notre ami lapin à rapprocher Bestiaire de L’avalée des avalées, ce roman de Réjean Ducharme qu’il avait lu il y a quelques années : deux histoires d’une fratrie au mode de vie inusité, isolée dans la campagne québécoise.

Avec toutes ces qualités, il n’en reste pas moins que le souvenir de cette lecture est assez évanescent dans l’esprit de notre ami lapin : Bestiaire n’est pas aussi mémorable que La fiancée américaine !

Éric Dupont, Bestiaire, 2008, Marchand de feuilles, 310 pages pour la version poche.

Sous la vague

Un roman d’Anne Percin.

2 carottes

Le héros de Sous la vague, Bertrand Berger-Lafitte, est propriétaire d’un domaine de Cognac, divorcé et père d’une fille totalement hors de contrôle. Il vit dans une bienheureuse routine jusqu’à ce funeste jour de 2011 qui voit le Japon en proie à la colère des océans… et de l’uranium. Or, le pays du Soleil Levant étant son principal acheteur, l’entreprise familiale se rertouve menacée par cette catastrophe pourtant si lointaine. La révolte gronde au conseil d’administration et Bertrand est menacé d’éviction. Pour cet homme qui pensait se laisser porter tranquillement jusqu’à une retraite bien mérité, le choc est de taille.sous-la-vague Comme dans ce Japon qui le fascine tant, tout semble s’écrouler autour de lui. Un seul repère subsiste : Eddy, son dévoué chauffeur, qui l’intimide aussi bien par son aura de mystère que par sa franchise. Notre héros se met à errer dans sa vie et dans son domaine au risque de se perdre, comme lorsqu’il suit dans les bois un faon miraculeusement rescapé d’un accident de voiture (précisons que le faon n’était pas au volant). Ainsi, la même vague qui a recouvert Fukushima semble avoir enseveli notre héros, le laissant à la dérive.

Ce roman est franchement bizarre. Federico s’est longtemps demandé s’il allait aller jusqu’au bout et puis, finalement, la curiosité a pris le dessus, de même que l’étrange ambiance dans laquelle baignent les personnages. Si notre ami lapin devait créer un bandeau publicitaire pour ce livre (vous savez, ces gros machins rouges qui cachent la couverture et parfois laissent des grosses traces d’encre) il mettrait : « Sous la vague, le premier roman de terroir à la sauce teriyaki ». En effet, nous avons l’histoire d’un homme qui essaie de garder la main sur son domaine charentais, tandis que ses employés s’organisent et se battent pour conserver leur travail, racontée avec un détachement que Federico a souvent rencontré dans les romans japonais qu’il a croisé. L’effacement de Bertrand face à la situation, son désir de se fondre dans le décor et l’épure de l’écriture d’Anne Percin donnent à ce roman un je ne sais quoi de fascinant et d’envoûtant. Cela a suffisamment motivé Federico qui a donc poursuivi sa lecture jusqu’à la fin et n’a pas regretté cet étonnant et amusant moment de lecture.

Anne Percin, Sous la vague, éditions du Rouergue, août 2016, 200 p.